Mayenne

Industrie

Gys nourrit de grandes ambitions à l'international 

Par Olivier Hamard, le 10 février 2021

Reprise il y a 21 ans, l'entreprise Gys, à Saint-Berthevin, près de Laval, est en 2021 un groupe familial de 800 personnes. Le fabricant d'équipements de soudage, de chargeurs de batterie et de systèmes de réparation de carrosserie ambitionne de doubler son chiffre d'affaires dans moins de 10 ans pour atteindre 200 millions d'euros.

Le groupe Gys conçoit et fabrique des équipements de soudage, des chargeurs de batteries et des systèmes de réparation de carrosserie. 
Le groupe Gys conçoit et fabrique des équipements de soudage, des chargeurs de batteries et des systèmes de réparation de carrosserie.  — Photo : Gys

L'année 2020 aura été celle de la confirmation pour le groupe Gys : confirmation de la solidité de ses bases, de son agilité, de sa capacité à poursuivre sa route par gros temps et d'avancer sur l'échiquier d'un marché concurrentiel où il a su placer des pions stratégiques pour avoir un coup d'avance. Malgré la crise sanitaire, l'entreprise lavalloise est passée de 718 à 792 collaborateurs et affiche un chiffre d'affaires à 98 millions d'euros, en progression de 0,08 % par rapport à 2019. Une augmentation symbolique, mais une croissance tout de même, dans un secteur en repli. « Nous avons reculé sur certains marchés à cause du Covid, indique Bruno Bouygues, le PDG de Gys, mais nous avons augmenté notre part en Europe, qui représente 85 % de notre activité à l'export ». Celui-ci compte pour la moitié du chiffre d'affaires du groupe, soutenu par des présences commerciales en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Chine, au Maroc et, depuis 2020, en Italie. Gys emploie ainsi 250 personnes à l'étranger, dont 110 en Chine, où le groupe possède à Shanghai une unité de production qui fabrique du matériel destiné à une clientèle d'artisans, qui était le marché initial de l'entreprise à sa création en 1964.

Concepteur et fabricant d'équipements de soudage, de chargeurs de batterie et de matériel de réparation de carrosserie, le groupe Gys a su anticiper la crise de 2020, en commandant une importante quantité de composants dès le premier confinement en Chine au mois de février : « Nous avions huit semaines de stock de produits fabriqués lorsque la crise a commencé en France, indique Bruno Bouygues, et les commandes que nous avons passées nous ont permis de continuer de fabriquer et de livrer. Après le début du confinement en France, les demandes sont revenues très vite et nous avons été un des seuls en Europe à pouvoir le faire, malgré quatre semaines et demie d'arrêt de la production au printemps. » Mais les stocks demeurent un point faible, et Gys peine à les reconstituer. L'entreprise a augmenté sa production et a de nouveau passé commande de composants. Plusieurs mois seront toutefois encore nécessaires pour retrouver les deux mois d'avance lui garantissant une certaine sécurité.

Des investissements constants

Pour fabriquer et assurer le stockage de ses produits, Gys s'est réorganisé ces dernières années. En 2019, le groupe a construit à Changé, non loin de son siège historique, un bâtiment logistique de 10 000 mètres carrés. Parallèlement, 10 000 mètres carrés ont été ajoutés au site de production, qui récupère ainsi une surface conséquente. Au total, Gys dispose désormais de 60 000 mètres carrés de surface bâtie sur ses deux sites où elle emploie plus de 550 personnes, bien loin des 1 500 mètres carrés qui abritaient l'entreprise de 40 personnes pour un peu plus de 3 millions d'euros, lors de sa reprise il y a 21 ans à la barre du tribunal de commerce...
L'aménagement de l'unité de production a été ralenti l'an passé par la crise sanitaire et sa réorganisation devrait être totalement achevée à la fin de ce premier semestre. Au total, le groupe y a consacré 5 à 6 millions d'euros ces dernières années. « Nous réalisons chaque année 3 à 5 millions d'euros d'investissement à Laval, précise Bruno Bouygues, et nous allons continuer. Cette année, nous créons un nouvel espace de bureaux et construisons un nouveau bâtiment de 1 500 mètres carrés qui abritera un centre d'essai robotique. Auparavant, le matériel de soudage était destiné pour 85 % aux grandes surfaces de bricolage et aux artisans. Nous allons maintenant commencer à fournir ce matériel avec des robots, en travaillant avec des intégrateurs. C'est un marché nouveau et un important relais de croissance, dans les secteurs de l'automobile et de l'industrie en général. » Ailleurs dans le monde, Gys poursuit aussi ses investissements. Le groupe finalisera cette année l'achat d'un bâtiment en Italie, qui abrite son agence commerciale créée en 2020. L'effectif devrait y passer de 10 à 30 personnes d'ici deux à trois ans. Gys continue aussi d'investir régulièrement en Chine, dans sa filiale de Shanghai créée au début des années 2000 et qui n'était à l'origine qu'un bureau d'achat avant de devenir également une unité de production.

92 personnes au bureau d'études

Le groupe Gys mise beaucoup sur l'innovation, avec un bureau d'études de 92 personnes.
Le groupe Gys mise beaucoup sur l'innovation, avec un bureau d'études de 92 personnes. - Photo : Gys

Chaque jour, le groupe Gys produit environ 2 000 machines qui sont vendues dans 132 pays en très grande majorité par des distributeurs, et l'entreprise dispose d'un catalogue de 3 000 références. « Dans notre catalogue, pas un produit n'a plus de 5 ans, affirme Bruno Bouygues, et on compte 200 à 230 machines, dont une à deux nouvelles sortent chaque mois. Les secteurs dans lesquels nous travaillons, comme la soudure, évoluent en permanence avec l'arrivée de matériaux nouveaux. La machine à souder devient peu à peu un serveur avec de l'intelligence artificielle. » Pour répondre à cette évolution, et parfois même la devancer, le groupe n'investit pas que dans le bâti et son outil de production. Il consacre aussi beaucoup d'argent à l'innovation. Avec un bureau d'études de 92 personnes, qui dépassera la centaine d'ingénieurs cette année, le groupe mayennais travaille sur de nombreux sujets, à la demande de ses clients ou par souci de nouveauté et d'amélioration. « Chez Gys, nous sommes obsédés par l'innovation et nous sommes en veille permanente, concède Bruno Bouygues, lui-même ingénieur de formation et passionné par les aspects techniques du métier. De mars à juillet 2020, les gens ont eu plus de temps. Ils sont venus vers nous et nous étions disponibles pour travailler sur certains sujets. Nous avons eu autant de discussions techniques que lors de 20 dernières années. » Les produits connectés sont par exemple l'un des thèmes sur lesquels le bureau d'études de Gys planche activement : L'entreprise compte environ 3 à 4 millions de machines utilisées en Europe. Selon Bruno Bouygues, ce parc devrait représenter d'ici 15 ans 6 millions d'unités dont la moitié sera connectée.

Un contrat avec Tesla

Grâce à l'innovation, le groupe mayennais est devenu leader mondial sur de nombreux aspects techniques dans son secteur d'activité. Et pour étoffer son bureau d'études, il parvient de plus en plus facilement à recruter et attirer les talents. Tout comme en production, où en Mayenne, la visibilité de Gys et sa croissance encouragent à venir la rejoindre. Une trentaine de postes sont actuellement ouverts et l'entreprise recrute en permanence, au bureau d'études ou en production. Sa cellule export de 19 collaborateurs devrait aussi s'enrichir cette année de trois à quatre personnes. Et la visibilité de Gys dépasse aujourd'hui largement les frontières du département et de l'Hexagone. « Nous commençons à être une marque que nous voulons maintenant faire émerger pour que les grands industriels viennent nous voir, envisage Bruno Bouygues. Ce qui commence à être le cas puisqu'en 2020, nous avons fait moins de voyages mais nous avons eu plus d'appels entrant pour des projets techniques. » De grands noms font déjà appel au groupe mayennais. Au printemps 2020, Gys a par exemple signé un accord avec le fabricant de voitures électriques Tesla. Résultat d'une collaboration technologique entre l'entreprise mayennaise et le géant américain, qui a homologué une machine de soudage à l'arc, adaptable sur des robots et des cobots. Elle sera utilisée dans les unités de production de Tesla, entre autres aux États-Unis et en Chine. « Ce contrat est arrivé parce que nous travaillons déjà avec pas mal de constructeurs automobiles, explique Bruno Bouygues, et parce que nous sommes leader mondial du soudage par points. Lorsque l'on accompagne les plus grands, la notoriété de la marque augmente. »

D'importants leviers de croissance

Bruno Bouygues, dirigeant de Gys à Saint-Berthevin.
Bruno Bouygues, dirigeant de Gys à Saint-Berthevin. - Photo : Gys

Cette notoriété grandissante, Gys veut aussi la mettre à profit pour conquérir de nouveaux clients. Avec des leviers de croissance importants : le secteur automobile, avec les chargeurs de batterie et les systèmes de réparation de carrosserie, représente les trois-quarts de son activité de son activité. De nouveaux segments à développer, par exemple avec l'essor du véhicule électrique, fort vecteur de croissance, ou celui du chargeur de batterie embarqué. Mais c'est aussi ailleurs que Gys veut s'étendre : l'entreprise travaille déjà pour les secteurs du nucléaire, de l'aéronautique militaire, du ferroviaire, du pétrole ou l'industrie militaire. « Dans moins de dix ans, prévoit Bruno Bouygues, l'industrie fera les deux tiers ou les trois quarts de notre activité. Le marché du matériel de soudage et de coupage est colossal, celui des chargeurs de batterie est en pleine mutation et celui du matériel pour la carrosserie est stable. Et surtout, les trois sont adaptés aux différents secteurs de l'industrie. Les leviers de croissance sont donc très importants. »

Le groupe Gys a déjà commencé à activer plusieurs de ces leviers et entend bien continuer en misant sur l'innovation, une notoriété grandissante et en continuant d'investir. « Dans les trois à quatre prochaines années, nous allons faire un bond important, assure Bruno Bouygues. Nous avons déjà beaucoup avancé sur le plan technologique La marque va se renforcer et nous allons attirer de plus en plus de talents. L'objectif est de doubler notre chiffre d'affaires pour atteindre 200 millions d'euros d'ici 2026 ou 2027. Nous sommes actuellement dans le top 3 européen et nous devrions alors être les premiers. »

Le groupe Gys conçoit et fabrique des équipements de soudage, des chargeurs de batteries et des systèmes de réparation de carrosserie. 
Le groupe Gys conçoit et fabrique des équipements de soudage, des chargeurs de batteries et des systèmes de réparation de carrosserie.  — Photo : Gys

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