Nord

Énergie

Gecco transforme l'huile de friture en carburant

Par Elodie Soury-Lavergne, le 03 janvier 2019

Gecco mise sur l'économie circulaire. Basée à Vendeville, près de Lille, cette PME nordiste transforme de l'huile de friture usagée en biocarburant, pour des flottes de véhicules professionnels. Actuellement en phase de test, la PME devrait passer à la vitesse supérieure dès 2020. Son président vise un chiffre d'affaires de 5 M€ dans cinq ans. 

Grâce au biocarburant produit par Gecco, les flottes de véhicules diesel réduisent de 95 % les gaz à effet de serre.
Grâce au biocarburant produit par Gecco, les flottes de véhicules diesel réduisent de 95 % les gaz à effet de serre. — Photo : Gecco

Fondée en 2007 par Julien Pilette, la PME nordiste Gecco veut faire rouler les flottes de véhicules professionnels à l’huile de friture. Un pari osé mais en passe d’être remporté, puisque Gecco commercialise son biocarburant en phase test depuis presque deux ans. « Nous avons obtenu une dérogation, suivie par la douane et le ministère de l’Environnement », explique Michel Millares, président de Gecco, qui a rejoint l’aventure un an après son lancement.

À la fin de l’année, une trentaine de véhicules des villes de Lille, Charleville-Mézières et de la communauté d’agglomération Béthune-Bruay rouleront avec 30 % de biodiesel produit par Gecco. Ce test prendra fin en 2020, permettant à Gecco de passer à l’étape supérieure. D’autant que le contexte s’avère porteur, entre la hausse des prix du carburant, les préoccupations environnementales et une récente loi européenne, « qui autorise les flottes professionnelles à recourir à 100 % de biocarburant », note le dirigeant.

Dans 5 ans, Michel Millares vise un CA de 5 à 6 M€, avec 16 salariés. En attendant, Gecco devrait dépasser cette année 1 M€ de CA, avec 9 salariés, grâce à la collecte et la revente de 1 500 tonnes d’huile de friture usagée à une clientèle d’industriels. « Ces derniers produisent du biocarburant qui part à l’étranger. Nous voulons relocaliser la filière en région », souligne le dirigeant. Et d’ajouter : « L’objectif est que cette activité se substitue à terme à notre métier actuel, à savoir la collecte et la revente des huiles. »

1 M€ pour une unité de production

Mi-2020, la PME devrait donc disposer des autorisations nécessaires pour produire et commercialiser son biocarburant en région. « Nous le vendrons ensuite dans le reste de la France grâce à un réseau de partenaires, qui devrait être lancé début 2019 », annonce Michel Millares. Ce réseau réunit sept structures, dont Gecco.

Pour faire face à cette accélération, Gecco va investir dès 2019 près d’1 M€ dans la construction d’une unité de production de biocarburant, située près de son site de Vendeville (Nord). La PME vise une clientèle de professionnels : « Les particuliers veulent bien adopter les énergies renouvelables, mais sans dépenser plus. Sans incitation fiscale, la bascule est compliquée. Nous ciblons donc les professionnels, qui cherchent à obtenir des résultats environnementaux, sans avoir à changer leur flotte. »

Un procédé de transformation unique

Si Gecco est loin d’être le seul acteur sur le marché des biocarburants, la jeune entreprise a un bel atout à faire valoir. « En partenariat avec l’Université de Lille, nous avons travaillé pendant six ans au développement d’un procédé de transformation de l’huile de friture usagée en biocarburant. Nous avons abouti à une solution par voie enzymatique, protégée, qui permet de réduire les gaz à effet de serre de 95 % par rapport au gasoil, et l’émission de particules de l’ordre de 40 % », souligne Michel Millares.

Le biocarburant de Gecco a aussi l’avantage d’être produit à partir de biodéchets, qui sont des ressources 100 % renouvelables, contrairement au colza ou au tournesol, utilisés dans la fabrication d’autres biocarburants.

Grâce au biocarburant produit par Gecco, les flottes de véhicules diesel réduisent de 95 % les gaz à effet de serre.
Grâce au biocarburant produit par Gecco, les flottes de véhicules diesel réduisent de 95 % les gaz à effet de serre. — Photo : Gecco