Morbihan

Transport

Interview Coronavirus - Transports Rault : « Préparons déjà l’après-épidémie »

Entretien avec Claude Rault, dirigeant des Transports Rault

Propos recueillis par Ségolène Mahias - 26 mars 2020

Dirigeant des Transports Rault près de Pontivy (Morbihan), membre du conseil d’administration de l’Organisation des Transports Routiers Européens (OTRE) Bretagne, Claude Rault connaît une baisse d’activité. Mobilisé pour trouver d’autres débouchés, il s’investit aussi auprès des conducteurs routiers et planche sur l’après épidémie.

Claude Rault, dirigeant des Transports Rault, affiche la marque territoriale sur l'un de ses camions.
Claude Rault, fondateur des Transports Rault. — Photo : Ségolène Mahias

Quel est le niveau d’activité actuelle de votre entreprise ?

Claude Rault : Plusieurs de nos clients comme Decathlon, Conforama, ou Davilaine ont dû fermer. L’activité des Transports Rault a chuté de 70 %. Nous avons sollicité Altho (chips Bret’s) avec lequel nous travaillons qui nous a confié des missions de transports ramenant alors la baisse d’activité à 50 %. Grâce à un confrère, nos trois camions frigorifiques ont pu effectuer des affrètements. Nous devons faire face à une autre difficulté qui est le retour à vide de nos camions. C’est un enjeu important car c’est là que se joue la rentabilité de nos entreprises. Beaucoup de nos clients ont accepté de nous aider en payant les frais de ces kilomètres au retour. Notre activité de stockage fonctionne normalement avec des consignes strictes liées à l’épidémie.

Chauffeurs, exploitants, administratifs, comment s’organise le travail de vos salariés ?

Claude Rault : Le tiers de nos chauffeurs est au chômage partiel. Cela concerne notamment nos conducteurs qui ne sont pas basés à Pontivy mais ailleurs, comme à Lyon. Au sein de notre siège, dans les bureaux, il y a deux personnes qui coordonnent les transports. Les administratifs sont soit en télétravail soit en arrêt pour celles et ceux qui doivent gérer des enfants.

Vous avez pris la parole les jours derniers pour dénoncer les conditions très difficiles d’exercice du métier de transporteur routier (fermetures des restaurants, douches et sanitaires), qu’en est-il actuellement ?

Claude Rault : Je suis en contact quotidiennement avec nos chauffeurs. Je m’assure qu’ils ont bien à manger, qu’ils peuvent accéder à des douches, etc. J’ai effectivement dénoncé un certain nombre de situations sur les réseaux sociaux. Avant-hier, j’avais un camion bloqué en région parisienne. Il y a encore des bases logistiques de la grande distribution qui ne mettent ni sanitaires ni douches à disposition des conducteurs, ce n’est pas normal. Heureusement, dans la plupart des cas les choses évoluent dans le bon sens et nos chauffeurs sont aussi prévoyants. Bravo à eux.

De votre côté, vous avez proposé des accès aux sanitaires à des chauffeurs de passage…

Claude Rault : Oui, nous avons mis à disposition des conducteurs des sanitaires neufs dans un bâtiment dont nous avons récemment fait l’acquisition. Ces sanitaires sont très régulièrement désinfectés dans la journée. Beaucoup de transporteurs bretons en ont fait de même comme le Groupe Garnier (22), les Transports Cobigo dans le Morbihan et beaucoup d’autres. Près de Carhaix (29), le transporteur TSO a fait préparer des plateaux-repas pour ses conducteurs. Il y a un vrai élan de solidarité. Mais c’est aussi la garantie de pouvoir assurer une activité économique au pays

L’activité économique étant moindre, comment gérez-vous la trésorerie de l’entreprise ?

Claude Rault : Nous avons cinq banques. Quasiment toutes nous ont appelés. Elles ont pris les devants. En tant que chef d’entreprise, on se sent accompagné. Les banques jouent le jeu. Il n’y a pas eu de problèmes pour reporter à six mois nos échéances de prêts. Pour la trésorerie, c’est surtout fin mai que tout risque de poser problème. Nous sommes payés à trente jours. Je pense que le trou de trésorerie pourrait se chiffrer entre 150 000 et 200 000 euros pour notre entreprise sur une période de deux mois. Il est donc urgent de trouver des missions de transport pour limiter les impacts.

Comment envisagez-vous la suite en tant que chef d’entreprise mais aussi comme membre du conseil d’administration de Bretagne l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE) ?

Claude Rault : J’ai un message qui est « Préparons déjà l’après corona ». Quand l’économie va repartir, elle va redémarrer très fortement. Il va falloir être prêt, que les entreprises de transports, que les chauffeurs et les camions soient prêts. Je pense aussi que beaucoup de petites sociétés de transports vont disparaître vu le contexte. Et pas uniquement des sociétés françaises mais aussi étrangères. En France, il y a une volonté de soutenir l’économie. Je ne sais pas si en Pologne, en Lituanie ou dans d’autres pays d’Europe de l’Est, c’est le cas.

Claude Rault, dirigeant des Transports Rault, affiche la marque territoriale sur l'un de ses camions.
Claude Rault, fondateur des Transports Rault. — Photo : Ségolène Mahias

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