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Environnement

Interview Séché Environnement : "Notre ambition est de réduire au maximum notre empreinte climatique"

Entretien avec Pierre-Yves Burlot, directeur développement durable du groupe Séché Environnement

Propos recueillis par  Philippe Flamand - 26 septembre 2022

Créé en Mayenne il y a 37 ans, Séché Environnement conjugue gestion des déchets, dépollution et engagement contre le réchauffement climatique. Le groupe familial compte réduire d’un quart ses émissions de CO2 d’ici 2030. Pierre-Yves Burlot, son directeur développement durable, détaille sa feuille de route.

Pierre-Yves Burlot, directeur développement durable du groupe Séché Environnement
Pierre-Yves Burlot, directeur développement durable du groupe Séché Environnement — Photo : Emma Laupa

Que représente le groupe Séché Environnement aujourd’hui ?

Le groupe a été fondé en 1985 par Joël Séché à Changé, en Mayenne, près de Laval. À l’origine, Joël se destinait à une tout autre carrière mais, à la suite du décès de son père, il a repris les rênes de la petite entreprise familiale de travaux publics. Très vite, il s’est aperçu qu’il y avait des choses à faire dans le domaine du traitement des déchets, en mettant à profit le savoir-faire de l’entreprise dans le terrassement pour créer, à proximité de Laval, une installation de stockage de déchets répondant aux meilleures exigences environnementales, en lieu et place de ce que l’on appelait alors des décharges. Au fil des années le groupe s’est développé sur plusieurs métiers. Aujourd’hui l’entreprise, toujours familiale, a conservé son siège social à Changé. Joël Séché est toujours président du groupe et son fils, Maxime, en est le directeur général. L’actionnariat est encore majoritairement détenu par la famille avec la particularité d’être, en plus, depuis 1997, une entreprise cotée sur Euronext avec environ 30 % du capital en bourse. L’autre caractéristique du groupe Séché est d’être un groupe industriel, implanté à la fois en France et à l’international avec près de 120 sites au total, dont une cinquantaine dans l’Hexagone. Nous employons 5 000 collaborateurs – 2 300 en France – pour 736 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021 dont 28 % à l’international, principalement en Europe – en Espagne, Italie, Allemagne –, en Amérique latine notamment au Chili et au Pérou et en Afrique du Sud qui est devenu notre plus gros marché hors de France et où nous avons racheté deux sociétés : Interwaste en 2019 et Spill Tech en 2021.

Quels sont aujourd’hui les métiers du groupe ?

Au fil des années, le groupe s’est développé sur des activités diverses avec une clientèle principalement industrielle, dans un rôle de challenger vis-à-vis des grands groupes présents sur le marché. Aujourd’hui, nous avons trois métiers principaux : un premier métier lié à la gestion des déchets, à l’économie circulaire en général et au recyclage de matériaux spécifiques ; un deuxième métier lié à la décontamination et à la gestion des déchets dangereux que l’on ne peut pas valoriser ; et enfin un troisième métier de services à l’environnement.

En quoi la gestion des déchets industriels par le groupe Séché est-elle spécifique par rapport à ce que font vos concurrents ?

Nous investissons beaucoup dans le recyclage de matériaux spécifiques dans une logique d’économie circulaire pour créer des boucles vertueuses.

Par exemple ?

Nous sommes un des leaders européens du recyclage des solvants, ce qui permet à nos clients industriels de la chimie et de la pharmacie d’utiliser des solvants recyclés plutôt que des solvants vierges, beaucoup plus gourmands en énergie à produire. Nous sommes également les seuls à pouvoir recycler le brome (un produit naturel utilisé pour désinfecter l’eau des piscines ou comme retardateur de flamme dans les plastiques, certains textiles, des équipements électriques et électroniques, NDLR) et dont l’extraction consomme beaucoup d’eau et d’énergie. Une tonne de brome recyclé a, ainsi, un impact carbone vingt fois inférieur à celui du brome vierge. Nous investissons également beaucoup dans la valorisation énergétique des déchets. Nous avons été la première entreprise industrielle en France à mettre au point une chaudière CSR (combustible solide de récupération, NDLR) installée sur notre siège à Changé et qui alimente l’hiver le réseau de chaleur de la ville de Laval et permet l’été de déshydrater du fourrage pour une coopérative agricole.

En quoi consiste votre activité de décontamination et de gestion des déchets dangereux ?

Certains de nos sites sont capables de traiter des déchets dangereux, exemple les POP – polluants organiques persistants – qui, comme leur nom l’indique, persistent dans l’environnement, s’accumulent dans les organismes vivants et constituent un risque pour la santé humaine et pour l’environnement. Nous collectons également et détruisons les Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectieux (DASRI) par exemple des hôpitaux.

Votre troisième métier valorise les services à l’environnement. De quelle façon ?

Nous agissons souvent à la demande des pouvoirs publics, des collectivités, pour dépolluer des friches industrielles, des terrains, des bâtiments, pour tous polluants, amiante, métaux lourds, hydrocarbures, munitions. C’est nous par exemple qui avons dépollué le site de la future piscine olympique à Saint-Denis en banlieue parisienne face au Stade de France, sur les 12 hectares d’un ancien site gazier. Nous avons creusé le sol sur 14 mètres de profondeur et évacué 182 000 m3 de terres polluées aux hydrocarbures. Nous intervenons également à l’international. C’est ainsi que nous avons pris pied sur le marché péruvien à la suite d’une rupture de pipeline dans la jungle amazonienne.

Que faites-vous de ces déchets ?

Quels que soient les déchets que nous traitons, nous mettons en œuvre tout une palette d’expertises : tri, recyclage, régénération, valorisation énergétique et, lorsqu’aucune voie de valorisation n’est possible, stockage. Pour ce dernier métier, il existe 13 sites spécialisés en France pour les déchets dangereux et le plus important est à Changé. Nous intervenons également en urgence sur des accidents industriels comme celui de Lubrizol à Rouen en septembre 2019, ou sur l’incendie de Notre-Dame à Paris pour la pollution au plomb…

La RSE semble inscrite au cœur de vos différents métiers. Du coup, pourquoi le groupe a-t-il besoin d’un directeur du développement durable ? Quelles sont vos missions ?

Séché Environnement a toujours eu à cœur d’anticiper le renforcement de la réglementation, et de l’accompagner. Quand Joël Séché a commencé à développer les installations de traitement des déchets, il a eu la volonté immédiate de mettre en place toutes les mesures possibles de protection de l’environnement. Donc là où la réglementation imposait de mettre une géomembrane pour protéger les sols, il en mettait deux, augmentait le niveau de couche d’argile pour une meilleure imperméabilité. À l’époque on ne parlait pas de RSE, le terme n’existait pas, mais le concept était déjà dans nos gènes. Aujourd’hui, nous avons en France, sur le sujet du traitement des déchets dangereux, la réglementation la plus stricte au monde. Cette volonté d’avoir les meilleures pratiques environnementales en toute transparence nous a permis de nous démarquer de nos concurrents. Notre activité, quelle qu’elle soit, doit toujours se faire en respectant les territoires, les écosystèmes locaux, aussi bien la faune que la flore, et les riverains. Pour répondre à votre question, c’est vrai que l’on me pose souvent la question de savoir pourquoi un directeur du développement durable dans un groupe qui a le mot environnement dans son nom. La réponse est simple : l’objectif qui m’a été donné par le directeur général, Maxime Séché, est de pousser le groupe à être toujours pionnier sur ces sujets, à toujours garder une longueur d’avance. Et, pour aider nos clients à réussir leur transition écologique, nous devons être capables de leur apporter des solutions opérantes que nous développons en interne. C’est pourquoi je dois en permanence inciter nos collaborateurs à mettre en œuvre des solutions toujours plus responsables et transposables à nos clients.

C’est la raison pour laquelle vous avez élaboré une stratégie climat pour réduire vos propres émissions de CO2 afin d’être exemplaire ?

Effectivement, aujourd’hui le groupe a une empreinte climatique d’environ 600 000 tonnes d’émissions de CO2 annuelles. Notre ambition est de réduire au maximum cette empreinte climatique. Nous avons travaillé avec l’ensemble des équipes des sites pour voir quelles solutions nous pouvions mettre en place afin de s’aligner avec l’accord de Paris. Nous avons pris des engagements qui visent à réduire nos émissions de 25 % d’ici 2030. Mais notre action ne s’arrête pas là, nous voulons également augmenter de plus de 40 % d’ici 2025 les émissions de CO2 "évitées" chez nos clients grâce à nos activités de recyclage et de fourniture d’énergie, en les accompagnant et en les conseillant. Avant, nos clients se focalisaient sur la réduction des coûts de gestion de leurs déchets, quelle que soit la filière. Désormais, compte tenu du renforcement des réglementations et de la prise en compte globale des problématiques environnementales, nos clients nous demandent des solutions pour améliorer la performance environnementale de leurs activités. Ils sont en cela également incités par les marchés financiers qui encouragent de plus en plus les démarches environnementales vertueuses.

La notion d’exemplarité du groupe s’illustre également par son action en faveur de la biodiversité…

Joël Séché, et désormais Maxime Séché, ont toujours voulu que les sites industriels du groupe s’intègrent dans le paysage bien avant toute demande ou obligation réglementaires. Nous avons donc recruté, il y a plus de vingt ans, des écologues, des experts de la biodiversité, pour maîtriser au mieux les impacts sur la faune et sur la flore, lors de la création ou du développement de nos sites. Aujourd’hui, nous employons cinq écologues ce qui est vraiment une singularité dans le secteur et dans le monde industriel en général. Nous travaillons en partenariat avec des ONG, comme France Nature Environnement ou la Ligue pour la protection des oiseaux. Ces tiers de confiance sont en capacité de valider nos résultats, de nous challenger.

Cette capacité à donner du sens à votre action dans un secteur – la gestion de déchets – pas toujours séduisant a-t-elle un impact RH en termes de recrutement ?

Notre action pour la biodiversité, au même titre que tous nos engagements climat ou RSE, font partie de nos valeurs intrinsèques. Ce sont clairement des leviers RH qui nous permettent de recruter de jeunes techniciens ou ingénieurs sensibles à la crédibilité de nos actions. En outre, la dimension familiale du groupe nous rend agile et très réactif, ce qui nous permet d’avancer rapidement sur les sujets qui nous tiennent à cœur, tout en gardant une perspective sur le temps long. Ainsi, lorsque l’un de nos clients nous a demandé si nous savions recycler le brome, nous avons d’abord dit non car personne au monde ne savait le faire. Mais nous avons travaillé avec ce client durant cinq ans pour tenter de trouver une solution, sans savoir si nous aurions, au bout un retour sur investissement. Et nous y sommes finalement parvenus, grâce à l’engagement des équipes du groupe.

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