Sarthe

Agroalimentaire

Bordeau Chesnel lance une nouvelle gamme et envisage l’export

Par Olivier Hamard, le 14 juin 2022

Créée en 1922, l’entreprise sarthoise Bordeau Chesnel commercialise la moitié des pots de rillettes vendus en grandes surfaces. L’entreprise d’Yvré L’Evêque, engagée dans une démarche RSE forte, entend répondre aux attentes des consommateurs avec une nouvelle gamme de recettes qui pourrait lui ouvrir les portes de l’export.

Pierre Hébert, directeur général de Bordeau Chesnel, voit la possibilité, avec les nouvelles recettes élaborées par l’entreprise sarthoise, de s’ouvrir le marché de l’export.
Pierre Hébert, directeur général de Bordeau Chesnel, voit la possibilité, avec les nouvelles recettes élaborées par l’entreprise sarthoise, de s’ouvrir le marché de l’export. — Photo : Yanne Boloh

Dans les années quatre-vingt, avec son "Nous n’avons pas les mêmes valeurs !", le slogan des spots publicitaires diffusés sur les chaînes de télévision, Bordeau Chesnel et son pot de rillettes rouge se sont retrouvés propulsés en haut de l’affiche. Depuis, la marque sarthoise, qui reste discrète sur son chiffre d’affaires, se taille toujours la part du lion, revendiquant 35 millions de pots de rillettes vendus en 2021, soit la moitié des parts de marché dans les grandes surfaces de France, hors charcuterie à la coupe. "Nous sommes aussi un peu en Suisse et en Belgique, précise Pierre Hébert, directeur général de Bordeau Chesnel, mais  c’est tout. Ailleurs, les modes de consommation n’intègrent pas ce type de produits carnés tartinables, élaborés à base de viande effilochée."

Trois recettes pour s’ouvrir à l’export ?

Avec la mise sur le marché en avril de nouvelles recettes, qui coïncide avec le centenaire de l’entreprise, Bordeau Chesnel pourrait bien mettre un peu plus le pied à l’étranger. La marque a en effet élaboré trois produits, réunis sous une même gamme, l’Instant Apéro. "Les modes d’alimentation et la forme elle-même du repas changent, indique Pierre Hébert. Notre offre doit donc évoluer. Par exemple, l’entrée cède de plus en plus la place à la prise d’un apéritif, ce qui nous a fait imaginer cette gamme. Avec des recettes de viandes ou de volailles qui incorporent des légumes, dans un pot décliné en plusieurs tailles et translucide. On rejoint là l’esprit d’entreprise des fondateurs d’il y a cent ans, qui avaient su adapter leur offre aux consommateurs de l’époque et se renouveler."

Une évolution qui en suit d’autres chez l’entreprise sarthoise centenaire, qui commercialise tous ses produits auprès de la grande distribution : à partir des rillettes de porc traditionnelles toujours emblématiques de la marque, Bordeau Chesnel a développé au fil des ans des textures plus tartinables, des rillettes de poulet, de canard, d’oie avec divers assaisonnements, des produits comportant beaucoup moins de matières grasses… Au total, une dizaine de recettes, en incluant les trois dernièrement commercialisées. "Celles-ci sont destinées en premier lieu au marché français, ajoute Pierre Hébert, mais le défi est également d’exporter notre savoir-faire en s’ajustant au comportement alimentaire d’autres pays. Cette nouvelle gamme nous offrira peut-être la possibilité d’aller vers l’international." En ciblant des pays voisins où ce type de produits n’est pas encore consommé, comme l’Espagne ou l’Allemagne par exemple.

Nouvelle usine depuis 2019

À tout juste cent ans cette année, l’entreprise sarthoise élabore et fabrique toutes ses recettes dans son site industriel d’Yvré-l’Évêque, là où est née la marque en 1922, fondée par un couple de charcutiers, Anna Marie Louise Chesnel et Jules Constant Victor Bordeau. Là aussi où elle est revenue en 2019 pour s’installer dans une usine neuve, après avoir produit ses rillettes pendant plus de 50 ans à Champagné, où une première usine avait été inaugurée en 1968. Dans l’équipement ouvert il y a trois ans à Yvré-l’Évêque, l’entreprise avait investi environ 35 millions d’euros. "Nous continuons d’y investir régulièrement et durablement pour répondre à un besoin de progrès continu, ajoute Pierre Hébert. Entre autres pour améliorer la sécurité des collaborateurs avec de nouvelles façons de faire, comme la mise en place d’un échauffement avant la prise de poste pour parer aux troubles musculosquelettiques. Nous proposons aussi aux collaborateurs des formations pour aller vers la polyvalence et éviter des tâches qui pourraient être répétitives à un même poste." L’entreprise compte environ 200 collaborateurs, dont 157 travaillant directement la fabrication de ses produits. "L’une de nos priorités est de fidéliser les salariés et de réduire le taux de précarité et de recours à l’intérim, ajoute Pierre Hébert, même si nous avons besoin de renforts ponctuels, le plus souvent de mars à octobre, à une période où le volume de production est un peu plus marqué."

100 % d’électricité verte d’ici 2023

Autre volet d’investissements réguliers pour Bordeau Chesnel : l’environnement. En transférant ses activités de Champagné à son nouveau site d’Yvré-l’Évêque, l’entreprise a fait baisser son empreinte carbone : " A tonnage comparable, nous avons réduit de plusieurs dizaines de pourcent notre consommation d’eau et d’électricité, affirme Pierre Hébert. Les cuissons s’effectuent avec des équipements pensés pour être les moins énergivores possibles, et là aussi, cela entre dans le cadre d’un plan d’amélioration continue. Nous sommes aussi en recherche de solutions de rupture en termes de consommation d’énergie renouvelable. Déjà, cette année ou au plus tard en 2023, nous serons passés à une électricité 100 % verte. Par ailleurs, les pots utilisés sont en plastique recyclables, les fabricants ne proposant pas pour l’instant sur le marché des produits en matière recyclée. Mais nous avons travaillé et avons encore des marges de progrès sur la question de l’optimisation des pots, ajoute le dirigeant, comme la chasse au vide, par exemple. "

Travail avec la filière

Bordeau Chesnel a regroupé l’ensemble de sa politique RSE dans un programme appelé Fierté, fixant des objectifs à court moyen et long terme et incluant aussi toute la filière, de l’élevage à la transformation. "Nous développons une filière locale et responsable, précise Pierre Hébert, en contractualisant directement avec les éleveurs. Cela permet de sécuriser nos volumes et de leur garantir un prix d’achat. Le contrat est signé avec l’éleveur, le groupement dont il fait partie et l’abatteur. Nous avons établi un prix minimum assorti à un cahier des charges sur la bienveillance animale et l’impact environnemental de l’exploitation, avec des surprimes par rapport aux efforts réalisés dans ce sens." Actuellement, 50 % des éleveurs fournisseurs en porc et 80 % en volaille sont ainsi contractualisés via cette démarche appelée "Nos valeurs partagées". L’entreprise sarthoise s’est fixée pour objectif 90 % de ses approvisionnements en porc issus de cette démarche en 2025 et 100 % de ses approvisionnements en poulet à l’horizon 2026.

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