Loisirs

En Mayenne, l’usine détruite du pisciniste provençal Léa Composites renaît de ses cendres

Par Rémi Hagel, le 05 mai 2022

Le 1er juin 2020, l’usine mayennaise du fabricant de piscines Léa Composites était entièrement détruite par un incendie. Le 21 mars 2022, les équipes ont réintégré un bâtiment neuf de 5 000 mètres carrés. Le groupe provençal a investi 6,5 millions d’euros dans ce qui est sa plus grande usine de piscines.

Nicolas Roman et Philippe Pasquier, les deux codirigeants du groupe Léa Composites, aux côtés de la directrice du site de La Gravelle, Jessica Jagline.
Nicolas Roman et Philippe Pasquier, les deux codirigeants du groupe Léa Composites, aux côtés de la directrice du site de La Gravelle, Jessica Jagline. — Photo : Rémi Hagel

Le 21 mars, la petite quarantaine de salariés du pisciniste Léa Composites à La Gravelle (Mayenne) a réintégré son ancien site, dans une usine neuve. Ils avaient passé près de deux ans dans des locaux provisoires, à Argentré-du-Plessis (Ille-et-Vilaine). Leur usine avait été ravagée par un incendie le 1er juin 2020.

"Dans notre malheur, on tire du bon : on a bâti du neuf, avec beaucoup d’améliorations", décrit Philippe Pasquier, codirecteur de Léa Composites (avec Nicolas Roman). Les enseignements ont été tirés : la sécurité maximale a été recherchée pour ce nouvel équipement. Il est doté d’un réseau de sprinkelage (une installation fixe d’extinction automatique à eau). "C’est la seule usine de France, dans notre métier, à en avoir", s’enorgueillit le dirigeant. Des robinets d’incendie armés sont disposés un peu partout. Par ailleurs, les matières dangereuses (en particulier la résine) sont désormais stockées dans des citernes, à l’extérieur de l’usine, avec un système d’approvisionnement automatisé, ce qui n’était pas le cas avant. L’usine est aussi équipée de ventilation à haute performance et de chauffage, régulés par des capteurs en fonction de l’ambiance réelle.

Les réserves de résine sont désormais situées à l’extérieur des ateliers.
Les réserves de résine sont désormais situées à l’extérieur des ateliers. - Photo : Rémi Hagel

Activité multipliée par 3,5 en six ans

Ayant son siège social à Roquefort-la-Bédoule, dans les Bouches-du-Rhône, le groupe provençal fabrique des piscines en coque polyester sous les marques Alliance Piscine et Cocktail Piscine, dans sept usines en France, avec en moyenne 350 salariés (actuellement, en pleine saison, 380 ETP dont 70 intérimaires). Il dégage un chiffre d’affaires de plus de 70 millions d’euros et s’appuie pour cela sur un réseau de distributeurs indépendants, mais exclusifs : 170 agences Alliance Piscine (dont 30 à l’étranger) et 115 Cocktail Piscine. Des distributeurs qui ont actuellement fort à faire. En France, le marché de la piscine enterrée a été multiplié par 2,5 en six ans, et par 3,5 pour Léa Composites. Le groupe est le n° 1 européen de la fabrication de piscines coques polyester privées à usage familial.

L’usine mayennaise est la plus importante du groupe. Avec ses nouveaux moyens, elle est en capacité d’augmenter sa production : "On produisait 1 350 piscines en 2019 ici. En 2021, les équipes ont sorti 2 000 piscines à Argentré, ils ont fait quelque chose d’extraordinaire ! Aujourd’hui, ce site est fait pour produire 2 500 à 3 000 piscines", précise Philippe Pasquier. Sur place, on recrute : une dizaine de collaborateurs supplémentaires seraient bienvenus. À l’échelle du groupe, une trentaine de postes sont à pourvoir.

6,5 millions d’euros, et presque pas d’aides

Propriétaire de son terrain à La Gravelle (comme sur les autres sites), le groupe a donc fait reconstruire son usine, déboursant les 6,5 millions d’euros nécessaires. Il n’allait certainement pas battre en retraite. "Nous sommes présents dans chaque région, pour pouvoir livrer les piscines dans la journée (La Gravelle alimente tout le Grand Ouest, NDLR). Si on y est, c’est pour plusieurs dizaines d’années. On réalise des investissements patrimoniaux. Ce n’est pas rentable à court terme, mais ça l’est à moyen et long terme."

L’investissement ne bénéficie de presque aucune aide. "Nous n’utilisons pas de grosses machines, cela ne répond pas vraiment aux critères de France Relance. Toutefois, nous avons obtenu un prêt vert d’un montant de 1,5 million d’euros de Bpifrance (sur dix ans sans garanties). On en est fier, parce que nous avons su démontrer que notre usine consommera deux fois moins d’énergie que la précédente, grâce à l’isolation et aux pompes à chaleur ; et surtout, qu’elle rejette dix fois moins de gaz à effet de serre".

Un des postes d’application de résine. Dans la nouvelle usine, chaque poste est isolé des autres.
Un des postes d’application de résine. Dans la nouvelle usine, chaque poste est isolé des autres. - Photo : Rémi Hagel

Solidarité impressionnante

L’incendie s’était produit le lundi de Pentecôte, "une accumulation de petits risques", revoit Philippe Pasquier. Seules trois personnes étaient présentes ce jour-là, et sont restées impuissantes face aux flammes qui ont tout ravagé rapidement, "les matières premières étaient stockées à dix mètres du local où a pris le feu… ". Le patron se souvient de la solidarité sans faille des voisins et des élus de Laval Agglo. "Le soir même, Madame Delanchy (les Transports Delanchy, voisins de l’usine) avait fait mettre à disposition ses bureaux avec la wifi." Aussitôt actifs, les deux dirigeants avaient trouvé un site de secours dès le vendredi suivant : l’ancienne base logistique d’Intermarché, devenue propriété des transports Lambec à Argentré-du-Plessis, à 17 km de là. Trois semaines après, la production redémarrait, avec des machines transférées d’autres usines du groupe. "On a finalement réussi une belle année 2021, grâce au travail de chacun" apprécie la directrice du site Jessica Jagline. "Aujourd’hui, c’est une fierté de revenir aux sources".

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