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Malgré le Brexit, la Bretagne et le pays de Galles renforcent leurs liens

Par Xavier Eveillé, le 20 août 2018

Invité d’honneur du festival interceltique de Lorient, le pays de Galles, représenté par son premier ministre Carwyn Jones, entend amplifier la coopération avec la Région Bretagne sur fond de Brexit. Le projet d'Eurorégion prend certes forme... mais il met aussi Londres au défi.

Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, et Carwyn Jones, premier ministre gallois.
Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, et Carwyn Jones, premier ministre gallois. — Photo : Région Bretagne

Le 6 août à Lorient, le Premier ministre du pays de Galles Carwyn Jones s’est montré offensif lors d'une conférence de presse en marge du festival interceltique de Lorient : la Région Bretagne et le pays de Galles envisagent bien de créer une Eurorégion ! « Nous avons toujours dit que la coopération interrégionale européenne demeurait une priorité, a assuré le Premier ministre gallois. Nous envisagerons toute possibilité de conforter cette coopération, que ce soit au sein du Royaume-Uni ou avec les régions européennes proches. Nos liens culturels, linguistiques et commerciaux avec la Bretagne remontent à des centaines d’années, mais ce n’est qu’en 2004 que notre relation a été officialisée (…). La sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne ne fait que renforcer notre envie d’aller plus loin dans cette coopération. »

Quelques jours auparavant, le chef du gouvernement du pays de Galles était plus nuancé dans ses propos concernant le projet d'Eurorégion : « En principe nous soutenons cette idée, mais il y a pas mal de détails à examiner avant de pousser plus avant ce concept, expliquait-il alors dans une interview à l'Agence Bretagne Presse. Il y a des plans de financements transfrontaliers qui devront être étudiés. En principe, nous voulons y travailler mais il y a beaucoup à faire. »

L’idée n’est pas nouvelle et a d’ailleurs été initiée par la Région Bretagne. En janvier 2018, une étape a été franchie avec la signature d’un nouvel accord entre Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, et Carwyn Jones, engageant les deux collectivités « à développer et consolider durablement, dans un contexte européen mouvant, leurs liens institutionnels, économiques et culturels, au bénéfice de leurs habitants ».

Cybersécurité, renouvelables et mer

À l’heure où le Brexit se prépare, l’objectif de ce partenariat renouvelé avec le pays de Galles et ses 3 millions d’habitants (3,4 millions en Bretagne) est clairement « de renforcer la coopération économique entre les deux territoires autour de filières identifiées : cybersécurité, développement durable, énergies marines, tourisme, nautisme, mer et agroalimentaire.

Deux autres domaines de coopération verront leurs projets se poursuivre et s’intensifier : l’éducation et la formation, via les échanges entre lycéens, apprentis, étudiants, stagiaires ; la culture, « en particulier autour de la culture celtique et de la pratique du breton et du gallois ».

L’accord de coopération, signé pour cinq ans, se traduit concrètement par un premier plan d’action sur 30 mois, révisé à mi-parcours de l’accord. Il est aussi convenu que les élus bretons et gallois se rencontrent au moins une fois par an.

Des liens économiques à développer

La constitution d’une Eurorégion pourrait dynamiser les relations entre les deux régions européennes aux problématiques similaires (taille, position géographique excentrée, importance des filières maritimes et agricoles, etc.). À ce jour, les relations sont essentiellement culturelles, les flux commerciaux se limitant à tout juste 1 % des échanges respectifs. « Nous regardons vers le futur, les liens économiques restent à construire », consentait Carwyn Jones à l'Agence Bretagne Presse.

Il en est de même en termes de connexions : aujourd’hui, il faut passer par Nantes pour rallier Cardiff par les airs sans escale. Dans le domaine du transport maritime, tout reste à faire. Il faut débarquer depuis Roscoff à Plymouth pour gagner le pays de Galles.

L'Eurorégion comme parade au Brexit ?

L’intensification des échanges devient aussi une nécessité politique : sitôt le Brexit enclenché, Londres a tenté de récupérer le contrôle sur certains domaines de compétence obtenus lors de la dévolution galloise, comme la pêche ou l’agriculture. Il a fallu croiser le fer avant d’obtenir des « garanties sur la sauvegarde de nos compétences », selon les termes de Carwyn Jones. La coopération pourrait s’envisager à trois, dans le domaine maritime, avec la Bretagne et la région irlandaise de Southern & Eastern. Un enjeu d’importance quand on sait que le Brexit ouvre la voie à une re-nationalisation des zones de pêche britanniques. La pêche bretonne est en première ligne dans les négociations ouvertes entre l’Europe et le Royaume-Uni.

Toutefois, ce projet d'Eurorégion n'est pas sans soulever des questions. A l'évidence, le pays de Galles est bien décidé à "tester" ses capacités de résistance face au pouvoir central britannique. Mais dans quelle mesure Cardiff pourra nouer un tel partenariat avec la Bretagne, en étant hors de l'Union européenne ? Le terme d'Eurorégion est-il destiné à marquer les esprits ? Au bras de fer entre Londres et Bruxelles s'ajoute, en vérité, un autre bras de fer : celui entre Londres, d'un côté, et le pays de Galles et l'Ecosse de l'autre. Pas sûr que les liens économiques gagnent rapidement en intensité...


- Qu’est-ce qu’une Eurorégion ?

En France, Auvergne-Rhône-Alpes et la Région Sud coopèrent d’ores et déjà au sein de l’Eurorégion Alpes-Méditerranée avec la Ligurie, le Piémont et le Val d’Aoste. L’Occitanie coopère avec la Catalogne et l’Aragon. Plus à l’est, la Lorraine prenait part à l’Eurorégion Saar-Lor-Lux avant que celle-ci ne change de statut pour devenir un groupement européen de coopération territoriale, baptisé la Grande Région.

Pour faciliter la coopération au sein de l’Eurorégion, les acteurs locaux peuvent s'appuyer sur des structures juridiques communes. Par exemple, les Groupements Européens de Coopération Territoriale (GECT) peuvent gérer les projets communs et favoriser l’échange entre les membres de l’Eurorégion. Ils leur permettent d’avoir une entité juridique unique dotée d'un budget et d'un personnel propres.

La carte des périmètres éligibles :

Périmètres éligibles "INTERREG V" en Europe sur la période de 2014 à 2020. Les coopérations peuvent être plus poussées, au sein d'Eurorégions.
Périmètres éligibles "INTERREG V" en Europe sur la période de 2014 à 2020. Les coopérations peuvent être plus poussées, au sein d'Eurorégions. - Photo : @ Union européenne
Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, et Carwyn Jones, premier ministre gallois.
Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, et Carwyn Jones, premier ministre gallois. — Photo : Région Bretagne

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