Meurthe-et-Moselle

Industrie

Vicat investit 50 millions d'euros à Xeuilley pour produire du ciment bas carbone

Par Jean-François Michel, le 07 juillet 2021

Dans la cimenterie de Xeuilley, en Meurthe-et-Moselle, le groupe Vicat a lancé le chantier d’une unité de production d’argiles activées, pour se substituer au clincker, ingrédient concentrant du CO2 et utilisé habituellement dans la fabrication du ciment.

La nouvelle unité de production sera mise en service au printemps 2023.
La nouvelle unité de production sera mise en service au printemps 2023. — Photo : Jean-François Michel

Dans le petit monde des cimentiers industriels, c’est une révolution. Le groupe Vicat va investir 50 millions d’euros sur le site de la cimenterie de Xeuilley, en Meurthe-et-Moselle, pour faire sortir de terre une unité de production d’argiles activées, soit des argiles qui auront été chauffées jusqu’à perdre toute leur eau. En se substituant à l’ingrédient utilisé habituellement dans la fabrication du ciment, le clincker, ces argiles activées vont permettre au groupe de réduire les émissions de CO2 de la cimenterie de 48 500 tonnes chaque année, soit une baisse de 16 % des émissions totales. "Dans le cadre du plan de relance, nous sommes lauréats du Fonds de décarbonation opéré par l’Ademe, pour ce projet baptisé Argilor", précise Didier Petetin, le directeur général délégué du groupe Vicat, qui emploie 9 900 personnes pour un chiffre d’affaires de 2,8 milliards d’euros en 2020, dont les deux tiers réalisés à l’international. "La subvention de 13,2 millions d’euros qui nous a été accordée a été un levier majeur dans la décision d’investir".

Responsable de 7 % de la production des émissions mondiales de carbone d’après les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie, soit plus d’un milliard de tonnes par an, l’industrie cimentière dégage du CO2 en consommant de l’énergie pour amener des fours à plus de 1 450°C, soit environ 40 % de ces émissions, mais aussi en déclenchant une réaction pour décarboner le calcaire et obtenir du clincker, ce semi-produit qu’il faudra ensuite broyer pour produire du ciment.

Rester à "iso-performance"

Les commandes pour les machines de l'unité de production des argiles activées sont parties en mai 2021.
Les commandes pour les machines de l'unité de production des argiles activées sont parties en mai 2021. - Photo : Jean-François Michel

"Le procédé de l’activation des argiles était connu mais mal maîtrisé", souligne Bruno Salomon, le directeur de l’usine Vicat de Xeuilley : une fois chauffées et débarrassées de leur eau, les argiles activées pouvaient se substituer au clincker, mais deux obstacles empêchaient d’utiliser le procédé à l’échelle industrielle. "La poudre obtenue était rose", précise Bruno Salomon. "Le marché n’était pas près pour utiliser un béton rose, nous avons donc travaillé pour retrouver une couleur grise." Deuxième problème, la qualité du béton obtenu : "Il fallait absolument rester à iso-performance", insiste le directeur de l’usine de Xeuilley. Concrètement, pas question de mettre sur le marché des bétons de mauvaise qualité sous prétexte que leur procédé de fabrication émet peu de CO2.

"La subvention de 13,2 millions d'euros qui nous a été accordée a été un levier majeur dans la décision d'investir."

Opérant dans 12 pays à travers le monde, le groupe a cherché "partout sur la planète" les argiles dont les propriétés seraient compatibles avec ce traitement dit "d’activation". Et c’est à Xeuilley, à proximité de la cimenterie, là où une filiale du groupe, la Satma, exploite déjà une carrière pour apporter les ingrédients nécessaires à la fabrication du ciment, que les équipes de Vicat ont trouvé les meilleures argiles. "Nous avons testé de nombreux échantillons, en validant les essais réalisés à l’échelle du laboratoire", précise Bruno Salomon. Le procédé permet de réduire les émissions de CO2 de fabrication du ciment de 50 % à 75 %.

Une fois l’étape du pilote industriel franchie, le groupe a pris la décision d’investir fin 2019, avant d’obtenir en décembre 2020 un financement dans le cadre du plan de relance. Les commandes pour les machines sont parties en mai 2021 et les travaux de terrassement du futur site de production sont quasiment terminés : la mise en service est prévue pour le printemps 2023. "L’unité de production va ressembler à une tour d’environ 90 mètres de haut", précise Bruno Salomon. Installée à proximité d’un bâtiment de 1870, destiné à alimenter les fours de la première cimenterie de Xeuilley, lancée par Charles Fisson, cette unité de production est vue comme "un joli retour de l’histoire" par Bruno Salomon. En trouvant ces argiles à proximité de la cimenterie et en lançant cet investissement, le groupe Vicat assure en effet "la pérennité du site de Xeuilley", souligne Didier Petetin.

Un projet dans une stratégie globale

Le four de la cimenterie est déjà alimenté à 85 voire 90 % par des combustibles de substitution aux énergies fossiles.
Le four de la cimenterie est déjà alimenté à 85 voire 90 % par des combustibles de substitution aux énergies fossiles. - Photo : © Vicat

Le projet Argilor s’inscrit dans la stratégie globale du groupe Vicat : pour arriver à la neutralité carbone sur sa chaîne de valeur en 2050, le groupe Vicat s’est déjà donné un objectif pour 2030. "Nous avons déjà réduit nos émissions de 15 % entre les années 90 et 2019. Nous serons à 24 % de baisse en 2030", assure le directeur général délégué du groupe Vicat. Concrètement, la cimenterie de Xeuilley émet aujourd’hui 850 kg de CO2 pour produire une tonne de ciment en utilisant du clincker : avec les argiles activées, les émissions tomberont à 350 kg de CO2 par tonne.

À côté de cet investissement majeur pour le groupe, les équipes de la cimenterie poursuivent leurs efforts pour arriver à sortir des énergies fossiles et les substituer à 100 % par d’autres vecteurs énergétiques, comme les fines de bois, les CSR ou encore des farines. "En rythme de croisière, nous sommes à 85 voire 90 % de substitution. Évidemment, le plus difficile est d’aller vers les 100 %, mais nous sommes bien avancés", estime Bruno Salomon. À l’échelle du groupe Vicat, il faudra encore investir "plusieurs dizaines de millions d’euros" pour sortir des énergies fossiles.

La nouvelle unité de production sera mise en service au printemps 2023.
La nouvelle unité de production sera mise en service au printemps 2023. — Photo : Jean-François Michel

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