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Industrie

Interview Georges Hallary (Clextral) : « L'Afrique est un relais de croissance »

Entretien avec Georges Hallary, directeur général de Clextral

Propos recueillis par Gilles Cayuela - 25 septembre 2018

Acteur mondial majeur de l’extrusion bivis, Clextral industries (304 salariés ; 62 M€ de CA) entend faire de l’Afrique la prochaine étape de sa conquête à l’international. La filiale du groupe Legris Industries planche aussi sur un projet d’usine du futur qu’elle espère faire valider d’ici à la fin de l’année.

Pour Georges Hallary, l’Afrique est la prochaine étape internationale de Clextral, qui vise 80 M€ de chiffre d’affaires d’ici 5 ans. — Photo : Clextral

Le Journal des Entreprises : Clextral est spécialisé dans la production de lignes d’extrusion bivis à destination de l’agroalimentaire (couscous, céréales, chips, etc.), de la pâte à papier (fiduciaire, impression et écriture) et de la chimie et plasturgie. Comment se porte votre activité ?

Georges Hallary : Il y a 20 ans, Clextral réalisait 20 millions d’euros de chiffre d’affaires. En 2017, nous avons atteint 62 millions d’euros. Avec un nette accélération depuis 4 ans puisqu’en 2014 nous ne réalisions que 47,8 millions d’euros. Cette croissance nous conduit à lancer un programme de 40 recrutements sur 2018 dont 21 créations de postes.

Comment expliquez-vous cette accélération ?

G.H : Par plusieurs phénomènes. D’abord, nous avons étoffé notre offre. Nous ne vendons pas seulement des extrudeuses bivis, nous sommes aussi capables de réaliser des systèmes complets. Ensuite, la poussée vers l’international porte notre croissance. L’export représente aujourd’hui 80% de notre chiffre d’affaires. Nous coordonnons 12 filiales et bureaux à l’étranger et vendons dans 94 pays. Nos deux dernières implantations remontent à 2017. Nous avons ouvert un bureau commercial en Indonésie à Djakarta. Ce bureau est venu conforter notre présence en Asie et en Océanie puisqu’un technicien SAV est déjà présent au Vietnam, ainsi qu’un commercial en Chine plus une filiale à Sydney. Nous avons aussi ouvert un bureau en Inde avec un jeune indien qui après avoir fait ses études à Saint-Etienne et avoir passé plusieurs années chez nous est parti s’installer sur place.

L’international est au cœur de votre modèle de croissance. Avez-vous d’autres projets d’implantation ?

G.H : Oui, mais pas dans l’immédiat car nous couvrons plutôt bien nos marchés. Notre prochaine implantation viendra le jour où l’Afrique s’éveillera, le jour où nos technologies seront en phase avec le marché africain. L’Afrique connaît une forte démographie, avec une émergence de la classe moyenne et une urbanisation qui s’accélère. Toutes les conditions semblent réunies pour faire émerger des besoins de produits agroalimentaires produits par des industriels. L’Afrique a tout pour devenir un relai de croissance pour Clextral. Le seul frein, ce sont les habitudes alimentaires. Les Africains veulent consommer des produits traditionnels. Les céréales au petit-déjeuner, cela ne fonctionne pas là-bas. Ce qui fonctionne en revanche, ce sont les déclinaisons de couscous à base de mil, sorgho, manioc… Pour l’instant, ces produits sont fabriqués de manière artisanale, dans des conditions d’hygiène parfois douteuses. Le projet de Clextral, est de parvenir à dupliquer industriellement ce que cuisine la ménagère africaine. Et ça, nous savons faire ! Il y a 40 ans au Maghreb, nous sommes parvenus à industrialiser la production de couscous de blé dur.

Comment comptez-vous vous y prendre pour industrialiser cette production en Afrique ?

G.H : La première étape, consiste à bien comprendre ce qui se fait sur place traditionnellement. C’est ce que nous nous attachons à faire avec nos prospects africains. Ensuite, il faut dupliquer. Pour ce faire, nous avons une ligne pilote installée à Casablanca au Maroc dans les locaux de l’Institut de Formation aux Industries Meunières (IFIM). Cette ligne nous permet d’opérer des tests et de recevoir des premiers retours positifs pour du couscous de mil. Une fois cette étape passée, il nous faudra convaincre les industriels africains que notre projet de couscous industrialisé a du sens.

A quelle échéance envisagez-vous la commercialisation sur le marché africain ?

G.H : Nous pouvons imaginer une première vente en Afrique Subsaharienne dans les deux ans qui viennent. La première affaire est toujours la plus difficile mais une fois que la pompe est amorcée, il y a une sorte de duplication du modèle. Nous avons déjà vécu cela avec l’Iran.

On l’a compris, vous percevez l’Afrique comme un véritable relais de croissance mais quels sont au juste vos objectifs en termes de chiffre d’affaires pour les années à venir ?

G.H : L’objectif est d’arriver à 80 millions d’euros sous 5 ans en misant sur la conquête territoriale dont l’Afrique fait bien entendu partie mais aussi sur de nouveaux produits. Nous travaillons notamment sur la porosification des poudres avec des partenaires en Normandie.
L’objectif est d’arriver à mettre au point des technologies de rupture pour créer de nouvelles poudres alimentaires ou non alimentaires. Cela représente un investissement significatif pour nous (N.D.L.R : montant non communiqué) puisque nous avons déjà fait de la R&D avec notre partenaire australien CSIRO, qui est l’équivalent de l’INRA en France. Nous avons bon espoir que ces travaux de R&D débouchent dans l’année sur une première référence industrielle.

« Ce sera à l’actionnaire d’arbitrer mais l’objectif est d’obtenir une usine qui serve la croissance rentable de Clextral »

Clextral a aussi engagé un important projet d’usine du futur. Où en êtes-vous ?

G.H : Effectivement, nous avons pour projet de regrouper sur un site unique l’ensemble de nos activités, réparties aujourd’hui sur quatre sites à Firminy. Pourquoi ? Parce que cette organisation n’est plus en adéquation avec nos perspectives de croissance et avec notre façon de travailler en équipe projet. Pour servir correctement notre croissance, cette usine doit bien entendu être dotée des nouvelles technologies de fabrication mais aussi être compétitive avec des coûts de revient et des délais réduits. Ce nouveau site doit aussi être compétitif en termes d’image renvoyée à nos clients mais aussi attractif et agréable pour nos salariés. L’objectif étant d’attirer ici à Firminy des talents de la France entière. Bref, c’est un projet d’envergure, qui coûte mais qui doit aussi être rentable. C’est pourquoi, nous en sommes encore aujourd’hui au dimensionnement du projet (surface, fonctionnalités, etc.). L’objectif est d’aboutir d’ici l’automne à un projet que l’on puisse présenter à notre actionnaire, le groupe Legris Industries. Et d’avoir un feu vert d’ici à la fin de l’année.

Il existe donc différentes options ?

G.H : Parfaitement. L’an passé, nous avons mandaté deux sociétés pour étudier différents scenarii. L’un d’eux repose sur un site neuf et d’autres partent plutôt sur la rénovation et l’extension de l’usine actuelle avec à chaque fois des plus et des moins et une dimension financière différente. Ce sera à l’actionnaire d’arbitrer mais l’objectif est de créer une usine qui serve la croissance rentable de Clextral. En attendant, nous sommes en train de déployer l’excellence opérationnelle au sein de l’entreprise. Le but est de changer nos méthodes de travail pour obtenir des gains à court terme tout en préparant notre entrée dans la future usine. Vous ne pouvez pas arriver dans une usine ultra-moderne avec des méthodes de travail qui datent de 30 ou 40 ans.

Pour Georges Hallary, l’Afrique est la prochaine étape internationale de Clextral, qui vise 80 M€ de chiffre d’affaires d’ici 5 ans. — Photo : Clextral

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