Emploi

Philips : Que sont devenus les anciens cadres ?

Par Cédric Menuet, le 07 octobre 2011

À son apogée au début des années 2000, Philips comptait 2.600 salariés auMans. Aujourd'hui l'activité du groupe néerlandais a totalement disparu. Alors que le site, rebaptisé Actisud, attend sa reconversion, d'anciens salariés sont devenus chefs d'entreprise.

Parkings vides, bureaux inoccupés, publicités vantant des appareils démodés : les 15 000 m² de friche de Philips au Mans sont en attente d'un projet de réindustrialisation.
Parkings vides, bureaux inoccupés, publicités vantant des appareils démodés : les 15 000 m² de friche de Philips au Mans sont en attente d'un projet de réindustrialisation. — Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises

Route d'Angers, c'est une coquille pratiquement vide qui fait face à l'aérodrome. Ces 15.000m² de bâtiments accueillaient auparavant quelque 2.600 salariés durant les années fastes de la téléphonie, au début des années 2000. Arrivée en 1996, l'unité d'assemblage de téléphones mobiles et sans fil de Philips a produit jusqu'à 25millions de portables par an. Une aventure industrielle qui tourne court lorsque le groupe néerlandais décide de stopper la production de mobiles en Europe en 2001. Un vrai coup de massue. 1.142 emplois sont alors supprimés. L'activité se poursuit néanmoins autour du développement et de la conception, avant le démantèlement progressif du site, de plans sociaux en rachats successifs. Un temps sous contrôle de l'entreprise chinoise Celleon, l'activité conception et son laboratoire, qui comptait encore 450 salariés en 2001, est finalement reprise sur place par Emitech en 2009, qui compte d'ailleurs deux anciens Philips dans ses rangs. Pour sa part, reprise par NXP, l'activité conception et semi-conducteurs se poursuit aujourd'hui sous la bannière de ST Ericsson. Tandis que les fonctions support de l'entreprise ont été progressivement délocalisées vers Amsterdam et Hong-Kong, avec à la clé des propositions d'expatriation pour les salariés. Il aura donc fallu moins de dix ans pour démanteler et vendre par appartement le site industriel manceau.

Reclassement

Les plans sociaux qui se sont succédé jusqu'en 2008 ont au moins permis aux cadres du groupe de réfléchir sur leur reconversion. Certains ont fait le choix de la mobilité, d'autres ont rejoint de grandes entreprises implantées localement, comme Sephira ou accompagné la création de l'entité semi-conducteur, sous la direction de Christophe Lorieau. Reste que le tissu local ne pouvait à l'époque absorber cet afflux de nouveaux entrants sur le marché de l'emploi. «On ne peut pas dire que l'on était désiré ailleurs en Sarthe où il y avait peu d'entreprises équivalentes à Philips», se souvient l'ancien directeur marketing, Vincent Buet. Résultat, une majorité de reconversions de ses cadres souvent à mi-parcours dans leur vie professionnelle ont dû se lancer à leur compte. «C'était en effet l'occasion de rebondir. Enchaîner les plans sociaux était l'occasion de progresser en prenant davantage de responsabilités», reconnaît aujourd'hui Emmanuel Toutain, rescapé de l'aventure Avantech et aujourd'hui en charge du laboratoire Emitech. Situation confirmée par Vincent Buet. «Les cinq dernières années, on était dans une PME d'une centaine de personnes. On travaillait de manière autonome. Dans le même temps on bénéficiait de l'accompagnement de Philips». Aujourd'hui, difficile de connaître le nombre de cadres ayant opté pour la création d'entreprise, le cabinet de reclassement Altedia ayant refusé de répondre à nos sollicitations. Néanmoins, tous les salariés rencontrés s'accordent sur les avantages octroyés par Philips dans leur accompagnement. Cellules de reclassement, possibilité de rester deux fois six semaines dans les locaux pour mûrir des projets de reconversion et aides à la création, des soutiens qui ont grandement facilité les projets d'entreprise de ces salariés désireux de quitter le carcan d'une grande structure.

Virage à 180º

Des projets parfois éloignés du coeur de métier de leur créateur; certains sont en effet devenus commerçant, tapissier, décorateur... Mais la reconversion la plus spectaculaire reste celle de Pascal Recuero et Christian Luiggi. Suite à leurs licenciements ils créent en 2009 Cesen, une entreprise de chauffage et plomberie. Un virage à 180º pour les deux hommes, respectivement chef de projet informatique et chef de produit. «Philips n'a pas hésité à mettre la main à la poche et n'était pas regardant en cas de dépassement. C'est évidemment un plus indéniable, un confort que tout le monde n'a pas lors d'une reconversion professionnelle», souligne Christian Luiggi. Une formation en alternance entre Saint-Brieuc pour les cours et LeMans pour l'entreprise, entièrement pris en charge par son ancien employeur.

Un site en quête d'un avenir

Aujourd'hui, le site appartient à LeMans Métropole. La collectivité tient à relancer une activité industrielle puisqu'elle y a investi 1M€ en travaux de réaménagement des ateliers. Un soutien qui a permis à l'entreprise Dura de s'installer sur place, pérennisant ainsi son activité sur l'agglomération. Du côté d'Emitech, Emmanuel Toutain et Gilles Hyaumet occupent 650m² avec un laboratoire difficilement mobile. «Notre machine de test vent et poussières, qui date de l'époque Philips, est unique chez Emitech. On l'utilise pour la certification en aéronautique. De plus, l'entreprise investit régulièrement auMans pour pérenniser le site et renforcer sa position dans l'Ouest», relève Emmanuel Toutain. Reste à convaincre les industriels d'une installation sur ce site, afin que Actisud ne reste pas une ville fantôme.

Parkings vides, bureaux inoccupés, publicités vantant des appareils démodés : les 15 000 m² de friche de Philips au Mans sont en attente d'un projet de réindustrialisation.
Parkings vides, bureaux inoccupés, publicités vantant des appareils démodés : les 15 000 m² de friche de Philips au Mans sont en attente d'un projet de réindustrialisation. — Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises

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