Pays de la Loire

Vin

Vins de Loire : les viticulteurs ne sont pas sereins face aux surtaxes américaines

Par Olivier Hamard, le 07 novembre 2019

La hausse des droits de douane américains sur les vins français inquiètent Interloire, l'interprofession du Val de Loire. Son président Jean-Martin Dutour craint un recul des parts de marché comme des marges des producteurs locaux.

Jean-Martin Dutour est président d'Interloire depuis 2017.
Jean-Martin Dutour, le président d'Interloire, exploite 130 hectares de vignes à Chinon, en Indre-et-Loire. — Photo : Dr InterLoire/Stevens Fremont

Depuis mi-octobre, conséquence du bras de fer américano-européen entre Boeing et Airbus, les vins français sont surtaxés à 25 % sur leur valeur à l'entrée aux États-Unis. Plus précisément, les vins dits « tranquilles », blancs, rouges ou rosés, de moins de 14 degrés. « Les vins à bulles ne sont pas concernés, précise Jean-Martin Dutour, viticulteur et président d’Interloire, l’interprofession des vins du Val de Loire. 20 % des vins de Loire partent à l’étranger et, parmi eux, 20 % vont aux États-Unis. Nous exportons surtout des vins blancs, vendus en direct ou via des négociants ou des coopératives. »

Une taxe aux conséquences incertaines

Malgré cette proportion relativement faible, le marché américain est intéressant pour les professionnels du vin : il est le premier en valeur dans le monde et la consommation y est croissante (12 litres par an et par habitant, contre 50 en France). « Cette consommation continue de baisser en France, d’environ 5 % par an, mais augmente dans les pays occidentaux, précise Jean-Martin Dutour. Cela devrait converger vers 25 à 30 litres partout. La taxe qui touche les vins français déstabilise le marché. Ce qui va être déterminant, c’est la place qui sera donnée à nos vins dans les rayons des magasins, puisqu’ils seront plus chers, en passant d’environ 20 dollars à près de 30 (18 à 27 euros, NDLR). Le risque est que les consommateurs américains se tournent vers d’autres vins non-taxés, chiliens ou australiens par exemple, ou vers d’autres boissons. »

« Il y a un réel décalage entre des politiques longues de développement à l’export, sur plusieurs années, et la rapidité d’un tweet qui déstabilise le marché... »

A contrario, cette taxe peut, peut-être, repositionner les vins français dans une gamme plus premium. Ils pourraient alors s’en sortir par le haut, sur le principe du « plus c’est cher, plus c’est bon ».

Mais rien n’est moins sûr, et les professionnels restent inquiets : « Il n’y a aucune visibilité, regrette Jean-Martin Dutour. Si c’est uniquement en vigueur deux à trois mois, chacun, du producteur jusqu’au magasin, pourra peut-être baisser un peu ses marges, mais cela ne pourra pas durer. Il y a actuellement des discussions pour trouver des solutions et on attend aussi que l’Europe s’implique. Quoi qu’il en soit, il y a un réel décalage entre des politiques longues de développement à l’export, où il faut plusieurs années pour développer sa clientèle, et la rapidité d’un tweet qui déstabilise le marché. »

Jean-Martin Dutour est président d'Interloire depuis 2017.
Jean-Martin Dutour, le président d'Interloire, exploite 130 hectares de vignes à Chinon, en Indre-et-Loire. — Photo : Dr InterLoire/Stevens Fremont

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