Rhône

Industrie

Témoignage Philippe Eyraud (Mixel) : « J'ai dû fermer ma filiale au Brésil »

Par Pierre Tiessen, le 20 avril 2015

Fabricant d'agitateurs industriels, le groupe Mixel, basé en production à Dardilly (Rhône) et à Pékin (Chine), s'est séparé, il y a quelques semaines, de sa filiale brésilienne. Son PDG, Philippe Eyraud, revient sur cette expérience éprouvante.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

« Le Brésil... C'est une aventure que nous avions commencé en 2007, dans le prolongement de l'ouverture de notre filiale à Pékin, deux ans plus tôt. Je ne connaissais alors rien de ce pays, à la différence de la Chine, où je me rendais depuis le début des années 1990.

Le Brésil a d'abord été un coup de coeur. C'est un client de Rio qui m'y a emmené ; il est ensuite devenu mon partenaire sur place à l'ouverture de la filiale "Mixel do Brasil". Ce que je regrette amèrement aujourd'hui. Il n'a pas respecté ses promesses, n'a pas su déléguer et encore moins gérer son temps... Nous aurions dû nous affranchir, dès le début, de ce partenariat qui n'a jamais fonctionné et partir seuls sur place. Mais il faut pour cela avoir les moyens de pouvoir constituer, en parfaite autonomie, une équipe technique et commerciale opérationnelle.

« L'un des pièges du Brésil : croire que tout y est plus facile, alors que, très vite, on s'aperçoit que c'est une usine à gaz. »

Le Brésil est un pays compliqué alors même qu'a priori, les contraintes culturelles y sont moins fortes qu'ailleurs - qu'en Chine notamment. C'est l'un des pièges de ce pays : croire que tout y est plus facile. Mais très vite, on s'aperçoit que c'est une usine à gaz : au niveau administratif, fiscal... Une vraie jungle. J'ai même envoyé un expatrié français, en 2010, pour mettre de l'ordre sur place, mais il est rentré au bout de deux ans. Ça n'a servi à rien. J'avais dès le départ bâti cette filiale sur des bases peu fiables. Grave erreur.

Une ardoise de 800 000 euros

Après une année 2014 catastrophique - durant laquelle nous n'avons signé sur place qu'un seul contrat de 22 000 euros, nous avons donc décidé de fermer la boutique en janvier. Si je suis amer ? Bien sûr. J'aurai perdu dans cette aventure brésilienne plus de 800 000 euros... La faute à ma méconnaissance du pays sans doute, mais aussi à des facteurs culturels très marqués.

Le Brésil est, comme disait de Gaulle, « le pays de l'avenir et il le restera longtemps » ! Et moi, je n'ai pas eu les moyens d'attendre. J'ai de suite manqué d'autonomi,e ce qui m'a rendu dépendant de mes sous-traitants et m'a fait plonger. Et même si ce pays recèle un fort potentiel, il faut l'aborder avec énormément de précaution. Le manque de patriotisme économique français n'a rien arrangé. En 2014, j'ai ainsi raté 4 appels d'offres (lancés par Véolia, Sanofi, Degrémont et Merial) qui ont préféré acheter local, alors même que j'étais moins cher et mieux disant. Allez comprendre.

Cap sur le Vietnam

Après ce détour manqué par l'Amérique du Sud, décision a été prise de poursuivre notre développement en Asie, continent que je connais bien pour avoir effectué mon VSN (ex-VIE) à Singapour en 1988. Nous allons ainsi ouvrir cette année un bureau commercial à Hô-Chi-Minh-Ville, au sud du Vietnam, pour rayonner sur les pays alentours, en très forte croissance. Nous allons bientôt recruter notre agent qui pilotera ce bureau et qui passera au préalable 6 mois entre nos implantations à Dardilly et à Pékin, pour s'imprégner de l'esprit Mixel. Car je ne veux pas reproduire la même erreur qu'au Brésil : cette personne devra ainsi comprendre et connaître parfaitement l'esprit de notre maison.

Pour le reste du globe (Turquie, Iran, Dubaï, etc.), nous passerons par des apporteurs d'affaires, des agents locaux. C'est plus prudent...

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