Sarthe

Plasturgie

Face à l'interdiction des produits jetables en plastique, APS crée des « touillettes » en papier

Par Cédric Menuet, le 14 janvier 2020

L’interdiction au 1er janvier 2020 des produits jetables en plastique contraint APS à repenser ses bâtonnets mélangeurs de boissons chaudes. La PME sarthoise innove en proposant une « touillette » en papier, une première sur le marché national.

Pierre Le Gendre, dirigeant de l'entreprise sarthoise APS, à Parigné-l'Evêque.
Suite à l'interdiction du plastique jetable, les équipes de Pierre Le Gendre ont eu 18 mois réinventer leur produit et mettre au point une « touillette » en papier. — Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises

Depuis le 1er janvier dernier, les produits en plastique à usage unique sont désormais bannis en France. Une mesure qui concerne la vaisselle jetable, les pailles, mais également les « touillettes ». Des mélangeurs de boissons chaudes qui sont la spécialité de la société sarthoise APS. 750 millions de pièces sortent en effet chaque année de son usine de Parigné-l’Évêque, soit 30 % de son activité. Ces spatules sont destinées au marché de la distribution automatique où elles font office de consommables dans les machines de boissons chaudes. Pour l’unique fabricant français de ces bâtonnets mélangeurs, l’annonce en 2018 de la nouvelle réglementation a été reçue comme un coup de massue. « Nous savions que ce n’était pas un produit éternel : nous travaillons à des alternatives depuis 2011. Or, si le projet de loi initial nous autorisait quatre ans pour nous retourner, un amendement voté en 2018 ne nous a seulement laissé un an et demi pour rebondir », ne décolère pas Pierre Le Gendre, dirigeant d’APS. Employant 18 salariés pour un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros, la PME est donc partie de zéro pour trouver la bonne formule. Car si elle paraît anodine, la « touillette » est en réalité un vrai produit technique. Sa forme et ses dimensions sont précises, sa qualité constante afin qu’elle ne reste pas coincée dans le distributeur de boissons. Elle doit aussi résister à l’humidité ainsi qu’à des températures de 80°. Et si elle veut survivre en 2020, il est exigé qu’elle soit dégradable dans un composteur de jardin. Une contrainte qui fait sourire l’entrepreneur. « Nos produits sont utilisés dans un environnement fermé, au pied d’un distributeur et à proximité de poubelles. Ce n’est pas ce plastique-là que l’on retrouve dans les océans… »

L’alternative papier

Pour répondre aux nouvelles obligations légales, APS a étudié l’utilisation de plastique bio-sourcé. Une alternative rapidement éliminée. « Ça reste un plastique ! Le consommateur n’apprécierait pas. Et rien ne garantit qu’il ne sera pas à son tour interdit. » Quant à proposer des produits en bois, Pierre Le Gendre n’y a jamais cru. « Cette solution n’est pas viable économiquement. Face à la concurrence chinoise, les produits fabriqués en France ne pourraient pas rivaliser. Nous aurions alors pu devenir importateurs, mais écologiquement, c’est aberrant qu’une touillette voyage 10 000 kilomètres jusqu’à votre café. En plus, nous aurions dû abandonner notre savoir-faire industriel, ce qui n’est pas dans nos intentions. » La réponse est finalement venue en avril dernier d’une papeterie de l’est de la France qui, après plusieurs essais, soumet à APS un papier résistant à l’humidité et à la température, sans traitement particulier et issu de forêts françaises. « C’est un produit neutre en goût et qui fonctionne bien dans les distributeurs de boissons. Nous avons envoyé cet été les premiers prototypes à nos clients et les retours sont positifs », souligne Pierre Le Gendre. En octobre, l’entreprise a investi un million d’euros dans une ligne de production dédiée à ses nouvelles spatules en papier. De nouvelles machines de découpe de papier qui font basculer APS dans un nouveau métier. Compte tenu de l’évolution de la réglementation, il n’est en effet pas exclu que la PME se désengage peu à peu de son activité d’injection plastique. « D’ici 18 mois, nous n’aurons plus de machines dédiées aux spatules en plastique. Nous commençons d’ailleurs à vendre nos presses à injecter. Quant aux moules, ils n’ont plus de valeur en Europe ! » La législation européenne emboîtera en effet le pas à la France dès 2021, et APS entend bien profiter de son avance technologique pour séduire ces nouveaux clients.

Calendrier contraint

Reste que le calendrier est serré. La ligne de production de spatule en papier ne sera pas opérationnelle avant le printemps, alors que la loi fixe au 30 juin prochain la limite d’utilisation des stocks existants. Pierre Le Gendre s’inquiète également de l’avenir de ses autres gammes de produits. À Parigné-l’Évêque, APS produit aussi des bols et gobelets en plastique contenant des boissons chaudes prédosées. Les premiers étant destinés au milieu hospitalier, et les seconds au marché de la distribution automatique. Considérés tous deux comme des emballages, ils ne rentrent pas dans le champ des produits en plastique interdits. « Nous avons encore du temps, mais on y réfléchit. C’est notre prochain chantier. Avec un écueil technique, le papier utilisé pour les spatules n’est pas transposable sur les bols et gobelets. » Là encore, la solution partira d’une feuille blanche.

Pierre Le Gendre, dirigeant de l'entreprise sarthoise APS, à Parigné-l'Evêque.
Suite à l'interdiction du plastique jetable, les équipes de Pierre Le Gendre ont eu 18 mois réinventer leur produit et mettre au point une « touillette » en papier. — Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises

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