Maine-et-Loire

Vin

Coronavirus : Avec la crise, la filière viticole plonge dans le rouge 

Par Olivier Hamard, le 30 avril 2020

La fermeture des cafés et restaurants, l’annulation des événements, le confinement et les difficultés d’exportation sont autant de facteurs qui impactent la filière viticole en Maine-et-Loire depuis le début de la crise sanitaire.

Vins Anjou et Saumur
Avec la crise sanitaire, la filière viticole connaît un coup d'arrêt, après une décennie en dent de scie, déjà marquée par différents aléas climatiques. — Photo : Alliance Loire

Alors que le millésime 2019 sort tout juste des chais, le cru 2020 a pour l’instant un goût amer pour toute la filière viticole en Maine-et-Loire. Depuis le début de la crise sanitaire, la vente est compliquée, tant en France qu’à l’étranger et les habitudes de consommation se sont modifiées avec le confinement.

Des difficultés depuis 2016

En Anjou et en Saumurois, les vignerons ont connu un cycle de 10 années chaotique, avec 3 récoltes normales, les autres ayant été marquées par des périodes de gel, des pluies trop abondantes ou d’autres aléas climatiques.

Laurent Ménestreau,  président du syndicat des vins d'Anjou et de Saumur.
Laurent Ménestreau, président du syndicat des vins d'Anjou et de Saumur. - Photo : Patrick Touchais

La crise sanitaire vient donc s’ajouter depuis la mi-mars une décennie déjà compliquée : « Dans la profession, témoigne Laurent Menestreau, le président de la fédération des Vins d’Anjou et de Saumur, certains sont déjà en difficulté depuis 2016, où nous avons connu une année trop pluvieuse, et plusieurs entreprises ont du mal à supporter ces différents à-coups depuis dix ans. ». La situation actuelle n’arrange rien, même si pour l’instant la météo hivernale, qui n’a pas perturbé la future récolte, fait juste entrevoir des vendanges 2020 précoces. Depuis le début du confinement, les ventes de vin sont en effet à la baisse.

Une consommation en baisse

« En respectant les mesures sanitaires, dans les vignes, tout le monde travaille actuellement », précise Marc Bonnin, le président de la coopérative viticole Robert et Marcel (40 personnes, 30 M€ de CA), à Saint-Cyr-en-Bourg, qui regroupe 150 professionnels adhérents du Saumurois et de la région de Bourgueil, en Indre-et-Loire.

Marc Bonnin, président de la cave coopérative Robert et Marcel et d'Alliance Loire.
Marc Bonnin, président de la cave coopérative Robert et Marcel et d'Alliance Loire. - Photo : Alliance Loire

« Mais les volumes qui ne sont pas vendus aujourd’hui ne le seront sans doute pas après. Si la vente en grande distribution, qui représente 50 % de l’activité de notre société de commercialisation des vins Alliance Loire, ne s’est pas arrêtée puisque les magasins sont restés ouverts, il y a eu, au moins les premières semaines, une nette baisse de la consommation. » N’étant pas un produit de première nécessité, le vin n’a en effet pas connu le rush enregistré par d’autres produits en début de crise. Et surtout, le mode de consommation a changé : « La tendance est à des vins simples et pas chers, constate Laurent Menestreau. Le conditionnement en bib a aussi explosé. Les consommateurs ne se tournent pas en ce moment vers des bouteilles au tarif plus élevé pour boire lors d’un bon repas ou entre amis. » Certaines appellations de vins rouges sont ainsi moins courues actuellement, de même que les vins effervescents et leur image de produit lié à la fête, peu prisés en période de confinement.

Des ventes à l’export compliquées

Parallèlement, certains circuits habituels de vente sont à l’arrêt : la commercialisation auprès de l’hôtellerie-restauration, qui représente entre 20 et 25 % selon les appellations, de même que la vente directe, le grand public ne se déplaçant plus chez le vigneron. « C’est aussi une période où les professionnels effectuent leurs livraisons, ajoute Laurent Menestreau. Ils peuvent livrer localement, dans le département, mais pour ceux qui ont une clientèle en Bretagne ou dans le nord de la France, c’est actuellement impossible. En vente directe, que ce soit sur l’exploitation ou en livraison, les professionnels ne sont en ce moment qu’à 35 ou 40 % de leur activité habituelle. »

Même chose pour l’export, sur lequel ont misé certains domaines : en ce moment, des commandes arrivent, en particulier du Royaume-Uni ou de pays dans lesquels la vente d’alcool est régie par un monopole d’État, comme le Canada, la Suède ou le Danemark. « L’export représente 20 % de l’activité d’Alliance Loire, précise Marc Bonnin, principalement en Amérique du Nord et en Europe. Les demandes sont en baisse, même si certains pays ont passé commande, mais nous rencontrons aussi des difficultés logistiques. » Le transport, l’accès aux ports et les départs de navires marchands ne sont en effet pas revenus à leur activité normale. Pour autant, les professionnels de la filière tablent toujours sur une reprise des ventes à l’international : « Le développement à l’export commençait à porter ses fruits, affirme Laurent Menestreau, et notre salut passera beaucoup par là. »

Avec ce coup d’arrêt, les rentrées d’argents sont aussi moins importantes dans la filière viticole et la trésorerie est tendue. Au-delà, ce sont autant d’investissements qui seront retardés, avec un impact sur les fournisseurs et certaines entreprises. « Même si localement, les volumes de 2019 ont été amputés d’environ un tiers en raison du gel l’année précédente, il faudra bien les vendre, s’inquiète Laurent Menestreau. Nous faisons des prospectives pour bien orienter la prochaine production et ne pas nous retrouver en surstock. Les salons professionnels et les festivités de l’été ont été annulés et les difficultés du secteur du tourisme, qui est un élément important pour la filière, vont aussi alourdir le dossier. »


25 appellations pour les Vins d’Anjou et de Saumur

Au cœur même du Val de Loire, troisième région viticole de France après le Bordelais et la Bourgogne, la fédération des vins d’Anjou de Saumur regroupe 900 producteurs en Maine-et-Loire et dans le nord des départements de la Vienne et des Deux-Sèvres, pour environ 3 000 emplois directs. Le vignoble s’étend sur 20 000 hectares pour une production annuelle de 1,2 million d’hectolitres de vins répartis en 25 appellations. En Val de Loire, de Sancerre aux portes de Nantes, la production est commercialisée en moyenne pour 25 % à l’export, 20 à 25 % dans le secteur de la restauration-hôtellerie, 20 % en vente directe et 30 % auprès de la grande distribution.

Vins Anjou et Saumur
Avec la crise sanitaire, la filière viticole connaît un coup d'arrêt, après une décennie en dent de scie, déjà marquée par différents aléas climatiques. — Photo : Alliance Loire

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