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Ecova se projette en leader breton du recyclage de pièces automobiles

Par Ségolène Mahias, le 11 mai 2023

Après trois ans d’existence, 110 salariés, 5 sites, 12 millions d’euros de chiffre d’affaires, le groupe Ecova, basé à Elven, se fait une place et un nom. Il ambitionne d’être leader en Bretagne et dans l’Ouest sur le marché de déconstruction automobile.

Jean-François Coleno, PDG du groupe Ecova, entend faire grandir l’entreprise en Bretagne et dans le Grand Ouest.
Jean-François Coleno, PDG du groupe Ecova, entend faire grandir l’entreprise en Bretagne et dans le Grand Ouest. — Photo : Ségolène Mahias

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, la citation est de Lavoisier, chimiste de XVIIIe siècle, mais elle pourrait être le slogan du groupe Ecova. Récent, discret, il compte pourtant parmi les acteurs indépendants et familiaux reconnus du recyclage automobile. Son créneau : "la déconstruction de tous les véhicules hors d’usage de moins de 3,5 tonnes", précise Jean-François Coleno, PDG du groupe. Grâce à cette filière, des pièces automobiles dites de réemploi sont remises sur le marché pour la réparation de véhicules. S’il existe 1 600 sites de déconstruction en France, le marché est trusté par des géants à l’instar du groupe vendéen Dubreuil (5 800 salariés, 2,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires 2022), Alliance Automobile Group (4 800 collaborateurs, CA NC, composante de l’américain Genuine Parts Company depuis 2017)… Face à ces mastodontes, comment Ecova parvient-il à tirer son épingle du jeu ? "Nous grandissons vite mais de manière très réfléchie, avec un maillage fort et sur un périmètre défini. Si le groupe est jeune, nous avons une expérience de 40 ans dans la déconstruction automobile", résume son dirigeant.

En 1984, ses parents créent leur premier site de déconstruction automobile à Elven. "À l’époque, on parlait plus généralement de casse. Tout a bien changé." En effet, quand Jean-François Coleno rejoint sa mère et son oncle en 1996, le site monte en puissance avec la construction des premiers bâtiments avant une remise à neuf en 2008 avec une activité qui se structure de plus en plus.

De 20 à 110 salariés en 3 ans

Après avoir fait le choix de rejoindre de grands groupes de déconstruction, Jean-François Coleno revient en 2015, comme responsable d’exploitation du garage familial de La Hutte, à La Vraie-Croix également. Fort de son expérience, il décide de passer à la vitesse supérieure sur le volet de la déconstruction. "Nous avons racheté la SN Fornes à Quimper (Finistère) et à Malleville (Loire-Atlantique), le groupe Ecova est alors né en avril 2020. Avec trois sites, nous étions déjà plus crédibles et plus écoutés qu’en 2015." Depuis, Ecova a racheté une autre entreprise à Loudéac (Côtes-d’Armor) fin 2021 et Pontivy en 2022. La PME compte désormais cinq sites, emploie 110 salariés quand elle n’en comptait qu’une vingtaine en 2020 et réalise 12 millions d’euros de chiffre d’affaires.

La mise en place du groupe a signé la rationalisation du process. Les sites de Quimper et de Malleville ont été complètement restructurés. Les lignes de déconstruction ont été revues aussi bien en termes de process que de logistique. Toutes les implantations disposent d’une double ligne de production. 2,5 millions d’euros ont été investis, hors acquisitions. "Les trois plus gros postes d’investissements concernent les appareils de déconstruction mais aussi les étagères où sont stockées les pièces ainsi que l’informatique car tout est tracé sur un véhicule, de son entrée sur nos sites à sa sortie."

Nantes, site modèle

Fleuron du groupe, le site nantais d’Ecova se distingue également à plusieurs titres. Etabli sur 3 hectares quand Elven n’en compte qu’un, il abrite aussi une longue chaîne de déconstruction en ligne soit un process très industrialisé. Il a aussi la spécificité de pouvoir prendre en charge des véhicules électriques, ce qui demande d’avoir des habilitations spécifiques. "C’est la spécialité du site de Malleville, nous avons deux personnes habilitées pour cela. C’est un marché qui est appelé à se développer. Nous avons prévu de former des personnels au gré des besoins."

En amont de la déconstruction, le groupe dispose de plusieurs sources d’approvisionnement : les particuliers, l’ensemble des constructeurs, les fourrières, les compagnies d’assurances suite à des accidents ou des sinistres ainsi que des garages indépendants. Si les opérations de primes à la casse ont contribué à créer de beaux volumes, la pénurie de véhicules neufs, les tensions sur le marché de l’occasion affectent les professionnels de la déconstruction. Le groupe Ecova n’y a pas échappé : de 14 500 véhicules déconstruits par an, il est passé à 12 000. L’entreprise n’affiche cependant pas d’inquiétudes sur ce sujet et table sur un retour à la normale. "75 % des véhicules que nous déconstruisons sont des véhicules français." Un chiffre conforme au marché des véhicules roulant en France.

Son propre site web de mise en relation

Une fois les véhicules réduits en pièces, l’activité de vente d’Ecova démarre. Vérifiées, nettoyées, les pièces passent par le studio photo du groupe pour être mises en vente. "Chaque rayure, petit défaut, sont mentionnés. Les annonces doivent être les plus précises possibles. Cela facilite les ventes, crée de la transparence pour le client et donc de la satisfaction."

Pour commercialiser ces pièces de seconde main, Ecova peut s’appuyer sur différents leviers. L’entreprise dispose d’un call-center qui génère le plus gros de ses ventes mais elle s’appuie aussi sur des plateformes d’e-commerce telles qu’Ebay mais surtout avec Appropo.fr, son propre site. Imaginée par Jean-François Coleno en 2018, cette plateforme met en relation des déconstructeurs et des réparateurs. Appropo.fr permet une mise en ligne rapide, 15 minutes en moyenne, entre les besoins des réparateurs en pièces de seconde main et les sites de recyclage. Outre la vente de pièces, le groupe Ecova réalise aussi un peu de négoce à l’export au Maroc et en Afrique noire notamment. Enfin, la matière restante des véhicules rejoint les filières de recyclage. "La réglementation oblige à recycler 95 % d’un véhicule. Au sein d’Ecova, nous sommes à 97-98 %."

Devenir l’acteur majeur du Grand Ouest

Toujours en quête de nouveaux challenges, Jean-François Coleno ne compte pas s’arrêter là. Deux nouvelles opérations de croissance externe sont en cours : elles porteraient l’effectif à 150 salariés. "Nous allons continuer à grandir. L’ambition est d’être l’acteur majeur indépendant en Bretagne et dans le Grand Ouest tout en restant un groupe familial à taille humaine." Le dirigeant souhaite être au maximum à 2 h - 2 h 30 de ses implantations. "Je suis un homme de terrain, j’ai besoin de voir mes différents sites après avoir mis les process en route et géré les chantiers." Les prochaines acquisitions du groupe Ecova ainsi que sa croissance organique devraient lui permettre d’atteindre les 20 millions d’euros de chiffre d’affaires fin 2024. Des diversifications sont aussi prévues. Le site de Malleville pourra s’ouvrir au recyclage des poids lourds, des engins de travaux publics ou agricoles. "C’est une filière où les volumes sont moindres mais c’est surtout une filière moins organisée. Il y a donc des choses à faire."

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