Pays de la Loire

Reprise

Quand les salariés deviennent les patrons

Par Olivier Hamard et Cédric Menuet, le 09 avril 2019

De salariés, ils sont devenus dirigeants de la société qui les employait. Seul ou à plusieurs, ils ont franchi le pas pour devenir entrepreneurs en succédant à leur patron. Le phénomène augmente, et le gouvernement veut l’encourager, avec de nouvelles mesures inscrites dans la loi de finances et envisagées dans la future loi Pacte. Et comme pour toutes les transmissions, ce passage de témoin à un ou plusieurs salariés est l’occasion de donner un nouveau souffle à l’entreprise.

Vianney Lagoute a repris au Mans LM Manutention en 2011 avec une associée et il est désormais seul à la tête de l'entreprise.
Vianney Lagoute a repris au Mans LM Manutention en 2011 avec une associée et il est désormais seul à la tête de l'entreprise. — Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises

De plus en plus de salariés se lancent dans la reprise de leur entreprise, et ce type de cession est aujourd’hui encouragé. La loi de finances 2019 prévoit, par exemple, une amélioration de crédit d’impôt dans le cas d’une reprise par un ou des salariés, tout comme la future loi Pacte, qui devrait, entre autres, permettre un assouplissement des règles des fonds communs de placement d’entreprise (FCPE). Le phénomène devrait donc s’accentuer dans les années à venir.

Une transition en douceur

« Dans la plupart des cas, affirme Thibault Beucher, directeur général du réseau Entreprendre en Maine-et-Loire, la transition se passe bien. Le repreneur connaît très bien les rouages de l’entreprise, il en a souvent identifié les limites et les idées à apporter pour poursuivre son développement. Pour les fournisseurs et les clients, cela peut aussi être rassurant. Il est donc souvent assez facile de se mettre dans les pantoufles de son prédécesseur. »

« Il est souvent assez facile pour un salarié repreneur de se mettre dans les pantoufles de son prédécesseur. »

C’est ce qu’a fait Anne-Lise Morin, entrée en 1993 dans l’entreprise sarthoise Plastigom, qui fabrique justement des pantoufles et des chaussures en toile. Elle a d’abord pris, en 2000, la responsabilité de l’atelier de confection de la société à Champagné, puis a succédé, en 2011, à son dirigeant Hubert de Chaisemartin à la tête de l’entreprise. Plastigom emploie aujourd’hui 17 salariés pour 1,7 M€ de chiffre d’affaires : « Il était très demandeur de me voir reprendre, témoigne-t-elle. Je ne m’en sentais pas capable, car je ne m’étais pas projetée en dehors de l’univers du salarié. J’ai mis trois ans à me décider, mais j’avais à cœur de faire perdurer en Sarthe le savoir-faire de l’entreprise. »

Une reprise seul ou à plusieurs

Si Anne-Lise Morin a repris seule la PME, Vianney Lagoute, alors responsable commercial de LM Manutention, s’est associé, pour sa part, avec une autre cadre, afin de reprendre l’entreprise mancelle en 2011 : « Nous avions chacun des compétences distinctes, en commerce et finance. Nous n’aurions sans doute pas pu le faire si nous n’avions pas formé un duo. »

Son associée a depuis quitté l’entreprise, mais Vianney Lagoute a choisi de s’entourer : « J’ai un DAF et un directeur commercial, des jeunes qui vont vite et qui ont des idées. J’ai aussi un avocat d’entreprise et un conseiller financier qui s’occupent des chiffres. Ça me permet de me concentrer sur le développement. » En 2018, l’entreprise de 40 salariés, pour 6,5 M€ de CA, spécialisée dans la vente et la location de matériel de manutention, a d’ailleurs repris Hydro Manutention à Château-du-Loir…

« Le cédant doit accepter de se retirer »

Auguste Rompillon aussi a beaucoup développé l’entreprise de charpente métallique Teopolitub, à Villedieu-la-Blouère, en Maine-et-Loire, où il est entré en 2001 et qu’il a reprise en 2011, après avoir été directeur pendant trois ans : « Nous réalisions 3,3 M€ de chiffre d’affaires contre 8,5 aujourd’hui et nous sommes passés de 22 à 38 personnes », explique le dirigeant, qui envisage cette année un second agrandissement de son site.

« Il y a une certaine fierté, chez le patron qui part, de voir son entreprise perdurer. »

Auguste Rompillon a aussi beaucoup modernisé l’outil et investi dans la robotisation de la production : « J’étais très impliqué depuis dix ans, je connaissais tout le portefeuille clients et c’est un réel avantage. Mais je ne pouvais pas mettre en place tout ce que je souhaitais, parce que je n’étais pas encore aux commandes. Un an avant, nous avons travaillé sur la reprise, l’ancien dirigeant est resté ensuite quatre mois pour m’accompagner. »

Pour Thibault Beucher, le directeur général du réseau Entreprendre 49, la reprise par un ou des salariés redonne un réel élan à l'entreprise.
Pour Thibault Beucher, le directeur général du réseau Entreprendre 49, la reprise par un ou des salariés redonne un réel élan à l'entreprise. - Photo : Olivier Hamard JDE

Ce qui est souvent le cas, pour assurer la transition, même si un jour, le cédant doit accepter de se retirer. « C’est indispensable, soutient Thibault Beucher, mais pas toujours facile. Un temps de transmission est nécessaire, 6 mois au maximum, mais il faut savoir partir. Cela se fait le plus souvent en douceur. Et il y a aussi une certaine fierté, chez le patron qui part, de voir son entreprise perdurer. »

Une histoire de rapports humains

Parfois, le changement se fait sans transition, comme ce fut le cas pour LM Manutention. « Dès la signature, l’ancien dirigeant a quitté l’entreprise, c’était le deal, explique Vianney Lagoute. Mais ça s’est très bien passé. D’ailleurs, on se voit toujours. » Dans tous les cas, le changement de dirigeant est sans doute avant tout une histoire de rapports humains. Entre cédant et repreneur, comme entre nouveau dirigeant et anciens collègues, devenus désormais employés.

C’est parfois ce changement de statut hiérarchique qui peut être aussi délicat, même si les nouveaux patrons occupaient le plus souvent un poste à responsabilité dans l’entreprise « Responsable du site, j’étais déjà en haut de la pyramide, explique Anne-Lise Morin. Mais le fossé salarié-dirigeant perdure, même si j’ai insufflé quelque chose de moins pyramidale dans l’organisation. »

Seul ou à plusieurs, les salariés qui reprennent leur entreprise ont tous à cœur de la faire grandir et y apportent un nouvel élan, avec des projets de développement. Ils la céderont à leur tour, peut-être aussi à leurs actuels salariés. Auguste Rompillon, lui, à 56 ans, a recruté ses deux enfants dans l’entreprise pour qu’ils lui succèdent. Reprise par un salarié en 2011, Téopolitub devrait, dans quelques années, connaître un nouveau changement de dirigeants, avec cette fois une transmission familiale.

Vianney Lagoute a repris au Mans LM Manutention en 2011 avec une associée et il est désormais seul à la tête de l'entreprise.
Vianney Lagoute a repris au Mans LM Manutention en 2011 avec une associée et il est désormais seul à la tête de l'entreprise. — Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises