Auvergne-Rhône-Alpes

Industrie

En Ardèche, la papeterie MP Hygiène voit double

Par Audrey Henrion, le 12 mars 2019

Qui a dit que l’industrie française était moribonde ? Six ans après la construction de sa propre papeterie pour plus de 30 millions d’euros, MP Hygiène, industriel ardéchois produisant 30 000 tonnes d’essuie-main, pourrait investir la même somme pour agrandir son usine dès 2021.

Avec la construction d'une nouvelle papeterie, l'usine de 52 500m² solidement ancrée sur l'ancien site de fabrication du papier Canson, passerait de 30 à 60 tonnes de papier destiné à devenir de l'essuie-main.
Avec la construction d'une nouvelle papeterie, l'usine de 52 500 m² solidement ancrée sur l'ancien site de fabrication du papier Canson, passerait de 30 000 à 60 000 tonnes de papier destiné à devenir de l'essuie-main. — Photo : MP Hygiène

Un doublement de surface titanesque. L'usine de 52 500 m² de MP Hygiène, fabricant d'essuie-main pour une clientèle BtoB, solidement ancrée sur l'ancien site de fabrication du papier Canson, pourrait, d'ici deux ans, passer de 30 000 à 60 000 tonnes de papier fabriqué par an et sans doute de 250 à 300 salariés. Son positionnement serait alors inédit sur un marché européen qui se scinde en deux : d’un côté, les très gros acteurs présents de l'arbre au rouleau, comme le suédois SCA (1,5 Md € de CA, 6 500 salariés) ou l’italien Sofidel (269 M€ de CA en 2017, 5 000 salariés), et, de l'autre, les plus petits, qui se contentent de transformer des bobines-mères.

Franchir un palier à l'international

Une projection ambitieuse ? Réaliste, estime Christophe Bergamo,  président depuis le 1er juin de MP Hygiène, rappelant la solidité de cette entreprise labellisée « French Fab ». Créée il y a 21 ans par Marc Miribel et présente sur 4 sites autour d’Annonay (Ardèche), elle enregistre une croissance annuelle moyenne de 14 % par an depuis 10 ans (CA 2017 : 83,5 M€, CA 2018 : 88 M€, Ebitda supérieur à 10%). « Nous sommes sur le point de décrocher de nouveaux clients hexagonaux », annonce Christophe Bergamo.

Mais la France ne suffira pas à atteindre un chiffre d’affaires « cible » de 100 millions d’euros en 2020. Le « go » ou le « no go » de ce futur agrandissement de l'usine, qui nécessitera un investissement de 30 à 40 M€, dépendra de la capacité du nouveau dirigeant à franchir un palier à l’international. « On se fixe comme objectif de doubler notre part à l’export, qui doit passer de 12 à 25 % en un an ».

Une deuxième papeterie anticipée dès 2012

Pour cela, MP Hygiène mise sur ses produits haut de gamme et le renforcement de sa direction commerciale internationale. Cap  vers les Etats-Unis, le Moyen-Orient et l’Afrique du Sud, où l’entreprise revendique des positions solides.

Mais déjà, du côté d’Annonay, les choses se précisent. « On a le permis et un projet très avancé en termes d’infrastructures » précise le dirigeant. L’extension, via la construction d'une deuxième papeterie, avait été anticipée dès 2012. Tout est là : l’espace, les terrains, les sites de stockages, la source d’eau. Même la station d’épuration, propriété de MP Hygiène, est dimensionnée pour traiter et rendre de nouveau potable l’eau rejetée par deux papeteries.  « Aujourd’hui,  nous consommons 50 000 litres par heure (50 m3) et en retraitons 45 000 litres, livre Christophe Bergamo. Demain nous serons capables d'en traiter le double. »

Un investissement qui ressemble à un sacré pari, alors que des concurrents, tels que SCA ou Kimberly Clark (Kleenex), s’apprêtent à fermer leurs usines en Normandie. « La clé de notre solidité, c’est notre  actionnariat français », assure Christophe Bergamo. Le capital détenu par la famille Miribel, majoritaire, a été rejoint en décembre 2017 par Christophe Bergamo et le fonds Novi 2, géré par Idinvest. Lesquels ne sont pas venus par hasard. Avec cette deuxième papeterie, MP Hygiène renforcerait son indépendance stratégique sans pour autant de modifier sa cible 100 % BtoB et haut de gamme, qui devraient lui suffirent pour atteindre 100 millions d’euros.

Avec la construction d'une nouvelle papeterie, l'usine de 52 500m² solidement ancrée sur l'ancien site de fabrication du papier Canson, passerait de 30 à 60 tonnes de papier destiné à devenir de l'essuie-main.
Avec la construction d'une nouvelle papeterie, l'usine de 52 500 m² solidement ancrée sur l'ancien site de fabrication du papier Canson, passerait de 30 000 à 60 000 tonnes de papier destiné à devenir de l'essuie-main. — Photo : MP Hygiène