Angers

Commerce

Point de vue Le dimanche soir, si on mangeait les restes ?

Par Olivier Hamard, le 28 août 2019

A Angers, depuis le début de l'été, plusieurs hypermarchés sont ouverts le dimanche matin. L'un d'entre eux est même allé plus loin: il ouvre désormais le dimanche après-midi, sans personnel de caisse. Une démarche commerciale qui suscite la polémique et qui n'est pas passée inaperçue, relayée par de nombreux médias locaux et nationaux.  

L'édito
L'édito — Photo : Le Journal des Entreprises

En juin, un hypermarché d’Angers décidait d’ouvrir le dimanche matin et plusieurs autres établissements lui emboîtaient alors le pas. Début août, le magasin Géant Casino de la Roseraie passait même à la vitesse supérieure, annonçant pour la fin du mois son ouverture le dimanche après-midi, jusqu’à 21 heures.

Formidable ! On pourra enfin trouver l’indispensable bouteille de soda, satisfaire une soudaine envie de fraises ou sauver le dîner d’un paquet de pâtes et ce, sans même agrémenter d’un « bonjour » ni d’un « merci » le personnel de caisse. Puisqu’en effet, seuls quelques vigiles et les caisses automatiques remplaceront les équipes du magasin.

Au-delà d’un habile contournement de la question du travail dominical, la démarche fait plus qu’interroger. Le groupe Casino, qui teste pour la première fois ce nouveau mode de fonctionnement dans un hypermarché en France, prétend s’adapter aux demandes et aux besoins des consommateurs et à leur désir d’accéder à l’envi à tous produits. Mais ne serait-ce pas plutôt l’ouverture du dimanche après-midi qui va créer le besoin chez le consommateur ? Le magasin sera-t-il vu comme source de dépannage ou d’aucuns iront-ils jusqu’à pousser le caddie dans les allées pour faire le plein de victuailles, comme ils l’auraient fait le samedi ou un soir de semaine ?

Face à cette ouverture, la condamnation des élus et des responsables locaux de tous bords est unanime, craignant pour les conséquences sociales et redoutant une fragilisation des commerces de proximité. « Cette décision participe à une surenchère dont personne ne sortira gagnant, car une société déshumanisée n’a pas d’avenir », s’est élevé dans un tweet le maire d’Angers Christophe Béchu.

De son côté, le député Matthieu Orphelin (ex-LREM) propose d’instituer un dispositif de bonus-malus pour qu’une partie du chiffre d’affaires des grandes surfaces ouvrant le dimanche soit reversée aux petits commerçants. « Il ne faut jamais faire de loi sévère lorsqu’une plus douce suffit », disait Montesquieu. Certes, mais si la plus douce ne suffit pas ? En l’occurrence, cette proposition du député angevin n’empêchera visiblement pas l’ouverture des grandes surfaces le dimanche après-midi, avec une machine pour caissier. Une simple loi, si sévère qu’elle fut, aurait peut-être réglé la question.

Sur les réseaux sociaux, le grand public aussi s’est majoritairement élevé contre cette ouverture dominicale. Reste à savoir si l’indignation sera suivie d’effets et si, le dimanche soir, on se contentera de manger les restes.

L'édito
L'édito — Photo : Le Journal des Entreprises

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