Morbihan

Textile

Emmaüs Action Ouest cherche de nouveaux leviers de développement

Par Ségolène Mahias, le 11 juin 2020

Emmaüs Action Ouest entend conforter son modèle. Le groupe d’insertion, basé à Pontivy, a vu ses pôles de recyclage et de réemploi fortement impactés par la crise économique. Si l’activité repart, de nouveaux leviers de développement doivent être actionnés.

Frédérique Prosper-Paul, directrice de Retritex et Eric Becquart, directeur général d'Emmaüs Action Ouest.
Frédérique Prosper-Paul, directrice de Retritex et Eric Becquart, directeur général d'Emmaüs Action Ouest. — Photo : Ségolène Mahias

« La pandémie n’aura pas été sans impact sur notre activité et les effets ne sont sans doute pas encore tous mesurables. » L’état des lieux est posé par Eric Becquart, directeur général d’Emmaüs Action Ouest. Cet acteur majeur de l’insertion par l’activité économique, compte 190 salariés, ses 11 établissements, ses 6,2 M€ de chiffre d'affaires, avec un siège établi à Pontivy. Rayonnant sur le Morbihan, les Côtes-d’Armor et le Finistère, ses activités de recyclage et de réemploi ont été affectées par la crise sanitaire. Après avoir connu des périodes de chômage partiel, de fermetures de sites et des boutiques, un export au point mort, le contexte demeure compliqué. Pour autant, le groupe entend répondre présent. « Nous voulons encourager nos partenaires privés, publics, associatifs à nous soutenir. Nous jouons un rôle d’insertion au quotidien et il est fort probable que nous soyons fortement sollicités dans les mois à venir pour aider les populations les plus fragilisées. »
Combative, cette association fiscalisée entend redonner des couleurs à ses activités. Retrilog pourrait être l’un de ses fers de lance. Cette Sarl intervient en collecte, tri et transfert des déchets d’équipements électriques et électroniques (D3E) vers les centres de tri. « Dès début mai, l’activité a repris très vite. Elle était quasi au niveau de mai 2019. Le contraste aura même été assez brutal pour les équipes, précise Eric Becquart. Chaque année, 24 000 tonnes de D3E connaissent donc une autre vie. Le pôle recyclerie, porté par Réemploi et Cie, en partenariat avec Lorient Agglomération, permet la valorisation de 650 tonnes chaque année.

Incertitudes pour le pôle textile

Pour Retritex, la situation est plus complexe. Pour ce pôle textile qui collecte, trie et vend quelque 4 300 tonnes de textile chaque année, les défis sont majeurs. Les boutiques ont rouvert avec toutes les règles en vigueur mais sans une reprise importante des ventes. « Il y a encore quelques barrières psychologiques avec l’achat de vêtements d’occasion alors que nous avons des protocoles stricts », confie Frédérique Prosper-Paul, directrice de Retritex. Si les boutiques et la collecte ont repris, le tri doit reprendre en ce mois de septembre. En effet, l’absence de visibilité pour la reprise des exportations - débouché phare des volumes hors boutique- complique l’équation. « Retritex a toujours un équilibre fragile avec des marges quasi nulles. L’arrêt des exportations crée un sérieux impact. Nous sommes dans l’inconnu avec des volumes textiles importants sur nos sites », détaille la directrice de Retritex. Le sujet touche les différents acteurs du secteur qui en ont appellé à leurs partenaires ainsi qu'à leur éco-organisme (Eco-TLC) qui leur apporte une compensation financière jusqu'à fin 2020. Seule une activité d’Emmaüs Action Ouest a développé son activité pendant la crise. Il s’agit de Booki, sa librairie en ligne : « Booki a enregistré trois fois plus de commandes que d’habitude. »

Recours au PGE

Emmaüs Action Ouest n’a pas hésité à demande le prêt garanti par l’Etat (PGE). « Ce prêt va vous permettre de faire face au niveau trésorerie pour les prochains mois », détaille Eric Becquart et d’ajouter « un prêt est engageant. Il faudra aussi prendre en compte le poids de ces annuités dans notre plan de trésorerie. » Aujourd’hui, le groupe s’autofinance à 85 %. L’État apporte son concours financier au titre des postes, des chantiers, des entreprises d’insertion portés par l’association. L’an passé, 240 personnes ont été accueillies avec 65 % de retours durables à l’emploi ou en formation. En parallèle, un appel aux dons en nature, tels des destockages, est lancé aux entreprises et aux commerces. L’idée est de diversifier l’offre proposée.

L’enjeu de la valorisation des plastiques

La direction d’Emmaüs Action Ouest le sait : l’avenir passera aussi par la diversification des activités. Si Booki, sa librairie en ligne, l’une des dernières composantes en date du groupe, a été la bonne surprise du confinement, l’objectif est désormais majeur. « Nous visons l’équilibre pour Booki en 2021. Une nouvelle filière émerge. Il s’agit de la valorisation des plastiques déposés en déchetteries. Actuellement, ces matières sont généralement enfouies ou incinérées. Demain, elles pourraient avoir une seconde vie. L’acteur de l’insertion mène ce projet aux enjeux majeurs avec Tribord, l’entreprise d’insertion (29 – 35) mais aussi avec les acteurs nationaux que sont Veolia et Valorplast. La valorisation des plastiques passe par un tri manuel, plus précis. Emmaüs Action Ouest pourrait mobiliser ses équipes sur ces opérations.

Frédérique Prosper-Paul, directrice de Retritex et Eric Becquart, directeur général d'Emmaüs Action Ouest.
Frédérique Prosper-Paul, directrice de Retritex et Eric Becquart, directeur général d'Emmaüs Action Ouest. — Photo : Ségolène Mahias

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