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Interview Pierre Montel : «Le quartier du port de commerce doit s'inspirer de Lorient-La Base»

Entretien avec Pierre Montel, président de la CCI du Morbihan

Propos recueillis par Xavier Eveillé - 29 octobre 2018

Il est urgent de prendre… le bateau en marche. En s’inspirant du développement du pôle Lorient-La Base, initié autour de la course au large, le président de la CCI du Morbihan plaide pour la revitalisation des 22 hectares de friches du port de commerce. L’enjeu ? Accueillir un nouvel écosystème autour du fret et de l’économie maritime de demain.

Quel avenir pour le port de commerce de Lorient ?
Quel avenir pour le port de commerce de Lorient ? — Photo : F. Henry

Le Journal des Entreprises : Le port de commerce de Lorient connaît un regain d’activité avec +7,5 % de trafic attendu en 2018 après une bonne année 2017. Peut-on parler de renouveau ?

Pierre Montel, président de la CCI du Morbihan.
Pierre Montel, président de la CCI du Morbihan. - Photo : Xavier Eveillé

Pierre Montel : Le port de commerce a vu son trafic progresser ces dernières années. Le tonnage du port s’élève à 2,4 millions de tonnes (+7,5 %), porté par le regain du vrac agro et la poussée du bois broyé, ainsi que par les exportations de céréales bretonnes. L’export ne représente que 5 % de l’activité du port, mais doit être développé dans les années à venir.

Des investissements à hauteur de 7,5 M€, concernant l’appontement des sabliers, sont attendus pour 2019. L’objectif est de permettre à ces sabliers (23 % de l’activité du port) de décharger à une vingtaine de mètres du quai. Cela va fortement différer les travaux de désenvasement, beaucoup plus onéreux, et générer des gains de temps pour toute la filière. Cela rendra aussi les navires moins dépendants des marées. Le train d’investissement est toutefois différé, en raison du recours déposé par une association contre une décision de la préfecture. La décision du tribunal administratif est attendue fin 2018-début 2019. Nous lancerons les appels d’offres dès que la situation sera débloquée.

Quelle évolution à plus long terme ?

P. M. : Au-delà, il faut dès maintenant penser l’avenir de ce port-ville, un peu sur le modèle de Lorient-La Base, une vraie réussite, mais qui est très tertiaire. Je pense à un port-ville dédié à a filière du portuaire, du transport maritime et de l’économie de la mer de demain. Il demeure une vingtaine d’hectares de friches industrielles qui coupe la ville de son port de commerce.

« La CCI du Morbihan reçoit de plus en plus de demandes innovantes, notamment dans le GNL. »

C’est une formidable opportunité de développement. Dans le portuaire, les évolutions vont être considérables. Nous recevons, à la CCI du Morbihan, de plus en plus de demandes innovantes, notamment dans le GNL (gaz naturel liquéfié). Il faut créer tout un écosystème autour des bateaux au GNL, des cargos à voile - qui vont révolutionner le fret et générer d’importantes économies de combustibles - du renouveau du cabotage… Nous avons franchi une étape à Lorient avec la signature d’une convention tripartite associant les acteurs de l’ensemble de la filière des structures flottantes.

Maintenant, il faut aller plus loin car d’autres ports se positionnent. Il est temps d’organiser la cohésion entre les acteurs autour d’un programme ambitieux. Nous pourrions envisager un plan à 10-15 ans de réappropriation de ces friches industrielles. Un plan qui demandera des études, des aménagements, des investissements. C’est dans l’intérêt des entreprises du territoire, comme du port de commerce lui-même : les trafics seront forcément portés par le développement d’un écosystème plus large.

« La CCI est un acteur indispensable du territoire »

Comment résoudre l’équation entre réduction des moyens et de tels investissements d’avenir ?

P. M. : Nous ne cessons de composer avec des moyens réduits. D’ici à 2021, notre budget doit encore être comprimé de 3 M€. Or on ne peut priver le territoire d’un outil de développement économique comme le nôtre. Ajoutez à cela que ces champs de compétence ont été retirés aux conseils départementaux. Plus que jamais, la Région, chef de file, et les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale, à savoir les agglomérations et communautés de communes, NDLR), elles aussi confrontées à des contraintes budgétaires, ont besoin de s’appuyer sur un acteur économique territorial comme le nôtre. La Région est excellente dans ses relations avec les métropoles, mais elle peine à porter le développement des territoires plus éloignés, plus ruraux.

J’ai rencontré récemment le ministre de l'Économie Bruno Le Maire à Quiberon, à sa demande. Je lui ai fait part de notre volonté de nous saisir du droit à l’expérimentation, prôné d’ailleurs par le gouvernement, et ai exposé notre vision d’avenir, qui est celle d’un conventionnement plus étroit entre la CCI du Morbihan et les EPCI. J’ai aussi demandé un report d’un an du programme de réduction de nos moyens, car ce délai est intenable.

Avez-vous senti une oreille favorable ?

P. M. : Je ne  suis pas naïf. Mais le ministre est pragmatique et prend conscience d’un nécessaire échelonnement dans le temps. Il observe avec intérêt notre démarche expérimentale. Nous avons déjà conventionné avec Aqta (la communauté de communes d'Auray-Quiberon Terre Atlantique, NDLR). Douze EPCI du Morbihan se montrent intéressés.

La CCI deviendrait en quelque sorte l’interlocuteur unique entre la Région et les EPCI. C’est une transformation de la CCI en échelon territorial que vous prônez ?

P. M. : Nous sommes un acteur du territoire indispensable. Nous notons que la Région nous fait confiance sur la gestion de certaines infrastructures (la Région a par ailleurs demandé la prolongation de la délégation de gestion du port de commerce d’un an, le renouvellement de l’appel d’offres aurait dû avoir lieu en 2018, NDLR). Je pense que c’est le modèle d’avenir d’une CCI comme la nôtre, qui représente un tissu économique très divers, à la fois urbain, autour de Vannes et Lorient, littoral, rural, tantôt tourné vers Rennes, tantôt vers Nantes, tantôt vers le Finistère… avec le cas particulier du pays de Quimperlé, dans le Finistère, qui, lui, est tourné vers le Morbihan. C’est une approche moderne et agile. Et une vision qui associerait davantage les entreprises au territoire…

Quel avenir pour le port de commerce de Lorient ?
Quel avenir pour le port de commerce de Lorient ? — Photo : F. Henry