Mayenne

Nautisme

La corderie Lancelin largue les amarres en Australie

Par Olivier Hamard, le 25 octobre 2019

Spécialisée dans la conception et la fabrication de cordages haut de gamme, principalement pour la plaisance, la PME mayennaise Lancelin, installée à Ernée, vient d’ouvrir une filiale à Sydney, en Australie, pour répondre à une clientèle croissante dans le Pacifique. 

La corderie Lancelin travaille à 70% dans le secteur du nautisme, aussi bien pour les bateaux de course que pour la plaisance.
La corderie Lancelin travaille à 70% dans le secteur du nautisme, aussi bien pour les bateaux de course que pour la plaisance. — Photo : Corderie Henri Lancelin

Installée à Ernée depuis les années cinquante, la corderie Lancelin s’est fait un nom dans le monde de l’activité nautique, qui représente 70 % de sa production. Avec une gamme « Racing », sur mesure pour les bateaux de courses de nombreux skippers de renom, et une gamme plus courante pour les grands chantiers de la plaisance, tels que l’entreprise Bénéteau, en Vendée, l’un de ses plus importants et plus anciens clients.

Cap sur le Pacifique

Reprise à son père en 2001 par Nicolas Lancelin, la PME familiale de 35 salariés a depuis doublé son effectif et triplé son chiffre d’affaires. Avec 6 M€ en 2018, dont 27 % à l’export dans 44 pays, elle vient de créer une filiale en Australie, Lancelin Pacific : « Le secteur du yachting est en pleine expansion et nos clients demandent souvent des produits très spécifiques, haut de gamme et dans des délais courts, explique Nicolas Lancelin. Mais le transport est coûteux et parfois long. L’idée est d’avoir sur place une petite unité pour répondre à ces demandes, et de continuer d’approvisionner la zone en partant d’ici pour les produits plus communs et en plus gros volumes. » Avec un investissement d’environ 100 000 euros, le dirigeant mayennais, en restant actionnaire majoritaire, s’est associé avec un client importateur local, qui est venu se former durant un mois à Ernée. Un salarié de l’entreprise est allé à son tour sur place pour installer et mettre en route les premières machines et d’autres devraient compléter le parc d’équipements l’an prochain. « Ce sont des machines que nous avions déjà à Ernée et que nous avons envoyées là-bas, précise Nicolas Lancelin. Parallèlement, nous avons réinvesti ici pour environ 300 000 euros, ce que nous aurions fait même sans la création de la filiale. L’objectif à terme serait d’avoir en Australie une demi-douzaine de personnes. À Sydney comme à Ernée, la production sera identique, avec le même niveau d’exigence. »

La capacité d'être très réactif

Ce niveau d’exigence, l’entreprise Lancelin veut l’appliquer dans toutes ses fabrications, qui peuvent aller de quelques mètres à plusieurs centaines, voire plusieurs kilomètres.

Nicolas Lancelin a repris l'entreprise familiale en 2001, triplant depuis l'effectif et le chiffre d'affaires.
Nicolas Lancelin a repris l'entreprise familiale en 2001, triplant depuis l'effectif et le chiffre d'affaires. - Photo : Olivier Hamard JDE

« Tous nos produits sont développés et testés chez nous, précise Nicolas Lancelin, et nous sommes l’une des huit entreprises au monde licenciées par le fabriquant néerlandais DSM, pour utiliser un polyéthylène considéré comme la fibre la plus résistante. Le cordage représente un marché gigantesque et, si notre cœur de cible reste la plaisance, nous travaillons aussi pour les secteurs du loisir, l’industrie et l’armée. » Dans ce vaste marché très concurrentiel, la PME mayennaise s’est donc fait une spécialité du nautique haut de gamme, sans chercher à opérer un développement à outrance : « Nous pourrions être plus nombreux, affirme son dirigeant, mais je veux limiter la croissance, en restant à 3,5 % contre 10 % aujourd’hui. Nous gardons toujours une capacité de production supplémentaire pour répondre aux demandes de nos clients qui exigent beaucoup de réactivité. » L’entreprise n’hésite donc pas à abandonner une poignée de clients chaque année et veut garder en permanence la possibilité de production supplémentaire d’environ 25 %, pour les commandes urgentes. « Nous avons pour cela énormément de matières premières, explique Nicolas Lancelin, mais pas de stock de cordages finis. En revanche, on est en capacité de produire très vite, et c’est souvent ce qu’on nous demande. »

Des filiales ailleurs dans le monde

Depuis 2001, le dirigeant mayennais, en orientant la production vers le haut de gamme, a aussi structuré peu à peu l’entreprise, s’entourant de compétences en production, en marketing, en développement à l’export, et en formant les vendeurs à l’anglais. Et il vient de se fixer un autre cap à l’horizon 2020, une forme de challenge plus personnel : il veut préparer l’entreprise à être pérenne sans lui : « Nous sommes une société artisano-industrielle et je mets moi-même les mains dans le cambouis, confie-t-il. Je me plais à installer les machines, les mettre en route, les entendre. Je suis en même temps à la R & D, dans mon bureau ou dans les ateliers. J’adore ça mais il faut aussi que j’apprenne à ne pas être présent partout. »

Néanmoins, si Nicolas Lancelin voudrait lever un peu le pied et ne pas voir trop grandir le site historique d’Ernée, Lancelin Pacific lui a donné envie de voguer vers d’autres horizons lointains : des filiales similaires pourraient bien voir le jour ailleurs dans le monde, au plus près d’autres clients : « En trouvant les bons partenaires, c’est tout à fait envisageable, et c’est sans doute ainsi que continuera notre croissance. »

La corderie Lancelin travaille à 70% dans le secteur du nautisme, aussi bien pour les bateaux de course que pour la plaisance.
La corderie Lancelin travaille à 70% dans le secteur du nautisme, aussi bien pour les bateaux de course que pour la plaisance. — Photo : Corderie Henri Lancelin

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