Horticulture : La filière s'interroge après la vente de JCT Plants

Par Thomas Giraudet, le 07 janvier 2011

Leader français du plant potager, JCT Plants, en proie à des difficultés financières, vient d'être racheté par Fleuron d'Anjou. Cette opération pose plus largement des questions sur l'avenir d'une filière représentant des milliers d'emplois.
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Ce n'était qu'un secret de polichinelle. En discussion depuis plus d'un an, JCT Plants et Fleuron d'Anjou ont décidé d'officialiser leur mariage de raison le 7décembre dernier, huit jours après la signature de l'acte d'achat. Fleuron d'Anjou (47M€ de CA (+8%); 140 salariés), coopérative des Ponts-de-Cé, acquiert ainsi un leader français du plant potager (13M€ de CA) aux pieds d'argile à l'été 2009. 2M€ de pertes grevaient alors les comptes de l'entreprise de Beaufort-en-Vallée. En cours d'exercice, le résultat net affichait même un déficit de 700.000euros. La raison de ces difficultés financières: l'ouverture conjointe et ratée de sept plateformes logistiques en France. «J'ai décidé de nous rapprocher de nos clients pour réduire les délais de livraison. C'était une erreur stratégique car nous n'étions pas prêts, notamment dans le suivi informatique des stocks. Je suis le seul responsable», confesse Jean-Charles Taugourdeau, fondateur de la PME de 60 salariés. «On s'interroge car ça montre qu'une seule erreur stratégique nous rend rapidement vulnérables», indique Michel Barrault, président du bureau horticole régional (BHR) qui conseille les entreprises du secteur.




Des modèles économiques vulnérables?

À écouter les professionnels, la fragilité financière des entreprises de l'horticulture ornementale résiderait dans la délicate rentabilité d'investissements réguliers et conséquents. «À la différence de l'industrie, on a rarement les marchés à l'avance. On lance des cultures de quelques mois à plusieurs années sans savoir si on va réussir à valoriser le produit final», poursuit Michel Barrault, qui investit chaque année 1M€ en moyenne dans son entreprise éponyme. Chez les distributeurs, les ventes s'effectuent essentiellement au printemps, sur une dizaine de semaines. «90% du chiffre d'affaires de JCT Plants se réalise entre mai et juin, 50% sur sept semaines et il m'est même arrivé de faire 12% en quatre jours!», souligne Jean-Charles Taugourdeau. La réussite d'une saison dépend donc trop fortement de la météo, de la conjoncture économique ou encore des choix de consommateurs. «Mais à titre de comparaison, l'arboriculture souffre davantage avec ses contraintes réglementaires», tempère Morgane Yvergniaux, chargée de mission sur la compétitivité des entreprises au sein de Végépolys.




Quelles conséquences pour la filière?

Les avis sont unanimes: ce rachat ne devrait pas chambouler une filière qui rassemble «environ 5.000 emplois dans la région» selon Jean-Luc Ripoche, président de Arfho (Association régionale filière horticole ornementale) Fleuron d'Anjou l'a assuré: les deux entreprises continueront d'être concurrentes sur certains marchés. Les confrères du secteur se montrent même plutôt rassurés. «Ce n'est pas comme une création de dix hectares. C'est une continuité. L'important c'est que l'entreprise continue de vivre», pense Michel Barrault. Fort de 135 producteurs, dont 110 en fruits et légumes, le nouveau Fleuron d'Anjou (65M€ de CA) complète ses activités, tout en améliorant la compétitivité (logistique, achats) et la sécurisation des approvisionnements. «Nous sommes convaincus que dans un bassin de production au potentiel assez exceptionnel, il faut des entreprises dynamiques pour intéresser les distributeurs. J'imagine que ça peut interpeller puisque l'opération n'est pas neutre. Mais qu'est-ce qu'on fait? On observe et on laisse mourir un leader français?», interroge Yves Gidoin, directeur général de Fleuron d'Anjou. La réponse est sans doute dans la question...




Quels enseignements pour l'avenir?

Région reconnue pour la qualité de ses produits horticole, les Pays de la Loire, et surtout l'Anjou, entendent, au travers notamment de Végépolys, continuer d'innover. Le projet BRIO en est un exemple. Mais l'avenir économique de la filière passerait davantage par la réduction des coûts selon les spécialistes. Une étude de faisabilité sur la mutualisation des expéditions des producteurs est en train d'être réalisée par Végépolys, en collaboration avec une vingtaine d'entreprises. Le BHR propose déjà Unité, sa plateforme d'expéditions. Le but est d'aller encore plus loin. À l'image de ce qui se fait aux Pays-Bas ou en Allemagne. «Il faut que la mutualisation devienne plus rentable. Sur des marchés de niches, les coûts de transport peuvent freiner le développement des entreprises», avance Morgane Yvergnioux. C'est en avançant groupé que le plus grand nombre récoltera les fruits de la croissance.

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