Maine-et-Loire

Formation

Enquête Le boom des écoles de production

Par Olivier Hamard, le 09 mars 2022

À Château-Gontier-sur-Mayenne a ouvert en janvier 2022 une école de production, portée par plusieurs entreprises du territoire. À Saumur, Angers, Cholet, des établissements privés d'enseignement technique de ce type ont vu le jour ces dernières années et d’autres vont ouvrir en Mayenne et en Sarthe. Une solution aux besoins de recrutements des industriels.

L’école de production T’Cap T’pro, à Saumur, forme actuellement au métier de métallier et veut ouvrir un nouveau cursus dans les métiers du textile.
L’école de production T’Cap T’pro, à Saumur, forme actuellement au métier de métallier et veut ouvrir un nouveau cursus dans les métiers du textile. — Photo : T'Cap T'pro

Région pourtant fortement industrielle, les Pays de la Loire ont dû attendre 2016 pour voir s’implanter sur le territoire la première école de production. Ces établissements privés d’enseignement technique, à but non lucratif, reconnus par l’État, forment des jeunes à partir de 15 ans. Avec pour spécificité de mettre les élèves en situation réelle de production au sein d’une "école-entreprise".

Agapé, la première école de ce type labellisée dans la région, a vu le jour il y a cinq ans à Angers. Elle forme actuellement 23 jeunes aux métiers de la restauration (70 depuis sa création).

L'école de production Agapé, à Angers, a formé 70 jeunes depuis 2016 dans les métiers de la restauration.
L'école de production Agapé, à Angers, a formé 70 jeunes depuis 2016 dans les métiers de la restauration. - Photo : Agapé

"Nous avons un taux d’insertion en milieu professionnel de 100 % dans les trois mois, témoigne Béatrice Rombout, directrice d’Agapé. Ce que nous proposons aux jeunes est complémentaire aux centres de formation des apprentis (CFA) et aux lycées, avec un modèle pédagogique différent."

La loi "Avenir professionnel" du 5 septembre 2018 a en effet reconnu les écoles de production comme troisième voie de formation par l’apprentissage. Si l’objectif est le même - former des jeunes à un métier en mêlant enseignement général et professionnel -, la finalité diffère : les écoles de production, qui préparent pour la très grande majorité à des métiers de l'industrie, travaillent le plus souvent en sous-traitance pour des entreprises.

Un développement exponentiel

Accueillant de huit à douze jeunes par promotion, elles suivent un principe pédagogique identique : "Faire pour apprendre", en partant de la pratique, qui représente les deux tiers d’une semaine de cours, pour aller vers la théorie, afin de former à un métier avec un objectif d’excellence. Ces écoles doivent également avoir pour base un triptyque : des entreprises du territoire qui ont des besoins de recrutement, des représentants de ce territoire - essentiellement des collectivités -, et des prescripteurs, qui peuvent être des établissements scolaires, collèges ou lycées, ou encore des organismes tels que les missions locales.

Il existe aujourd’hui 41 écoles de production labellisées en France, proposant pour la plupart des formations dans les métiers de l’industrie à 1 260 élèves au total. "Le développement de ces établissements est exponentiel, constate Audrey Pérou, assistante administrative de la Fédération nationale des écoles de production. En 2019, on comptait 32 écoles et il s’en était ouvert une dizaine durant la décennie précédente. Depuis, autant se sont créées en deux ans et demi."

Et le phénomène va s’accentuer : début mai 2021, la ministre déléguée chargée de l’industrie Agnès Pannier-Runacher a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour que se développent des écoles de production sur les territoires labellisés 'Territoires d’industrie'. Avec l’objectif d’en compter 100 en 2028, qui accueilleraient autour de 4 000 élèves. Une vingtaine de projets d’écoles ont ainsi été retenus pour recevoir une aide en ingénierie de 50 000 euros.

Une dernière-née en Mayenne

Les Pays de la Loire comptent aujourd’hui neuf écoles de production : trois en Loire-Atlantique, deux en Vendée, trois en Maine-et-Loire (l’Institut de formation technique de l’Ouest à Cholet, Agapé à Angers, T’Cap T’Pro à Saumur) et une en Mayenne, Metallik Vallée Sud Mayenne, à Château-Gontier-sur-Mayenne. Ouverte depuis quelques mois, elle accueillera en septembre 2022 douze jeunes pour préparer en deux ans un CAP de métallier. Quatre entreprises locales - Maisonneuve, Serru, Fast Métal et Sodistra - sont investies dans cette aventure : "Dans le cadre de Territoires d’industrie, nous avions identifié plusieurs chantiers, dont celui du recrutement, explique Erwan Coatanéa, président de Sodistra. Nous avons monté assez rapidement une équipe pour évaluer quelles entreprises avaient des besoins en sous-traitance et lesquelles étaient susceptibles d’embaucher."

Une association a été créée et un atelier de 375 mètres carrés a été trouvé pour accueillir l’école de production dont l’enseignement sera gratuit pour les jeunes en formation. Des machines ont été acquises et une équipe recrutée. Un directeur assurera les cours d’enseignement général qui respecteront scrupuleusement les référentiels du CAP de métallier et représenteront environ un tiers de l’emploi du temps. Un maître d’apprentissage, collaborateur de l’entreprise locale Serru, transmettra son savoir-faire professionnel. "L’investissement est d’environ 1,5 million d’euros, pour lesquels nous avons des aides de la Banque des Territoires, de plusieurs fondations comme Total et le Crédit Agricole, et un soutien de France Relance, poursuit Erwan Coatanéa. "Comme pour les autres écoles de production, le soutien de la Région, du Ministère du Travail, la taxe d’apprentissage et le produit de la sous-traitance permettront d’assurer financièrement le fonctionnement de l’établissement."

"Nous prévoyons d'accueillir majoritairement des élèves de 15-16 ans issus de classe de troisième." Hugues Le Guével, directeur de Metallik Vallée Sud Mayenne

La formation de CAP Métallier devrait être complétée en 2024-2025 par un bac professionnel de métallier. "Au total, nous pouvons aller jusqu’à quatre classes, précise Hugues Le Guével, directeur de Metallik Sud Mayenne. Nous prévoyons d’accueillir majoritairement des élèves de 15-16 ans issus de classe de troisième mais nous ne nous interdisons pas de recevoir des jeunes un peu plus âgés, adressés par exemple par la mission locale. C’est avant tout une formation destinée à des jeunes motivés."

Metallik Vallée Sud-Mayenne, à Château-Gontier, accueillera sa première promotion de jeunes à la rentrée de septembre 2022.
Metallik Vallée Sud-Mayenne, à Château-Gontier, accueillera sa première promotion de jeunes à la rentrée de septembre 2022. - Photo : Rémi Hagel

François Bougeard, dirigeant de Serru (125 collaborateurs, 35 M€ de chiffre d’affaires), entreprise de Château-Gontier filiale du groupe Acieo, spécialisée dans les travaux de serrurerie et la réalisation du clos couvert de bâtiments, abonde : " L’objectif est de conduire ces jeunes vers l’excellence avec l’apprentissage d’un métier. Nous leur assurons une formation concrète avec la garantie d’un débouché assuré." Les besoins en recrutement évalués sur le territoire, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres, sont conséquents, d’autant que Château-Gontier compte parmi les secteurs en forte tension sur le marché de l’emploi.

Former une main-d’œuvre qualifiée

L’école de production T’Cap T’Pro, ouverte à Saumur en 2020, en est à sa troisième promotion d’élèves qui préparent un CAP de métallier-soudeur. Elle envisage, elle aussi, de conduire ceux qui le souhaitent jusqu’au bac pro. "L’objectif est qu’ils soient des pépites pour les entreprises qui vont les embaucher, indique Jacky Giraudeau, ancien ingénieur dans l’industrie automobile et aujourd’hui directeur de l’école. Les huit premiers élèves ont tous obtenu leur diplôme l’été dernier et ils avaient du travail en sortant de la formation." L’école travaille pour moitié en sous-traitance pour une quinzaine d’entreprises, et pour le reste pour des particuliers. "Nous souhaitons descendre la part des clients particuliers à 20 %", précise Jacky Giraudeau. Le directeur de l’école saumuroise reconnaît qu’il faut cinq ans pour qu’un établissement de ce type atteigne sa vitesse de croisière. Mais, selon lui, la formule trouve déjà un écho très positif auprès des dirigeants du territoire. "Beaucoup d’entreprises sont sensibles à notre démarche, confie-t-il. Parce que nous formons leurs futurs collaborateurs mais aussi parce qu’ils se reconnaissent dans nos jeunes, qui manifestent une envie forte de faire ce métier." À Saumur, l’école de production a répondu à un besoin de l’écosystème avec la formation en métallerie. Elle ouvrira en septembre un second cursus en couture maroquinerie, là aussi pour répondre à une réelle demande : le secteur évalue à 1 200 le nombre d’emplois à pourvoir dans la région, et le développement, entre autres, du maroquinier Hofica à Doué-en-Anjou nécessite une main-d’œuvre qualifiée.

Un campus des formations industrielles au Mans

Autre territoire, autre modèle. En Sarthe, le collectif Usin’Up est né en 2013, impulsé par plusieurs entreprises et l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) pour assurer la promotion des métiers de l’usinage, entre autres en allant à la rencontre des élèves ou en leur proposant des ateliers de découverte. Dans la continuité de ce mouvement, l’Usin’Up Academy accueillera au Mans en septembre sa première promotion de jeunes en CAP de Conducteur d’installation de production. Une formation complémentaire à ce que propose déjà, sur le même site, la Fab Academy en Sarthe, organisme de formation de l’UIMM qui reçoit actuellement 700 jeunes pour les préparer à différents métiers de l’industrie, du CAP au BTS. "Nous compléterons le cursus de la nouvelle école de production avec un bac pro en deux ans, dont la première année sera dispensée dans l’école de production et la seconde au sein de la Fab Academy, précise Armelle Chopin, responsable emploi formation à l’UIMM de la Sarthe. Il est important d’apporter une solution plus complète que les deux années initiales de formation et d’offrir encore plus de débouchés."

Aux côtés de l’UIMM Sarthe et de différents partenaires tels que la Région Pays de la Loire et le distributeur de machines Haas, six entreprises locales sont engagées dans ce projet : Souriau, Geslin, Chastagner, Howmet, PMA et Le Pratique. Au Mans, se constitue ainsi un véritable campus des formations industrielles, entre lesquelles des passerelles seront possibles.

L'objectif est d'atteindre en France le nombre de 100 écoles de production en 2028.
L'objectif est d'atteindre en France le nombre de 100 écoles de production en 2028. - Photo : Agapé

Pour offrir une autre voie de formation aux jeunes et permettre à terme aux entreprises de recruter dans des métiers en tension, les écoles de production vont assurément continuer de se développer. Sur le même modèle que l’Usin’Up Academy, une autre école de production ouvrira au Mans en septembre : un garage-école qui formera des jeunes aux métiers de la mécanique automobile. En Mayenne et en Sarthe, trois accueilleront leur première promotion d’élèves à la rentrée de septembre. D’autres, comme à Saumur, vont élargir leur offre de formation. Et des projets sont en cours, par exemple en Mayenne, où deux sont déjà sur les rails dans les métiers de l’usinage et de la chaîne logistique.

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