Angers

Restauration

Livraison de repas : le coup de gueule du patron angevin de Speed Burger

Par Florent Godard, le 19 septembre 2017

Les critiques se multiplient contre les plates-formes de livraison de repas à domicile qui emploient des auto-entrepreneurs. Patron d’une enseigne de fast-food qui prépare et livre des hamburgers, Bruno Bourrigault monte au créneau. L’Angevin dénonce un salariat déguisé et une concurrence déloyale…

Photo : DR

« Aujourd'hui, la grogne est forte de la part des livreurs indépendants dans le secteur de la restauration. Nous affirmons notre solidarité face à leurs conditions de travail et à la précarité de leur situation. » Ces mots sont ceux de Bruno Bourrigault, patron de l’enseigne Speed Burger, un réseau d’environ cinquante restaurants en France, des fast-foods qui préparent et livrent des hamburgers et des sandwiches.

Dans le viseur de l’Angevin, les plates-formes de livraisons de repas à domicile telles que Foodora ou Deliveroo. Ces entreprises proposent aux consommateurs de passer commande auprès d’un réseau de restaurateurs, puis de se faire livrer les plats à domicile, via des coursiers à vélo ou à roller travaillant généralement sous statut d’auto-entrepreneur.

« Cela ne me paraît pas légal »

« La grogne », qu’évoque le patron de Speed Burger, renvoie notamment à celle des livreurs à vélo de Deliveroo, dont certains ont manifesté leur mécontentement cet été à Paris, Lyon, Bordeaux et Nantes, réclamant notamment une revalorisation salariale. Pour Bruno Bourrigault, ces travailleurs « ne sont que des salariés déguisés en auto-entrepreneurs ». « Cela ne me paraît pas légal, ajoute-t-il. Si un livreur n’a qu’un seul client, on doit le considérer, de fait, comme un salarié ».

« Concurrence déloyale »

Recourir aux livreurs indépendants constitue aussi « une concurrence déloyale », selon lui. Une question de niveau de charges sociales – le patron aimerait bien voir les plates-formes recourant aux indépendants cotiser autant que lui pour l’Urssaf – mais aussi une question de pratiques. « Je n’ai pas le droit de payer un livreur à la course, par exemple, car cela va à l’encontre de ma convention collective et de mon éthique. Chez Speed Burger, je préfère avoir des livreurs avec une feuille de paie et une mutuelle. »

Autre cible des critiques de Bruno Bourrigault : les enseignes de restauration ayant recours à ces plates-formes. Si Speed Burger confie travailler avec le site de commande Alloresto, l'enseigne précise que « la livraison à scooter des burgers commandés sur ce site s’effectue via ses propres salariés. » Chapeautant environ 50 restaurants en France, Speed Burger demande ainsi à ses franchisés de ne pas faire appel aux services des livreurs indépendants. « Une préconisation parfaitement respectée actuellement », assure son dirigeant. L’enseigne angevine fédère 1.000 collaborateurs, dont 70% via des contrats à temps partiel, pour un chiffre d’affaires de 26 millions d’euros.

Les livreurs indépendants cristallisent les débats en Europe

Un coup de gueule qui fait écho à d’autres critiques, en France et en Europe. Au Royaume-Uni, certaines enseignes ont même été condamnées en justice. Outre-Manche, la presse britannique mentionne l’exemple d’une jeune coursière à vélo, livrant notamment des médicaments via la société City Sprint, qui a ainsi gagné un procès début 2017. La justice a considéré qu’elle était injustement considérée comme travailleuse indépendante et lui a donné droit à un salaire minimum et à des congés payés. En France aussi, des procès sont en cours. Notamment à l’encontre de feu « Take Eat Easy », une société liquidée l’an dernier. D’ex-livreurs demandent leur requalification en salariés et espèrent toucher des courses non payées par la start-up suite à son dépôt de bilan.

Autre secteur, même problématique : le service de VTC Uber a été condamné fin 2016 à Londres à reconnaître le statut d’employés à ces chauffeurs, avec notamment le droit à un revenu minimum. La société américaine a depuis fait appel de cette décision. Une nouvelle audition doit débuter fin septembre.

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