Auvergne-Rhône-Alpes

Logistique

Rhône : un mystérieux projet d'entrepôt grand comme 22 terrains de football

Par Audrey Henrion, le 21 juin 2018

Un immense bâtiment de 160 000 mètres carrés pourrait voir le jour à une vingtaine de kilomètres de Lyon. En 2019, ce qui pourrait devenir l'un des plus grands entrepôts de France sera en mesure d'accueillir 2 500 salariés. Le mystère plane encore sur l'identité de l'entreprise qui porte ce projet géant. Mais un nom revient avec insistance: Amazon.

Le bâtiment sera équivalent à 22 terrains de foot, avec une superficie totale de 160 000m², dont 152 000m² d’entrepôt (359 m de longueur sur environ 153 m de largeur) et 8.000m² de bureaux. — Photo : Goodman

Le dossier a été monté depuis fin 2017 dans le plus grand secret. C’est une enquête publique mise en ligne sur le site de la mairie de Colombier-Saugnieu (Rhône) le 11 juin dernier qui a donné l’alerte. Elle concerne l’implantation d’un bâtiment équivalent à 22 terrains de foot, d'une superficie de 160  000 m², dont 152  000 m² d’entrepôt (359 mètres de longueur sur environ 153 mètres de largeur) et 8  000 m² de bureaux. Il prendra place sur un terrain de 21 hectares, propriété de la Société des Aéroports de Lyon et fera l’objet d’une convention d’occupation temporaire.

L'un des plus grandes plateformes de France

Localisé au sud de l’aéroport de Lyon-Saint- Exupéry, à 3 km du centre-ville de Colombier-Saugnieu et à 20 km au sud-est de Lyon, ce bâtiment s’annonce comme l’une des plus imposantes plateformes d’Europe, après celle de Conforama (180  000 m²), en Seine-et-Marne.

1 000 poids lourds par jour

Ce bâtiment, qui doit être livré avant Noël 2019, est conçu pour « accueillir des activités de logistique, comprenant la réception de produits, leur stockage, la préparation des commandes et leur expédition », indique le dossier public. La partie entrepôt, d’une hauteur de 18 mètres, disposera d’une zone de stockage estimé à environ 878 310 m3. Il verra transiter, quotidiennement, quelque 1 000 poids lourds, affrétant « des marchandises manufacturées et de produits de grande consommation », précise une note de présentation. Qui indique aussi mobiliser, pour ce projet, 14 millions d'euros pour la sécurité et l'environnement (incendie, inondations..).

Le client ? Un mystérieux M. Alpha. Pour Amazon ?  

Aux manettes de ce projet gigantesque, le groupe Goodman (CA 2017 : 28,5 M€, 1 100 collaborateurs et 33 bureaux dans le monde), acteur de l’immobilier industriel avec 17,6 millions de mètres carrés d’entrepôts dans le monde et près d'un million de mètres carrés en France. Pour catégoriser cette opération, Goodman, opérateur de plusieurs projets en France parle de plateforme « logistrielle ». Laquelle doit être livrée à un mystérieux client, « M. Alpha ».

« Un seul et même nom est régulièrement cité »

Alors, qui se cache derrière ce M. Alpha ? « En réalité, un seul et même nom est régulièrement cité », glisse Pierre Marmonier, le maire de Colombier-Saugnieu. Un nom revient en effet avec insistance, celui du géant américain du commerce électronique Amazon. Un projet aussi gigantesque est en tout cas tout à fait à la portée de la firme de Seattle qui a réalisé 177 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2017. Amazon a  ainsi déjà investi deux milliards d'euros en France depuis 2010 en créant 5 500 emplois. La nature du projet lyonnais correspond également très bien à l'activité d'Amazon. Le groupe américain dispose en France de cinq immenses centres de distribution dans le Loiret, la Drôme, la Saône-et-Loire et dans les Hauts-de-France.

Enfin, autre argument qui alimente la thèse d'Amazon, le géant américain travaille depuis plus de 10 ans avec Goodman, qui construit et exploite ses plateformes. Ce dernier a développé plus de 300 000 m² de centres logistiques en France pour Amazon. Comme celui d'Amiens, qui s'étend sur 107 000 m².

Entre autoroute et LGV

Le site a été choisi pour sa situation logistique : au sud de l’aéroport, le long de la voie SNCF et du projet de ligne LGV Lyon-Turin, desservie par l’autoroute A432, tandis que la ligne LGV Lyon-Marseille longera la partie ouest du bâtiment. L’emprise du projet est actuellement occupée par un centre d’essais par crash-tests de véhicules exploités par l’IFSTTAR (Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux).

Trafic et infrastructures

Le bureau d’étude lyonnais Egis a réalisé une étude portant sur l’évolution du trafic dans la zone et l'impact sur les infrastructures de transport. Egis s’appuie sur des projections faisant état de trois équipes : 1  300 salariés le matin, autant pour l’équipe de l’après-midi et 500 pour l’équipe du soir. « Dans un premier temps, Goodman a plutôt évoqué 2  500 salariés au total », pondère le maire Pierre Marmonier. Autant que la population de sa commune au recensement 2017…

« Jamais je n’ai vu un projet d’une telle ampleur se débloquer aussi vite »

Concrètement, le parking des collaborateurs accueillera 1 500 places, mais Egis considère que « les transports en commun devront être renforcés pour faciliter l’accès à l’entrepôt ». « Il y a beaucoup de dossiers (emploi, infrastructures, transports en commun, urbanisme…) qui devront avancer en même temps que ce projet », glisse Pierre Marmonier. Lequel, très optimiste, s’étonne encore de la « fulgurance » de ce dossier.

Intervention de l’Élysée  ?

« Jamais je n’ai vu un projet d’une telle ampleur se débloquer aussi vite », signale ce sapeur-pompier à la retraite. Élu sans étiquette depuis 2008, l’homme a vu des représentants de Goodman débarquer dans son bureau le 23 décembre dernier. Leur démarche : savoir s’il était en capacité de leur délivrer un permis de construire d’ici juin.

En parallèle Goodman, représenté par son directeur technique en France, Eric Boutoille, avait alerté les services de la préfecture. Le 9 janvier s’est tenu un premier comité de pilotage. Autour du sous-préfet, une quarantaine de représentants des services de l’État, la Dréal (direction de l’environnement), les services archéologiques, mais aussi la SNCF, les réseaux de transports, d’électricité… « Pas un ne semblait penser qu’il serait possible de lancer l’enquête publique d’ici l’été », rapporte Pierre Marmonier. Il a fallu une intervention « en haut lieu, certainement l’Élysée », pour que les choses avancent. Le préfet de Région, Stéphane Bouillon, a assisté en personne à un Copil. Ce fut la seule fois. « Et là, il s’est passé une chose que je n’ai jamais vue de ma vie, rend compte l’édile : les services se sont mis à travailler dans le même sens, soulevant des problèmes, tout en apportant des solutions. »

L’enquête publique s’achève le 11 juillet prochain. Le maire de Colombier-Saugnieu ne semble pas redouter les recours. Si tout se déroule comme prévu, les travaux (dont l’opérateur n’est pas connu) débuteront à la rentrée, pour une livraison à l’automne 2019.

Le bâtiment sera équivalent à 22 terrains de foot, avec une superficie totale de 160 000m², dont 152 000m² d’entrepôt (359 m de longueur sur environ 153 m de largeur) et 8.000m² de bureaux. — Photo : Goodman

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