Morbihan

Agroalimentaire

Avec Brets, Altho croque des parts de marché

Par Ségolène Mahias, le 06 avril 2021

Le morbihannais Altho a la patate. Le premier fabricant de chips français a renforcé ses positions en 2020 auprès de la GMS pour laquelle il assure la fabrication en MDD. En parallèle, sa propre marque, Brets, tournée vers l'innovation, est en croissance continue. Altho a de l'appétit à revendre. 

A la tête d'Altho, Laurent Cavard, fait le pari de l'innovation pour faire grandir sa PME. 
A la tête d'Altho, Laurent Cavard, fait le pari de l'innovation pour faire grandir sa PME.  — Photo : Ségolène Mahias

Cocorico pour Altho. Depuis quelques mois, le chipsier breton est la deuxième marque de chips en France, derrière le géant Lays mais devant Vico. Il est aussi le premier fabricant français, ses concurrents directs appartenant à des groupes internationaux. Dans l’usine morbihannaise, ce classement est accueilli avec une fierté mesurée. " C’est une belle réussite. Il y a 26 ans, quand mon beau-père Alain Glon a eu l’idée de créer une usine de chips à Saint-Gérand, près de Pontivy, beaucoup doutaient. Lui a eu cette audace de valoriser différemment des pommes de terre bretonnes ", rappelle Laurent Cavard, PDG d’Altho. Alain Glon, (discret) entrepreneur à succès, anciennement à la tête du géant de la nutrition animale Glon Sanders, ancien président de l’Institut de Locarn, le think tank breton, avait eu l’intuition que la chips made in Bretagne pouvait croquer des parts de marché. Quand Altho a vu le jour en 1995, l’usine comptait une unique ligne de production, 16 salariés et affichait une production de 800 tonnes. "Aujourd’hui, nous sommes en moyenne 381 employés à Saint-Gérand et 85 sur le site du Pouzin, en Ardèche. La production annuelle moyenne française est de 31 500 tonnes ", détaille le directeur d’Altho. Sous sa houlette, la PME connaît une croissance continue en parts de marché et en volume d’affaires. Navire amiral d’Alain Glon Holding (AGH) Altho a clos son exercice à 140 millions d’euros de chiffre d’affaires contre 132 millions d’euros en 2019 et 108 millions d’euros en 2018.

Partenaire de 285 agriculteurs

Sur un marché de la chips très disputé, Altho a choisi de cultiver ses différences afin d’en faire une force. L’industriel ne travaille que des pommes de terre françaises, voire bretonnes à plus de 75 %, quand les multinationales optent pour des approvisionnements européens. L’entreprise est partenaire de 285 agriculteurs bretons avec lesquels elle signe un contrat à prix d’achat fixe pour chaque récolte. " Nous mettons à disposition notre matériel pour la culture comme pour l’arrachage. Nous assurons nous-mêmes le stockage. Nous sommes les seuls à procéder ainsi. La traçabilité du champ à l’usine est ainsi assurée." En effet, les pommes de terre sont un produit sensible aux conditions météorologiques. Avec ces produits récoltés à l’automne, l’industriel entend sécuriser au maximum ses stocks pour servir ses clients jusqu'à l'été et son pic de consommation.

" Les marques de distributeur sont notre coeur de métier. Les grande et moyenne surfaces (GMS) représentent 72 % de nos tonnages. Les marques de distributeurs (MDD) sont tout sauf des sous-produits. Il y a des panels en permanence. Il faut offrir une qualité de produits et de services." Quand certains industriels n’osent dévoiler qu’ils travaillent pour des enseignes, Altho choisit de l’afficher. En effet, l’industriel a mis le pied à l’étrier grâce à Intermarché, l’enseigne fondée… par le Morbihannais Jean-Pierre Le Roch. Depuis, le chipsier est le plus important fournisseur de la GMS française.

Brets ne connaît pas la crise

Dans la galaxie Altho, il est aussi une pépite nommée Brets. La marque maison s’est positionnée sur un créneau créatif dès 1995. "Nous étions les premiers à lancer des chips aromatisées en France avec le poulet braisé, qui demeure notre plus grosse vente encore aujourd’hui." Bret’s à l’origine, devenue Brets se différencie sur ses recettes et est l’outil innovant d’Altho. " Brets doit porter l’identité d’une marque française ", résume son PDG. Aux côtés des plus classiques chips au vinaigre, oignons ou autres, elle explore des recettes bien tricolores comme la saveur marine, fromage du Jura ou piment d’Espelette. Première à sortir des chips bio en 2010, la marque s’est également lancée sur les chips de légumes en 2013. Brets fait aussi la chasse aux additifs décriés dans les arômes et à l’huile de palme remplacée par de l’huile de tournesol depuis 2010. Et la chips morbihannaise est aussi celle qui a tiré son épingle du jeu en 2020 en plein cœur de la crise sanitaire compensant, en partie, les ventes en restauration hors foyer qui ont chuté de 50 %. "Brets, c’est la performance du moment. Elle a gagné 1,7 point de part de marché quand ses concurrents directs ont reculé. L’innovation paye." Et 2021 devrait confirmer ce développement. Récemment auréolée d’un prix, Brets a opté pour une co-création avec le crêpier costarmoricain Bertel pour lancer une chips de sarrasin. Fabriquées à Pleudihen-sur-Rance et prédécoupées, ces chips d’un autre genre seront frites sous vide, salées et assaisonnées chez Altho. Enfin, Brets surfe sur la tendance des légumineuses et autres graines qui sont la base des Kips, l'un des derniers produits commercialisés.

Vague d’investissements en Ardèche

Depuis 2014, Altho s’est doté d’un second outil industriel situé à Le Pouzin en Ardèche. " Le problème des chips est que c’est très volumineux pour un faible poids. Il fallait donc trouver un moyen de réduire nos coûts logistiques tout en nous rapprochant de bassins importants de consommation." 23 millions d’euros ont alors été investis par la PME. Sur place, seules sont fabriquées des chips pour la MDD. Après la construction de bâtiments de stockage, 14 millions d’euros ont été consacrés à l’augmentation des capacités de production en 2019. " Pour 2021, nous prévoyons une nouvelle enveloppe de 3,5 millions d’euros pour mettre en place des ombrières photovoltaïques et utiliser l’électricité produite en auto-consommation." Un projet d’installation d’un méthaniseur est également à l’étude.

Moderniser l’usine de Saint-Gérand

Son usine du sud de la France ainsi que celle de Sia au Portugal, qu’elle possède depuis 2014, lui ouvrent des portes à l’export. "Sia travaille pour 98 % des marques de distributeurs au Portugal et en Espagne. Nous avons de nouvelles opportunités de développement, c’est pourquoi nous avons investi pour augmenter ses capacités de production." En MDD, Altho commercialise déjà ses produits au Japon et un peu en Italie avec sa gamme bio. Brets fait une percée en Italie, en Belgique, au Royaume-Uni et au Canada. " Notre marque commence aussi à enregistrer de gros flux au Japon. L’export qui pesait 2-3 % il y a 4 ans, représente désormais près de 5 % de nos ventes. C’est un levier."

Moderniser le site historique

En 2020, l’entreprise a mis en place un plan de bataille qui lui a permis de gagner du terrain aussi bien en MDD que pour sa propre marque. " Nous avons lancé un plan de continuité quand 19 % de notre effectif était absent lors du premier confinement pour garde d’enfants et autres. L’idée était de savoir comment nous pouvions maximiser les tonnages de vente. Ce plan a rassuré nos clients." Concrètement, Altho a réduit ses gammes de produits pour se consacrer sur les plus importantes en volume. Depuis, l’entreprise a repris la fabrication sur l’ensemble de ses références. " Nous avons versé une prime de 1 000 euros à nos salariés pour les récompenser de leur présence et de leur investissement durant cette période. L’accord d’intéressement a aussi été renégocié pour saluer leur engagement."

Sur les tablettes de Laurent Cavard, un important projet se profile désormais. " Le site de Saint-Gérand a été agrandi et construit peu à peu mais il a 25 ans. Il va falloir le moderniser. C’est un projet à 50 millions d’euros. Alain Glon m’a dit qu’il fallait que je dimensionne le site avant de partir en retraite ", s’amuse le quinquagénaire.

A la tête d'Altho, Laurent Cavard, fait le pari de l'innovation pour faire grandir sa PME. 
A la tête d'Altho, Laurent Cavard, fait le pari de l'innovation pour faire grandir sa PME.  — Photo : Ségolène Mahias

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail