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Interview Nomade Architectes : « L’architecture française est en crise mais personne n’ose le dire »

Entretien avec Matthieu Laviolle et Vincent Le Garrec, associés du cabinet Nomade Architectes

Propos recueillis par Xavier Eveillé - 21 mai 2019

Associés du cabinet Nomade Architectes (2,6 M€ de chiffre d'affaires) avec Raphaël Chivot, Matthieu Laviolle et Vincent Le Garrec emploient 27 personnes à Vannes et Paris et ouvrent à Bordeaux. Spécialisés dans les réalisations d’envergure (marchés publics, logements collectifs et centres d’affaires), ils alertent sur l’état de la profession.

Matthieu Laviolle et Vincent Le Garrec, architectes associés à Nomades Architectes (Vannes, Paris, Bordeaux).
Pour Matthieu Laviolle et Vincent Le Garrec, associés à Nomades Architectes, les cabinets d'architectes ne doivent pas "être mono-activité et encore moins mono-client" pour survivre. — Photo : Xavier Eveillé

Le Journal des Entreprises : Votre cabinet d’architecture Nomade multiplie les réalisations d’envergure depuis quatre ans : Linkcity à Vannes-Nazareth, hippodrome d’Yffiniac, collectifs et bâtiments publics à Paris, Nantes et Rennes… Pour autant, vous êtes très critiques sur la santé du secteur.

Matthieu Laviolle : C’est un métier très concurrentiel. Les honoraires ont fondu de 8 % du budget à 6 % en moyenne ces cinq dernières années. Le choix est à l’économie de manière parfois surréaliste, alors qu’il y a toujours plus de normes, notamment énergétiques. L’un des gros enjeux, c’est la rentabilisation des projets. Sur certains dossiers, les interventions sont innombrables. Il arrive de mobiliser quinze personnes pour présenter le projet d’un établissement public de coopération intercommunale à la population… Et on ne nous dit pas : combien coûte le travail supplémentaire sur la maîtrise d’ouvrage ? Ça n’arrive jamais.

Vincent Le Garrec : Sur les beaux dossiers de plus de 5 millions d’euros, nous sommes entre 20 et 200 architectes à candidater sur un même projet. Les concours d’architecture restent heureusement mieux rétribués, mais, là aussi, la donne a changé : les projets sont renégociés après l’ouverture des plis. Et nous devons courir après les arrêtés des comptes définitifs. Il faut s’entourer d’économistes de la construction, car, sur certains projets, c’est à une véritable bataille qu’il faut se livrer.

M. L. : Il ne faut pas perdre de vue que les prix du gros œuvre ont augmenté de 20 % sur un temps très court alors que nous travaillons sur des temps longs. Aujourd’hui, un architecte est clairement mal payé et la profession n’est pas assez défendue !

C’est un message que vous adressez aux politiques. Le législateur ne se saisit pas de votre problématique ?

M. L. : Nous sommes peu entendus des politiques, c’est vrai. Les architectes sont l’une des corporations les moins syndiquées et les moins représentées. Dans les administrations, l’heure est à l’économie coûte que coûte et, de ce fait, l’architecture n’est pas du bon côté. Et il n’y a pas, en France, de garde-fous dans la profession, comme il y en a en Allemagne. Résultat : les prix n’ont plus rien à voir avec ceux pratiqués outre-Rhin et, d’une manière générale, en Europe du Nord.

« Certains confrères architectes tirent leurs prix très bas pour ne pas crever. »

V. G. : Depuis la crise, certains confrères tirent leurs prix très bas pour ne pas crever… La tendance est de monter sur de plus gros projets. Nous avons beaucoup grossi depuis quatre ans pour répondre à cela, mais allons nous stabiliser à présent. Nous avons multiplié les concours pour en faire aujourd’hui 25 à 30 par an.

Comment abordez-vous les années à venir ?

M. L. : Plus que jamais, il ne faut surtout pas être mono-activité et encore moins mono-client. Nous sommes traditionnellement très présents en région parisienne, notamment dans le Val-de-Marne. Nous renforçons notre maillage avec Bordeaux, une ville à laquelle nous croyons beaucoup. Le marché breton reste dynamique, même si le réseau privé est difficile à percer. La surélévation des immeubles est une piste d’avenir. De nombreuses villes comme Vannes ont d'ailleurs revu leur plan local d'urbanisme.

Matthieu Laviolle et Vincent Le Garrec, architectes associés à Nomades Architectes (Vannes, Paris, Bordeaux).
Pour Matthieu Laviolle et Vincent Le Garrec, associés à Nomades Architectes, les cabinets d'architectes ne doivent pas "être mono-activité et encore moins mono-client" pour survivre. — Photo : Xavier Eveillé

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