A45 : L'appel d'offres au point mort !

Par la rédaction, le 08 octobre 2010

Parmi les questions importantes à propos du développement économique futur de la région Rhône-Alpes, la construction de l'A45 apparaît comme incontournable. Loin d'être une formalité, cette autoroute continue de créer le débat sur la place publique. Point sur l'avancement de ce dossier qui traîne depuis longtemps. Dossier réalisé par les rédactions du Rhône et de la Loire
Photo : Le Journal des Entreprises

Depuis 1993 et les premières études de faisabilité du projet, le dossier A45 n'en finit plus de traîner en longueur. À tel point que pour bon nombre de ligériens et rhodaniens, cette autoroute fait aujourd'hui figure d'arlésienne. Pourtant, le CIADT a confirmé en 2003 l'intérêt économique de cette nouvelle infrastructure pour désengorger la vieillissante, inadaptée et accidentogène A47. Le 17juillet 2008, Jean-Louis Borloo, alors engagé dans les promesses du Grenelle de l'environnement, a même pris tout le monde à contre-pied en déclarant l'A45 d'utilité publique. Depuis cette DUP, silence radio! La procédure de lancement de l'appel d'offres pour la mise en concession aurait dû intervenir dans la foulée. Elle n'a toujours pas été signée par Matignon. Une attente de 26 mois insoutenable pour les décideurs politiques et économiques de la Loire qui réclament haut et fort le désenclavement du territoire.




Les collectivités mises à contribution

Devant l'immobilisme du gouvernement, les élus de la Loire, appuyés par les chambres consulaires, ont mis la pression cet été sur Matignon pour réactiver le dossier A45. Une initiative qui a permis au président du conseil général de la Loire, Bernard Bonne, d'obtenir le 2septembre dernier, un entretien avec Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de François Fillon. «Il a demandé à ce que les collectivités (NDLR: conseils généraux du Rhône et de la Loire, Région, Villes de Saint-Étienne et de Lyon, Saint-Étienne Métropole et Grand Lyon) s'engagent sur un pourcentage par rapport à une éventuelle somme résiduelle», a expliqué Bernard Bonne. En effet, le coût de l'A45 a été évalué à 1,2 Md€ (prix 2005). En novembre2009, Jean-Louis Borloo avait fait savoir par courrier qu'une subvention d'équilibre serait sans doute nécessaire. Subvention dont le montant pourrait osciller entre 550 et 720M€. Si l'État en prenait 50% à sa charge, le gouvernement a souhaité savoir si les collectivités seraient prêtes à compléter un éventuel déficit d'exploitation et surtout dans quelle proportion.





Problème: si l'ensemble des collectivités avait approuvé en février dernier le principe d'une participation financière, seul le conseil général de la Loire semble prêt à s'engager sur un pourcentage. «C'est tellement impérieux cette A45 que je suis prêt à faire un emprunt à long terme, a indiqué Bernard Bonne. Je suis prêt à financer plus d'1/7e du résiduel. Mais je reste persuadé qu'il n'y aura pas besoin de participation des collectivités. Pour l'A41 et l'A65, on avait aussi demandé aux collectivités de se prononcer sur un pourcentage pour débloquer le dossier. Et finalement, elles n'ont pas eu le moindre euro à débourser.»




Vers un nouveau blocage?

De leurs côtés, Michel Mercier, ministre de l'Aménagement du territoire et président du conseil général du Rhône, Jean-Jack Queyranne, président de la Région, et Gérard Collomb, président du Grand Lyon, ont rencontré, le 6septembre, le préfet de Région Jacques Gérault pour lui signifier qu'il n'était pas possible de se prononcer sur un quelconque montant ou pourcentage avant que l'appel d'offres ne soit lancé. «On ne peut pas à ce stade du projet supposer qu'il y aurait un déficit a priori. Et les élus peuvent encore moins s'avancer sur le financement par leur collectivité d'un éventuel déficit dont on ne connaît pas l'ampleur», a fait remonter Jacques Gérault au Premier ministre dans un courrier daté du 7septembre. Une position qui tranche singulièrement avec celle prise quelques jours plus tôt par Bernard Bonne. Plus inquiétant, dans le même courrier, le préfet de Région précise que «le cas échéant, l'ampleur du déficit estimé pourrait conduire à renoncer au projet». Cette petite phrase, ajoutée aux querelles politiques suscitées par l'initiative personnelle de Bernard Bonne, pourrait bien conduire à un nouveau blocage du dossier A45. Et ce n'est pas le remaniement ministériel annoncé pour octobre qui devrait faire bouger les choses. «Imaginez que ce soit Borloo qui devienne premier ministre, on peut faire le deuil de l'A45», s'inquiète Jean-Louis Gagnaire, vice-président de la Région.

Photo : Le Journal des Entreprises