Sarthe

Agriculture

Témoignage Coronavirus - Bigot Fleurs : « Nous jetons 500 000 fleurs par jour »

Par Cédric Menuet, le 20 mars 2020

Producteur de fleurs coupées en Sarthe, Bigot Fleurs subit l’annulation des commandes de la grande distribution, qui privilégie les produits alimentaires. La PME a perdu 90 % de son chiffre d’affaires en une semaine et doit malgré tout continuer sa production.

Bigot Fleurs produit chaque année 35 millions de tulipes et 3 millions de brins de muguet en Sarthe, ainsi que 80 millions de roses depuis ses plantations du Kenya.
Bigot Fleurs produit chaque année 35 millions de tulipes et 3 millions de brins de muguet en Sarthe, ainsi que 80 millions de roses depuis ses plantations du Kenya. — Photo : Bigot Fleurs

En ce début de printemps, l’épidémie de Covid-19 en France ne pouvait pas plus mal tomber pour Bigot Fleurs. Fort de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, ce producteur de fleurs coupées produit chaque année 35 millions de tulipes et 3 millions de brins de muguet dans ses serres d’Allonnes, près du Mans, ainsi que 80 millions de roses depuis ses plantations du Kenya.

Depuis le début de la crise sanitaire, la PME sarthoise voit ses commandes s’effondrer. « Dès les annonces de fermeture des commerces non essentiels, nous savions que nous allions perdre nos volumes auprès des fleuristes et des grossistes, qui représentent 10 % de notre chiffre d’affaires. En revanche, nous ne nous attendions pas aux annulations massives de commandes de la part de la grande distribution. Des clients pour lesquels nous avons mis des fleurs en culture depuis plusieurs semaines », explique Nicolas Bigot, directeur général de l’entreprise.

En cause, la ruée dans les grandes surfaces alimentaires qui a généré un engorgement des plateformes logistiques de la grande distribution. « Certaines ont fermé leurs réceptions de fleurs et plantes au profit des flux de produits alimentaires. Pour nous, c’est la catastrophe. Nous sommes au début du printemps, en plein boom de la tulipe, et le muguet arrive. »

100 000 euros de pertes par jour

Conséquence, Bigot Fleurs a perdu lors de la première semaine de la crise 90 % de son chiffre d’affaires, pour des pertes estimées à 100 000 euros par jour. « Les fleurs ne s’arrêtent pas de pousser. Nous les cueillons pour les jeter ensuite, alors que nous avons deux semaines de floraison en cours. Chaque jour, nous détruisons 200 000 tulipes et 300 000 roses », appuie Nicolas Bigot. Impossible dans ces conditions de mettre en place le chômage partiel. Les 200 salariés sarthois, dont 150 équivalents temps plein, sont en partie mobilisés dans le maintien des fleurs en production et dans la préparation des futures récoltes.

« Il faut continuer de planter des fleurs pour envisager l’après-crise. Dans ces conditions, on ne peut pas fermer. C’est la double peine. » Commercialisant ses produits à l’international, Bigot Fleurs ne peut également rien attendre de ses clients européens dont les marchés locaux connaissent les mêmes difficultés qu’en France. Malgré tout, l’entreprise familiale offre tous les jours des fleurs aux hôpitaux.

« Nous attendons un geste citoyen »

Même si l’approvisionnement des grandes surfaces est revenu à la normale, Bigot Fleurs ne parvient toujours pas à obtenir le respect des engagements de commandes. « La fréquentation des magasins a baissé, du coup nos clients craignent de ne pas vendre nos fleurs. Or, ils ont un rôle de citoyens à jouer dans cette crise envers les producteurs comme nous. Nous sommes 3 000 entreprises dans le même cas, avec de nombreux emplois en jeu. Nous aimerions aussi que les consommateurs nous soutiennent en achetant à nouveau des fleurs. »

Petit rayon de soleil toutefois pour le producteur, son site de vente en ligne à destination des particuliers maintient son activité. Pas de quoi compenser les pertes liées à cette crise inédite. « Nous sommes producteurs depuis trois générations. Nous n’avions jamais connu de telles difficultés. Les mesures d’aides mises en place par le gouvernement ne suffiront pas. La crainte que notre entreprise ne s’en relève pas est réelle. »

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