Scapêche : Nouvelle image pour la flotte Mousquetaire

Par la rédaction, le 10 septembre 2010

Alors qu'est paru au coeur de l'été un rapport sur la pêche en eaux profondes, la Scapêche peaufine son image. L'armement filiale d'Intermarché continue de tester de nouveaux modèles économiques. Nicolas Mollé
Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

Nouveau site web en construction, Scapeche.com, nouveau directeur, Tristan Douard. La Scapêche modernise son image. Une nécessité pour l'armement à la pêche filiale du groupement des Mousquetaires (Intermarché) s'il veut espérer lutter à armes médiatiques égales avec ses détracteurs issus de la frange écologiste. Mais passer à l'étape de la communication n'est envisageable que si la restructuration de l'outil de travail est effectuée. L'an dernier, 1,5M€ ont été investis dans la refonte intégrale du ?Zubernoa? à Douarnenez. Ce chalutier de 24 mètres vient d'être certifié ?pêche responsable? par le bureau Veritas. Une première pour un caseyeur dédié à la pêche au tourteau.




Activité capitalistique

Le ?Zubernoa? permet au passage à la Scapêche d'expérimenter de nouveaux modèles économiques. Le bateau est ainsi copropriété de la Scapêche, à 65%, et de deux artisans pêcheurs du Finistère-Nord (Roscoff), en première installation. Même schéma pour le ?Tximistarri II?, ?bolincheur? destiné à la pêche à la sardine et récemment modernisé. Ce bateau de 16 mètres est détenu à hauteur de 10% par un patron pêcheur du pays Bigouden. «Mais nous envisageons de le faire passer à 40%», explique Tristan Douard. «Nous assurons la gestion et le suivi technique tandis que les copropriétaires s'impliquent davantage dans leur activité. Le gros problème de la pêche demeure sa capacité d'investissement. Un grand chalutier neuf nous avait coûté 9M€ en 2005. Notre activité est dotée d'un ratio chiffre d'affaires sur investissement et immobilisations corporelles qui la rapproche de l'industrie lourde, le même que celui de l'industrie du verre, de la métallurgie et de la chimie.»




3.000 €: salaire d'un marin

Tout en étant une profession des plus périlleuses. La dernière activité humaine dans un environnement hostile où l'on prélève des animaux vivants. En 1999, seuls trois personnes sur neuf avaient survécu à la perte d'un bateau de la Scapêche. «Aristote disait qu'il y a trois sortes d'hommes: les vivants, les morts et ceux qui sont sur la mer», signale Tristan Douard. La Scapêche mise donc au maximum sur la sécurité. Offre à ses salariés une mutuelle, une prévoyance. Avec des conditions de rémunérations très attractives. Le salaire de ses marins approche celui de cadres, soit 3.000 €. «Le contrat social le veut, vu les conditions de travail, d'éloignement», rappelle Tristan Douard. «Il faut être courageux, valeureux. Mais dans nos métiers, on embauche, avec une possibilité d'ascension sociale très importante. Un patron de chalutier pilote des marchés, dans des mers très difficiles, avec la responsabilité d'une quinzaine d'hommes à bord et est doté en conséquence d'un salaire de cadre dirigeant. Chez nous, les salaires les plus importants sont ceux des marins.»




?Dumping social ?

Une dizaine de corps de métiers différents peuvent être représentés sur un bateau, du peintre au frigoriste en passant par la forge marine. De manière générale, un emploi en mer génère indirectement trois à quatre emplois à terre selon Tristan Douard. La Scapêche emploie à elle seule une trentaine de salariés au sein de ses trois implantations à Lorient, au Guilvinec et à La Réunion: logistique, suivi social des équipages, cellule commerciale... Les marchés se sont complexifiés et ont pris de plein fouet la mondialisation. «Avec un ?dumping social? tout à fait patent», poursuit Tristan Douard. «Je reçois fréquemment des offres d'Indonésie, des Philippines, de ce que je qualifierais des ?marchands d'hommes? payés 400€ par mois.» La Scapêche subit aussi la concurrence de l'Asie commercialement. Les maillages des filets n'y sont pas obligatoirement réduits à 120 millimètres et le marché du poisson y est redoutablement concentré, côté offre comme côté demande.




Intermarché privilégié

La Scapêche se rattrape avec la légine, poisson à forte valeur ajoutée (12,50 € le kilo), exporté à hauteur de 700 tonnes annuelles à destination des États-Unis et du Japon. Fournisseur d'une cinquantaine de mareyeurs en Bretagne Sud, l'armement ne vend qu'une fraction de sa pêche au groupement Intermarché. «Sur la lotte, nous parvenons à satisfaire plus de 50% de leurs demandes», note Tristan Douard. Mais Intermarché dispose d'un accès privilégié à l'information en amont pour préempter les arrivages en fonction de ses besoins: Jean-Pierre Le Roch, fondateur d'Intermarché, ne s'est pas lancé au hasard en 1993 dans l'aventure d'une flotte intégrée...

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