Dominique Nouvellet Le financier entrepreneur

Par la rédaction, le 04 septembre 2009

À 67 ans, l'énarque a passé 32 ans à la tête de Siparex. Dominique Nouvellet a organisé sa succession et part serein. Son oeil aguerri reste en éveil. Il conserve la présidence de la holding Siparex Associés. Transition en douceur vers la retraite. Stéphanie Polette
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Son rire tonitruant ponctue une phrase sur deux. Ses yeux bleus malicieux sont assortis à sa chemise de financier sérieux. Sa bonhomie invite au dialogue et au partage. Au 14e étage de l'immeuble Siparex à Lyon, Dominique Nouvellet prépare ses cartons. Enfin pas tout à fait. À 67 ans, le fondateur passe la main à Bertrand Rambaud mais reste à la présidence de la holding Siparex Associés pour garantir les valeurs qui ont porté le groupe depuis sa création en 1977. «En restant 32 ans dans la même entreprise, je suis devenu fonctionnaire!» s'amuse le dirigeant. Pourtant, sa carrière aurait dû se dérouler dans les hautes sphères de l'État. «Je suis entré à l'Ena par amour. Par amour pour ma femme. J'étais accepté en deuxième année d'une grande école parisienne mais entre-temps, je me suis fiancé. Comme nous ne voulions pas quitter Lyon et que je devais justifier à mes parents mon refus d'intégrer cette école, j'ai passé, par correspondance, le concours préparatoire à l'Ena. J'ai été reçu. Ce n'était pas prévu!»




Un côté défricheur

L'énarque travaille à la Caisse des dépôts puis à la direction du Trésor public. «C'était une pépinière par excellence, se souvient-il. J'ai côtoyé des personnages extraordinaires. Mes collègues étaient Michel Pébereau et Jean-Claude Trichet.» À 33 ans, il scelle son avenir. Deux choix s'offrent à lui: devenir attaché financier à Washington ou créer une société d'investissements à Lyon dont l'idée a mûri aux côtés de Gilles Brac de La Perrière, président de la Lyonnaise de Banque. «Le goût du risque et mon attirance pour les PME régionales me poussent à créer Siparex à Lyon.» Huit ans après avoir été haut fonctionnaire, il enfile le costume de chef d'entreprise. Outre les sociétés de développement régionales qui faisaient du prêt à long terme, le métier de capital-risqueur en indépendant n'existait. Tout était à faire. «J'ai aimé ce côté défricheur.»




Convaincre les PME

Il lui faudra convaincre. Les pouvoirs publics d'abord. «L'économie était très financiarisée.» Puis les banques. «Nous cherchions au moins leur neutralité dans un système bancaire hyper cartellisé.» Son expérience au Trésor public, ses connaissances dans le monde de la finance et sa pugnacité auront raison des fauteurs de troubles. «Un grand banquier avait même dit à un collaborateur: ?Ne faites pas l'erreur d'écouter ce jeune Nouvellet. Si les entreprises avaient besoin de fonds propres, on le saurait et on les aiderait?», lâche-t-il dans un éclat de rire. Le plus difficile fut finalement de convaincre les PME. «J'ai pris mon bâton de pèlerin et j'ai fait du porte à porte.» Beaucoup de pédagogie et pas mal d'audace l'ont conforté dans son choix.




Transmettre

Fuyant la vie politique, «la vie d'un politicien est ingrate, il est agressé et médiatisé de façon excessive», il s'est impliqué dans le monde de la finance. L'Afic (Association française des investisseurs en capital), qu'il a fondé dans les années 80, compte aujourd'hui 200 membres en France. Administrateur de l'IAE de Lyon et président d'EM Lyon un temps, il est surtout un fervent défenseur du chef d'entreprise. «Les critiques envers les patrons me mettent en rage», s'enflamme le ?sage? qui transmet aujourd'hui son expérience. À travers Euromed Capital Forum, association qui favorise le transfert de compétences entre l'Europe du Nord et les pays du Maghreb. Et peut-être par la publication d'un livre. «Je vais commencer à écrire d'ici à la fin de l'année pour faire partager mon amour pour les PME.»

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