Groupe Laporte : Des pigeons en or olympique

Par Gaëlle Cloarec, le 02 octobre 2009

Après Rome, Tokyo, Montréal, Moscou, Athènes et Pékin, les pigeons d'argile du groupe biotois Laporte équiperont-ils la Perfide Albion lors des Jeux de 2012? En attendant la réponse, d'ici à la fin de l'année, retour sur une entreprise qui, malgré quelques soubresauts, garde le cap.
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L'octogénaire a encore du souffle. Dans quelques semaines, le Groupe Laporte saura s'il équipera de ses lanceurs et pigeons d'argile les épreuves de ball-trap des Jeux Olympiques de Londres. Jean-Michel Laporte, son P-dg, se dit confiant (voir interview). Il est vrai que son expertise - l'entreprise de Biot est l'une des rares dans le monde à pouvoir revendiquer six Olympiades et une ancienneté qui remonte à 1927 - constitue un atout majeur. La Perfide Albion y sera-t-elle sensible?




Un nom qui fait partie de l'histoire du ball-trap

Tout commence à l'aube des années 30. Émile Laporte, entrepreneur en travaux publics et chasseur invétéré, découvre en Angleterre le ball-trap et importe la discipline dans l'Hexagone. L'homme imagine les premiers lanceurs manuels et se lance dans la fabrication de pigeons d'argile, petits disques creux qui lancés dans le ciel, aujourd'hui à une vitesse variant de 100 à 130km/h, libèrent une poudre traçante lorsqu'ils sont touchés par les plombs. Son fils, Pierre, puis son petit-fils, Jean-Michel, multiplieront eux aussi les innovations pour pimenter et élargir la pratique de ce sport. Lorsque ce dernier s'installe aux commandes de l'entreprise en 1972, il hérite d'un nom «qui commençait à être reconnu» grâce aux Olympiades de Rome (1960) et de Tokyo (1964), ainsi que d'une capacité de production de «huit millions de pigeons et d'une centaine de lanceurs automatiques par an» détaille le dirigeant. Son plan de vol est alors tout tracé: «Développer considérablement l'export et la production». Jean-Michel Laporte truste peu à peu les marchés, multiplie les grandes références comme les Jeux de Montréal (1976) et de Moscou (1980) et, consécration ultime, «signe en 1990 un contrat 15M€ sur un marché de remplacement de 70M€ avec l'Américain Winchester pour 35.000 lanceurs». L'usine de Biot, spécialisée dans la fabrication de lanceurs, sort de terre. Quelque temps plus tard, ce seront celles de la Marne, dévolues cette fois-ci aux pigeons. Des usines qui permettent au groupe de produire 150millions de cibles par an. L'euphorie est belle... mais de courte durée.










Développement sans crédit

«On a eu un problème avec notre partenaire qui a fait plonger tout le groupe» reprend Jean-Michel Laporte, mi-figue, mi-raisin. Le repli de l'Américain contraint le groupe à déposer le bilan en 1996. La holding Laporte, qui au fil du temps s'était diversifiée et comptait alors sept sociétés (voir parcours), a du plomb dans l'aile. «J'ai arrêté toutes les activités annexes et j'ai choisi de me concentrer sur mon métier de base: un produit de niche, connu et reconnu dans le monde entier, qui serait moins vulnérable aux crises en général.» Le plan de redressement oblige l'entreprise a «de la rigueur, de la précision et de l'organisation. On a travaillé sans crédit. On a cherché à améliorer notre outil de production, on a fait de la recherche pour simplifier et perfectionner nos machines... Si bien que nos produits, en plus d'être écologiques, ont une durée de vie quatre à cinq fois supérieure à nos concurrents». Parallèlement, l'homme rachète «sur fonds propres» en 2000 deux de ses concurrents, et fait preuve de persuasion pour décrocher les Jeux d'Athènes (2004) et de Pékin (2008). Résultat: le Groupe Laporte sort du rouge et de la procédure administrative en 2007, retrouve sa place de leader et, fort de ses quatre usines, fabrique désormais 240millions de pigeons par an. «J'ai une capacité de 500millions de produits par an, soit le double de ce que nous faisons. Je peux donc à tout instant prendre les marchés qui s'ouvrent à nous.» Lesquels? «Les pays émergents comme l'Inde où il y a plusieurs millions de plateaux à prendre», «la Russie qui marche très fort», «le Japon où l'on est déjà présent mais je vise la moitié du marché d'ici à quatre ou cinq ans», «l'Australie»... «Le tout, c'est d'être partout!» La Perfide Albion n'a qu'à bien se tenir.

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