Rhône

Restauration

Ninkasi : 10 millions d'euros pour une nouvelle brasserie à Tarare

Par Audrey Henrion, le 25 novembre 2018

La bière depuis 21 ans, la vodka et le gin plus récemment, pour finalement atteindre le Graal : devenir distillateur de whisky, un produit de luxe. Christophe Fargier, fondateur des brasseries et bières Ninkasi présente son premier « craft single malt whisky » de 46,4°, une série très limitée de 1.000 bouteilles baptisée Track Ø1 en vente mi-décembre.

« Nous rejoignons le petit monde de distillateurs français, une filière du luxe sur laquelle nous misons beaucoup » s’amuse Christophe Fargier en sirotant son Track Ø1
« Nous rejoignons le petit monde de distillateurs français, une filière du luxe sur laquelle nous misons beaucoup » s’amuse Christophe Fargier en sirotant son Track Ø1 — Photo : Audrey Henrion

Ce matin-là, la petite troupe de bloggeurs et journalistes est conviée dans la très solennelle Salle Tony Garnier du Palais du Commerce de Lyon. Bois, médaillons et lourdes teintures habillent murs et fenêtres. Et devant l’estrade, quelques bouteilles plutôt design du nouveau « bébé » de Christophe Fargier. On est loin de l’ambiance rock des brasseries Ninkasi. Et pour cause. « Nous rejoignons le petit monde de distillateurs (une quarantaine environ en France), une filière du luxe sur laquelle nous misons beaucoup » s’amuse Christophe Fargier en sirotant son Track Ø1.

Financement du stock

Un breuvage vendu 49,99 euros la bouteille, fruit de trois ans de travail. « L’idée de produire du whisky s’est précisée avec le déménagement de la brasserie à Tarare en 2012, un lieu exceptionnel pour la qualité de son eau très douce » rappelle le dirigeant. Décisive aussi, cette rencontre en 2009 avec Alan Perret, maître distillateur dans le beaujolais. L’homme a été embauché il y a quatre ans pour conduire le projet. A lui le choix des « outils » : un alambic charentais « Chalvignac »  qui distille le « wash », ce liquide obtenu après à l'issue de la fermentation du mélange d'eau, d'orge et de levures. Il sélectionne aussi 137 fûts en chêne de 228 litres utilisés pour « élever » du condrieu  (Domaine Montagny et Louis Chèze) et où est stocké le précieux mélange durant trois ans. Economiquement, cette diversification a présenté une difficulté notable : le financement du stock, et produire sans vendre durant 36 mois minimum. Dans le même temps, Christophe Fargier signait  un important investissement dans la rénovation de son principal établissement à Gerland.
Le dirigeant mène sans trop d’états d’âme cette stratégie de diversification. « David Hubert notre directeur industriel estime que le Ninkasi sera bientôt davantage reconnu pour son whisky que pour sa bière » s’amuse-t-il. D’ailleurs, son rythme de production va s’intensifier avec un franchissement de pallier en 2022 avec l’ouverture d’une deuxième usine. Investissements : 10 millions d’euros.  De quoi multiplier par cinq sa production. Aujourd’hui notre usine nous autorise à aller jusqu’à 20 000 hectolitres de bière. En prélevant le wash, nous avons de quoi remplir 200 fûts de whisky. En 2022 on produira 100 000 hectolitres de bière permettant d’approvisionner 1.000 fûts de whisky. Cet investissement pourrait être financé par un nouveau tour de table plus pourquoi pas, du « love money » apporté par la clientèle du Ninkasi.  En 2018 (exercice clos au 30 septembre), les activités consolidées du groupe atteignent 24 millions d’euros de chiffre d’affaires, les projections pour 2019 tablent sur 30 millions d’euros.,

« Nous rejoignons le petit monde de distillateurs français, une filière du luxe sur laquelle nous misons beaucoup » s’amuse Christophe Fargier en sirotant son Track Ø1
« Nous rejoignons le petit monde de distillateurs français, une filière du luxe sur laquelle nous misons beaucoup » s’amuse Christophe Fargier en sirotant son Track Ø1 — Photo : Audrey Henrion