Loire

Textile

Kodev lourdement impacté par les blocages de "Gilets jaunes"

Par Gilles Cayuela, le 07 décembre 2018

Fabricant de linge pour les spas et instituts, Kodev attend depuis dix jours une livraison de matière première. Une situation qui pourrait conduire la TPE de Saint-Jean-Bonnefonds (Loire) à ne pas pouvoir livrer dans les temps une commande qui représente cette année 20 % de son chiffre d'affaires. 

Irène Breuil (à gauche) n'est pas certaine d'arriver à livrer le groupe Guinot Mary Cohr d'ici le 20 décembre et craint de perdre ce nouveau client référence.
Irène Breuil (à gauche) n'est pas certaine d'arriver à livrer le groupe Guinot Mary Cohr d'ici le 20 décembre et craint de perdre ce nouveau client référence. — Photo : Kodev

« Cela fait dix jours que nous attendons notre matière première, de l'éponge en bouclette que nous importons de Turquie, car plus personne n'en fabrique en France. Elle était bloquée jusque-là dans le Sud par les Gilets jaunes. Nous venons d'apprendre qu'elle s'est débloquée, mais nous attendons toujours la livraison. Nous ne savons pas quand elle va arriver », s'inquiète Irène Breuil, dirigeante de Kodev (6 salariés ; 800 000 euros de CA).

Spécialisée dans la fabrication de linge pour les spas et instituts, la TPE de Saint-Jean-Bonnefonds (Loire) compte énormément sur cette livraison de matière première pour boucler cette fin d'année. « Je dois livrer 20 tonnes de produits finis d'ici le 15 décembre au groupe Guinot Mary Cohr qui, avec plus de 2 800 instituts en France, est l'un des leaders de la cosmétique. Cette commande représente 20 % du chiffre d'affaires de cette année. Nous sommes en train de voir avec l'atelier comment on va pouvoir s'organiser, peut-être en dégageant des heures supplémentaires et en faisant appel à de la sous-traitance. Nous savons que nous ne serons pas prêts à livrer pour le 15 décembre, mais nous avons cinq jours de grâce sur les pénalités de retard. Cela nous porte au 20 décembre », développe Irène Breuil.

Un business modèle mis à mal

Outre des pénalités de retard, la dirigeante de Kodev craint clairement une perte de chiffre d'affaires et la mise à mal de son nouveau modèle économique. « Depuis 2016, l'entreprise est en difficulté. Nous avons du revoir notre business model en passant de la vente à des grossistes, qui travaillaient avec des instituts de quartier, à de la vente en direct, car ces petits instituts se sont réduits comme une peau de chagrin. L'obtention de ce gros client découle de tout le travail et de l'investissement que nous avons réalisés depuis près de 3 ans, pour mettre en place cette stratégie. Le perdre remettrait en cause beaucoup de choses », s'alarme la dirigeante.

Surtout que Guinot Mary Cohr s'était engagé pour deux ans avec Kodev. « Nous avons pris ce contrat cette année, mais il devait être renouvelé automatiquement pour l'année prochaine, si nous respections bien le cahier des charges et notamment la date de livraison. Là, nous ne sommes plus sûr de rien et en plus de pénalités de retard, on risque clairement une perte conséquente de chiffre d'affaires pour l'année prochaine », explique Irène Breuil, qui n'est malheureusement pas la seule entreprise de le région à être dans cette position.

44% des entreprises de la région dans un cas similaire

En effet, mercredi 5 décembre, la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne a envoyé un questionnaire à ses 120 000 ressortissants pour connaître l'impact des blocages des "Gilets jaunes" sur leur activité. Sur les 300 premières entreprises à avoir répondu, 44 % ont déjà enregistré des pertes de chiffre d'affaires. La même proportion de répondants a été confrontée à des retards de livraison, 22 % à l'impossibilité de livrer et 36 % évoquent un impact sur le personnel. « La morosité s'installe et les carnets de commande sont au plus bas depuis une semaine », conclut la dirigeante de Kodev, par ailleurs vice-présidente de la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne. La chambre encourage les entreprises touchées par le mouvement des "Gilets jaunes" à déclencher le dispositif « Activité partielle ».

Irène Breuil (à gauche) n'est pas certaine d'arriver à livrer le groupe Guinot Mary Cohr d'ici le 20 décembre et craint de perdre ce nouveau client référence.
Irène Breuil (à gauche) n'est pas certaine d'arriver à livrer le groupe Guinot Mary Cohr d'ici le 20 décembre et craint de perdre ce nouveau client référence. — Photo : Kodev

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