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Interview Fulup Ar Foll (IoT.BZH) : « Les constructeurs qui négligent la voiture connectée vont dans le mur »

Entretien avec Fulup Ar Foll, dirigeant de IoT.BZH à Lorient

Propos recueillis par Xavier Eveillé - 26 septembre 2018

Fondée en 2015, la PME de Lorient IoT BZH emploie déjà 18 ingénieurs dans l'open-source de l'Internet des objets et ouvre 5 postes au recrutement. Elle doit investir un plateau de 780 m² avant mi-2019 et vise les 30 salariés lors de son transfert. Interview avec son dirigeant Fulup Ar Foll, un chef d'entreprise breton pour le moins iconoclaste.

Fulup Ar Foll (à droite), dirigeant fondateur de IoT.BZH (open source dans l'internet des objets).
Fulup Ar Foll (à droite), dirigeant fondateur de IoT.BZH (open source dans l'internet des objets). — Photo : Xavier Eveillé

Le Journal des Entreprises : IoT.BZH était quasi inconnue dans le paysage il y a encore quelques mois. Or, vous êtes déjà très présents à l'international. Comment avez-vous fait ?

Fulup Ar Foll : J'ai travaillé 15 ans aux États-Unis. Je viens du monde des télécoms où, par nature, l'écosystème est international et bien structuré. IoT.BZH s'est développé autour d'un noyau de quatre personnes dans l'open source pour l'internet des objets. Nous ciblons en particulier l'automobile connectée, prélude à l'automobile autonome. Nos compétences ont déjà séduit Toyota, dont le consortium qu'il a créé représente 75 % de notre activité (2 M€ de CA attendus en 2018 contre 1,5 M€ en 2017, NDLR). Je sais, cela peut surprendre : cela n'arrive jamais qu'une TPE de 4 salariés séduise un géant comme Toyota. Je crois que nous avions les bonnes compétences au bon moment.

Tous les constructeurs s'intéressent-ils à la voiture connectée ?

F. A. F. : Il y a des constructeurs qui sont à la pointe tels Volkswagen, BMW ou Toyota, qui investissent des centaines de millions de dollars, pour ne pas dire plus. Vous avez ensuite un groupe intermédiaire avec des constructeurs comme Daimler ou PSA. Ils y croient, mais ce groupe a déjà du retard sur le premier parce qu'ils en sont encore à se demander ce que savent faire leurs sous-traitants… Et il y a ceux qui ont jeté l'éponge, comme Renault, qui a annoncé récemment avoir conclu un partenariat avec Google.

Quels sont vos concurrents ?

F. A. F. : C'est de l'open source, il n'y a pas véritablement de concurrents. Il y a en revanche deux ou trois environnements concurrentiels et, fatalement, à un moment, il y aura des morts. Si on songe à la révolution des télécoms, il en a été ainsi de Nokia. Or, c'est bien à une révolution que doivent se préparer les constructeurs automobiles, qui eux aussi pourraient connaître le même sort. Ces environnements se résument aujourd'hui à Google (Android), à la fondation Automotive Grade Linux pour laquelle nous travaillons - elle génère les 25 % restants de notre CA - et à Genevi Alliance. On pourrait y ajouter à la marge quelques systèmes alternatifs comme celui du canadien BlackBerry.

Google va-t-il encore tout rafler ?

F. A. F. : Souvenez-vous du téléphone et de la TV : Google a gagné la bataille dans le téléphone mais perdu celle de la TV. Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'ont pas perdu la guerre. Mais je pense que Google n'a pas accès à tout et que le consortium Linux tient bon la barre. Et puis vous avez Amazon et LG Research qui investissent le champ de la reconnaissance vocale dans l'automobile. Avec des problématiques qui sont encore différentes, comme de faire en sorte que la voiture n'obéisse pas à la voix d'un passager, par exemple…

Vous parlez d'open source et de gratuité. Comment une PME comme la vôtre génère-t-elle du chiffre d'affaires ?

F. A. F. : L'open source, cela reste vague dans l'esprit de la plupart des gens. Il s'agit plus précisément de développement de logiciels plateforme, de systèmes d'exploitation pour l'automobile, basé sur Linux. C'est énormément de recherche et développement. Les grands groupes n'aiment pas internaliser des coûts aussi importants sur des temps aussi longs. Donc, ils nous abondent, au même titre que les fondations. De l'argent, il y en a. Mais nous savons qu'il faudra faire une levée de fonds d'ici un ou deux ans. IoT.BZH dispose d'un million d'euros de fonds propres actuellement {1,5 M€ de valeur créée en fonds propres la première année pour 20 K€ investis en capital], mais l'entreprise devra passer à 5 ou 6 M€ pour bien faire. De la même manière qu'il nous faudra passer à 30 voire 50 salariés.

Le fameux seuil des 50 ?

F. A. F. : Cela serait le bon niveau en termes d'effectif non pas pour des questions de seuil réglementaire mais pour bien structurer l'entreprise ! Actuellement, nous avons des compétences qui méritent d'être dédoublées. Par rapport au risque d'arrêt maladie, par exemple. Nous ne pourrons pas nous permettre la moindre rupture dans la chaîne de compétences, même sur un temps court. Et puis à 50, on devient un lapin. Or, il y a beaucoup de chasseurs en embuscade. Des investisseurs de la Silicon Valley, par exemple. Il ne faut pas être naïf, les Américains se font fort de rapatrier la valeur et les compétences.

Rencontrez-vous des difficultés à recruter ?

F. A. F. : Ce n'est pas facile, mais nous y arrivons ici, à Lorient. Parce que nous sommes Bretons dans l'âme. Il y a le surf, la voile, l'atout du prix de l'immobilier, le fait que Lorient soit une ville jeune. Nous arrivons donc à recruter. Cependant, je ne passe plus par les cabinets de recrutement. Sur le type de profil que je recherche, c'est comme brûler un billet ! J'ai plus de retombées par la presse à l'échelon régional. Je viens de rencontrer un confrère parisien qui m'a dit ne pas avoir trouvé un seul candidat, alors que nous y arrivons, somme toute. Si nous n'avions pas cette fibre bretonne, la logique voudrait que nous soyons à Stuttgart, Karlsruhe ou Portland.

Fulup Ar Foll (à droite), dirigeant fondateur de IoT.BZH (open source dans l'internet des objets).
Fulup Ar Foll (à droite), dirigeant fondateur de IoT.BZH (open source dans l'internet des objets). — Photo : Xavier Eveillé

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