Maine-et-Loire

Industrie

Coronavirus : la nouvelle dirigeante de Brossier Saderne traverse la crise en confiance

Par Olivier Hamard, le 22 avril 2020

Laure Bignon a repris le concepteur et fabricant de luminaires Brossier Saderne le 25 février, peu avant qu’elle ne soit contrainte de fermer les ateliers en raison de la crise sanitaire. L’entreprise de Beaucouzé (Maine-et-Loire) fonctionne depuis plusieurs semaines au ralenti et n’a relancé la fabrication que le 20 avril. Si elle reste optimiste et positive, sa dirigeante était bien loin d’imaginer ainsi ses premières semaines à la tête de l’entreprise.

Laure Bignon - dirigeante de Brossier Saderne (Beaucouzé - 49)
Laure Bignon a repris Brossier Saderne le 25 février dernier , juste avant le début de ka crise sanitaire et écoonomique. — Photo : Laure Bignon

L’entreprise Brossier Saderne, à Beaucouzé, dans le Maine-et-Loire, a relancé l’activité de ses ateliers en ce début de semaine. Pendant un peu plus d’un mois, une partie des salariés étaient à l’arrêt. Sa dirigeante Laure Bignon, qui a repris il y a tout juste deux mois l’entreprise angevine spécialisée dans la conception et la fabrication de luminaires, dit n’être pour autant ni stressée ni angoissée. Les projets n’en sont que repoussés et selon elle, la crise a même le mérite de souder les équipes et de créer un lien fort avec les collaborateurs.

Être constamment dans l’opérationnel

« Jamais je n’ai regretté et je suis toujours contente de cette reprise ! » Laure Bignon reste résolument positive, même si elle sait que le chiffre d’affaires de 8,4 millions d’euros en 2019 sera bien inférieur en 2020 et que le planning des projets de développement qu’elle avait élaboré est à revoir. La dirigeante avait certes rêvé de tout autre chose pour son arrivée à la tête de Brossier Saderne, mais elle s’est rapidement adaptée à la situation. « J’avais déjà eu à gérer un redressement judiciaire lorsque je dirigeais Indépendance Royale à Limoges, et la crise actuelle me rappelle cette ambiance. Il faut être constamment dans l’opérationnel. Je fais aussi beaucoup de communication et de ressources humaines. Je n’étais pas non plus toute seule dans cette reprise, puisque je suis accompagnée par un fonds d’investissement. Si j’étais en train d’acheter, ils ne m’auraient peut-être pas suivie, tandis que là, rien n’est remis en cause et ils me font confiance. Et au moins, cette crise, c’est moi qui la gère ! »

Peu de recours au chômage

Laure Bignon a donc géré à distance les premiers jours de tempête, avant de revenir rapidement à son bureau, pour organiser l’activité de l’entreprise de 35 personnes : mise en télétravail des fonctions support, des commerciaux et du bureau d’études, poursuite d’une activité logistique, et mesures de chômage partiel d’une petite partie de l’effectif dans les ateliers. « Dès le 17 mars, nous avons proposé de prendre des jours de RTT, explique la dirigeante, des heures de récupération ou des congés pour minimiser l’impact. Nous n’avons donc eu que très peu recours au chômage. Les commerciaux ne continuent leur travail que partiellement et à distance mais les clients nous demandent aussi de réaliser pas mal d’études », Laure Bignon a également sollicité un prêt garanti par l’État auprès des deux banques qui l’ont accompagnée pendant la reprise, à hauteur de 25 % du chiffre d’affaires. « Cela a été simple car l’entreprise est saine financièrement. J’ai monté le dossier en une journée, l’accord parvenait trois jours après et les fonds étaient débloqués au bout d’une semaine. »

« La crise a soudé l’équipe »

La dirigeante de Brossier Saderne a aussi travaillé rapidement sur un plan de reprise d’activité, l’a fait valider par la médecine du travail avant de rouvrir l’atelier le lundi 20 avril. Sont ainsi revenus les salariés de l’équipe de montage des luminaires, soit une dizaine de personnes, sans le volet d’intérimaires auquel l’entreprise fait appel régulièrement. Pour leur retour, il a fallu prévoir masques, gel, gants rotation pour la pause du déjeuner. « Le montage s’effectue à une seule personne par table de travail, précise Laure Bignon, et les distances sont très raisonnables. Chacun se sent acteur de sa sécurité et de celle des autres. Nous avons une charge de travail suffisante, avec du travail en cours et quelques commandes que nous pouvons livrer. Nous anticipons aussi sur les commandes de grands comptes à venir. »

Une organisation indispensable pour reprendre l’activité, tout comme le dialogue entretenu pendant la fermeture de l’atelier. Avant même le rachat de l’entreprise, Gilles Moreau, l’ancien dirigeant de Brossier Saderne, avait présenté Laure Bignon aux collaborateurs dès le mois de décembre, et elle s’était exprimée devant eux. « Je les ai contactés un à un avant la reprise du travail et plusieurs salariés ont fait référence au discours que j’avais fait, confie-t-elle. Cela a probablement soudé l’équipe. Aussi, personne n’a eu peur et tout le monde était content de reprendre. »

Si avec la relance de l’activité, l’entreprise a des commandes à honorer, la nouvelle dirigeante de Brossier Saderne sait que l’année 2020 sera loin de ses objectifs. La PME travaillant à 80 % dans le secteur de l’hôtellerie, les chantiers en cours, s’ils sont encore pour beaucoup à l’arrêt, ne reprendront que progressivement. Et ceux qui sont prévus seront probablement repoussés. L’un de ses importants clients, les Chantiers de l’Atlantique, prendra certainement lui aussi du retard. Laure Bignon s’attend donc à un premier exercice compliqué mais elle reste optimiste. « L’entreprise va redémarrer, j’en suis certaine, assure-t-elle. Mes partenaires me soutiennent. La crise décalera sans doute d’un an le plan que j’ai élaboré. Nous avions par exemple envisagé les Ehpad comme axe de développement. Nous allons probablement accélérer notre stratégie commerciale dans ce secteur. »

Laure Bignon - dirigeante de Brossier Saderne (Beaucouzé - 49)
Laure Bignon a repris Brossier Saderne le 25 février dernier , juste avant le début de ka crise sanitaire et écoonomique. — Photo : Laure Bignon

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