Philippe Oddou Du rêve à la réalité

Par la rédaction, le 05 décembre 2008

À 36 ans, celui qui avait une voie toute tracée dans la finance a choisi de se tourner vers ceux que la vie avait moins gâtés que lui. Depuis 10 ans, Philippe Oddou mène son association Sport dans la ville comme une vraie entreprise. Les clés de la réussite. Stéphanie Polette
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Fini le costume-cravate. Philippe Oddou a quitté l'uniforme en 1998 lorsqu'il choisi le monde associatif plutôt que celui de la finance. Donner, partager, rêver... Un leitmotiv qui rythme sa vie. C'est auprès des jeunes des banlieues que le jeune homme pourra passer du rêve à la réalité. «J'ai toujours vu mes parents s'occuper des autres, se souvient-il. Adolescent, on peut trouver ça inintéressant. Avec le recul, c'est une vraie valeur qu'ils m'ont inculquée et une véritable richesse que de savoir donner. Surtout, c'est une expérience intransmissible qu'il faut vivre.» Ayant grandi dans le XVIe arrondissement de Paris, le petit Philippe ne manque de rien. Un papa chef d'entreprise (fondateur de l'institut de sondage CSA TMO) lui enseigne pourtant les valeurs du travail. Il opte pour la voie "sérieuse", les finances et y fait une rencontre déterminante. Nicolas Eschermann suit aussi un parcours de formation à l'EM Lyon. Les deux étudiants se mettent à rêver ensemble. «Nous voulions, par pure conviction, nous investir dans un projet commun pour aider des jeunes qui n'avaient pas eu la même chance que nous», rappelle Philippe Oddou.




Apprendre de l'étranger

Leur diplôme en poche, les deux jeunes hommes partent chacun de leur côté: l'Argentine pour Nicolas Eschermann et l'Autriche pour Philippe Oddou, chez L'Oréal. Si la carrière du jeune Parisien suit son cours, il n'en oublie pas les expériences à l'étranger vécues quelques années plus tôt. «À l'âge de 19 ans, je suis parti trois mois en Inde avec un groupe de jeunes étudiants pour construire une école dans un village qui n'avait ni eau ni électricité. J'ai souffert physiquement dans un environnement hostile. Cette expérience m'a donné une force psychologique importante.» Deux ans plus tard, il renouvelle le même genre d'expérience. «Par le biais de l'association francophile vietnamienne, j'ai enseigné le français dans un bidonville de Ho Chi Min Ville pendant quatre mois. C'était moins difficile qu'en Inde mais tout aussi enrichissant.» Ces expériences agissent comme des déclics sur le jeune Parisien des beaux quartiers.




Rencontre avec Yannick Noah

Les hasards de la vie professionnelle font se retrouver les deux complices de l'EM à Lyon en 1997. «Nous commençons par devenir bénévoles de l'association de Yannick Noah, Fête le mur, qui a pour but de rendre le tennis, un sport considéré comme élitiste, accessible aux jeunes des quartiers. Nous développons le premier centre en région lyonnaise.» Première rencontre avec la banlieue lors de l'inauguration du centre Fête le mur de Vaulx-en-Velin. «J'étais encore chez Paribas à cette époque et je suis allé à l'inauguration en sortant directement du bureau... Avec mon costume-cravate, on m'a pris pour un militant politique venant à l'assaut de Vaulx-en-Velin!» Les présentations sont faites et le terrain d'entente est trouvé: le jeune bon chic bon genre et les jeunes des cités parlent le même langage, celui du sport. L'atmosphère devient tout de suite plus détendue...




Jouer collectif

Philippe Oddou choisit alors de créer une association autour des sports collectifs, qui mobilisent plus d'enfants et permettent de réaliser un vrai travail pour véhiculer des valeurs de partage, de pédagogie, de respect... Sport dans la ville est née. Après 10 ans d'existence, 1.500 Rhônalpins pratiquent chaque semaine un sport collectif dans les seize centres. Grâce à la volonté de son créateur, désigné entrepreneur sociétal de l'année 2008 par L'Entreprise et Ernst&Young, ceux-ci ont pris encore plus de poids en se donnant pour mission d'aider les jeunes dans leur orientation, de les mettre en contact avec les chefs d'entreprise locaux, et même de les aider à créer leur job, via Entrepreneurs dans la ville. Le sport mène à tout... même au travail.

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