Maine-et-Loire

Reprise

La menuiserie Dupré change de main après un processus mûri de cession

Par Olivier Hamard, le 14 janvier 2022

Au plus tard le 28 février, Hervé Keller quittera l’entreprise Dupré et ses 40 collaborateurs, à Chazé-Henry. Le dirigeant a cédé la menuiserie familiale avec le désir d’un nouveau challenge professionnel.

À Chazé-Henry, Hervé Keller a quitté l’entreprise familiale de menuiserie Dupré qu’il avait reprise avec son épouse en 2003.
À Chazé-Henry, Hervé Keller a quitté l’entreprise familiale de menuiserie Dupré qu’il avait reprise avec son épouse en 2003. — Photo : Olivier Hamard

Fin novembre 2021, Hervé Keller a laissé le soin à un nouveau dirigeant d’écrire la suite de l’histoire de la menuiserie Dupré, à Chazé-Henry. Le " joyau ", comme il nomme la société où il était entré il y a 25 ans dans l’objectif de succéder à ses beaux-parents. En 2003, avec son épouse Nathalie, petite-fille du fondateur, il reprenait ainsi l’entreprise spécialisée dans la menuiserie intérieure, le bardage et l’agencement pour des bâtiments publics avec aussi une activité de fabrication de coffrages pour la maçonnerie et le gros œuvre. "Rapidement, confie Hervé Keller, j’ai écrit un livret avec ce que je voulais réaliser dans ma vie de chef d’entreprise. Aujourd’hui, tout est fait ou en passe de l’être. L’idée de cession est venue vers 2013 ou 2014. J’ai vu trop de gens céder avec lassitude. Je voulais partir avec les yeux qui pétillent, à un moment où je suis encore dans une énergie suffisante et positive pour gérer l’entreprise."

Donner un sens

En 2015, un premier protocole de cession n’avait pas abouti : "Avec le recul, analyse Hervé Keller, le projet n’était pas mûr. Nous étions aussi deux personnes à deux postes clé. Mon épouse s’est donc retirée de l’opérationnel, et nous nous sommes alors interrogés sur une reprise par les salariés." Parallèlement, le couple Keller choisit aussi de leur donner la parole, leur proposant de réfléchir à l’avenir de l’entreprise, aidé d’une ressource externe. En 2017, un groupe de travail de 18 collaborateurs aboutit à un projet, Dupré 2024, fixant et planifiant des objectifs. "Ils ont fait un beau cadeau à l’entreprise, reconnaît Hervé Keller. Depuis, nous appliquons ces idées des salariés, et 80 % de ce qui avait été écrit est réalisé. J’ai trouvé le projet audacieux et c’est ce qui m’a fait vibrer ces dernières années." Démarche qui a aussi permis de faire tomber des barrières de management, la menuiserie Dupré s’ouvrant de plus en plus à un fonctionnement d’entreprise libérée. Jusqu’à envisager une transformation en Scop, sur laquelle tous les collaborateurs se prononcent défavorablement à l’automne 2019. "Il y avait probablement un manque de leader et la moyenne d’âge était à l’époque de 32 ans, analyse Hervé Keller. Reprendre l’entreprise n’était pas leur première préoccupation. Si elle avait été de 40 ans, le projet aurait probablement abouti. "

Un repreneur issu de l’industrie

Ni amertume ni regret du côté du couple Keller, qui remet alors l’entreprise en vente fin 2019, après en avoir avisé les salariés. Il fait appel à Interface, filiale de son cabinet d’expertise-comptable Baker Tilly Strego spécialisée dans la cession et la reprise, en précisant les critères sur lesquels sera choisi le repreneur. Quelques contacts sont noués en 2020. "Tout s’est accéléré à la fin de l’année et début 2021, raconte Hervé Keller, et j’ai reçu en entretien 7 ou 8 personnes. Certains ont été écartés tout de suite, ceux qui restaient rencontraient ensuite mon épouse. Si elle disait non, nous en restions là. Nous avions aussi pris auprès des salariés l’engagement de choisir quelqu’un en phase avec le management mis en place et avec qui nous pensions partager des valeurs."

Au fil des entretiens, un potentiel repreneur s’est imposé : Fabrice Turlotte, issu de l’industrie métallurgique manufacturière, avec un parcours de cadre et dirigeant de filiales de 50 à 600 personnes dans le Nord, en Normandie, au Luxembourg et au Maroc. Et l’envie à 54 ans de terminer sa carrière professionnelle à la tête d’une PME de 20 à 50 salariés ancrée dans son territoire. "Je voulais qu’à titre personnel, la cession se passe bien aussi pour moi, explique Hervé Keller, pour être prêt à accueillir le futur dirigeant. Je me suis fait accompagner par Gérard Baglin, un coach qui travaille dans le monde du sport et de l’entreprise. Fabrice le connaissait également, c’est lui qui nous a mis en relation." Après de premiers échanges en mai 2021, le processus s’est mis en route et le nouveau dirigeant est arrivé fin novembre. Hervé Keller l’accompagnera au plus jusqu’au 28 février. "Il ne faut pas que je reste trop longtemps. Je quitterai le plus tôt possible et je m’en réjouis, sinon je vais être un poids pour le repreneur et les salariés et ma présence va conforter les craintes."

Forte pression psychologique

Accompagné par Hervé Keller, Fabrice Turlotte prend maintenant ses marques à la tête de la menuiserie Dupré. "Je commence à me dire que je vais prendre du plaisir, confie-t-il, reconnaissant avoir éprouvé après la signature "une forte pression psychologique difficile à supporter mais qui se délite au fur et à mesure."

Fabrice Turlotte est le nouveau dirigeant qu’ont choisi Hervé Keller et son épouse Nathalie pour leur succéder.
Fabrice Turlotte est le nouveau dirigeant qu’ont choisi Hervé Keller et son épouse Nathalie pour leur succéder. - Photo : Olivier Hamard

Le nouveau dirigeant s’est fixé des objectifs, veut consolider l’expertise technique de l’entreprise et son positionnement sur l’agencement pour les établissements recevant du public, renforcer l’activité de coffrage et développer la fabrication de coffres de volets roulants en bois. De 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an passé, il souhaite parvenir rapidement à 5 millions d’euros et augmenter la rentabilité. Ce que je souhaite, ajoute-t-il, c’est contribuer à faire quelque chose pour un territoire et pour des gens. ".

Avec son épouse, Hervé Keller quitte l’Anjou pour l’Alsace, où il est né. "À l’origine, j’étais technico-commercial, je suis autodidacte et j’ai rapidement pris conscience des limites que cela engendrait, confie-t-il. Je devais accéder à des connaissances et je me suis donc formé tout au long de ma carrière, entre autres à la conduite du changement et à la gestion de centre de profit." Hervé Keller nourrit maintenant un autre projet professionnel, qu’il souhaiterait lié au sport, et plus précisément au football, qu’il a pratiqué dans sa jeunesse, jusqu’aux portes du professionnalisme, dans son club de cœur du RC Strasbourg. "J’aimerais transférer mes compétences managériales dans un club professionnel ou conseiller des dirigeants d’entreprise sur les aspects stratégique et commercial. Il y a 10 pages professionnelles à écrire pour les 10 prochaines années, une par an. On a des projets, on part sereins par rapport au travail fait et à la cession, ce que je souhaite à chaque entrepreneur."

À Chazé-Henry, Hervé Keller a quitté l’entreprise familiale de menuiserie Dupré qu’il avait reprise avec son épouse en 2003.
À Chazé-Henry, Hervé Keller a quitté l’entreprise familiale de menuiserie Dupré qu’il avait reprise avec son épouse en 2003. — Photo : Olivier Hamard

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