Meurthe-et-Moselle

Industrie

SUDP investit pour renforcer sa position d'exception dans le monde de l'usinage

Par Lucas Valdenaire, le 02 septembre 2021

La société d’usinage de précision SUDP, basée à Saint-Mard au sud de Nancy, enchaîne les investissements pour étoffer son parc machines haut de gamme. De quoi consolider sa place de choix auprès des grands industriels de l’aéronautique, de l’aérospatial, du ferroviaire ou encore de la maintenance industrielle.

Le président de SUDP Bertrand Perrin a installé début 2021 son imposante fraiseuse 5 axes à 700 000 euros pour répondre, entre autres, à un gros contrat russe.
Le président de SUDP Bertrand Perrin a installé début 2021 son imposante fraiseuse 5 axes à 700 000 euros pour répondre, entre autres, à un gros contrat russe. — Photo : Lucas Valdenaire

Deux presses plieuses à commande numérique de 110 et 170 tonnes et quatre machines à contrôler, débiter, rectifier et usiner. Voilà l’imposante commande à 1,2 million d’euros passée en fin d’année 2020 par Bertrand Perrin, président et fondateur de la Société d’usinage design et production (SUDP), située dans le village de Saint-Mard, en Meurthe-et-Moselle. L’investissement, qui représente selon ses mots "une très grosse partie du chiffre d’affaires" (non communiqué), a été soutenu à hauteur de 30 % par le plan de relance national au titre du guichet "Industrie du futur". Une demande de subvention a également été déposée sur le bureau de la Région Grand Est.

Trois vagues d’investissements en cinq ans

"Nous prévoyons toujours des investissements à trois ans mais, du fait que nous avons touché des aides non prévues, nous pourrons acheter de nouvelles machines dès la fin 2021 pour un montant avoisinant les 400 000 euros, se réjouit Bertrand Perrin. Ce sera donc la troisième vague d’investissements en moins de cinq ans puisque l’entreprise avait déjà installé en 2017 deux tours à commande numérique et une découpeuse jet d’eau. Elle avait, au passage, agrandi ses locaux de 1 000 m² pour atteindre une surface de production de 3 000 m².

Cette razzia sur les machines de pointe répond à une stratégie assumée : posséder assez d’équipements pour couvrir un maximum de marchés. "Nous travaillons pour tout le monde sauf pour l’automobile, précise Bertrand Perrin. Pour la simple raison que nous ne faisons que des petites séries, entre 20 et 50 pièces. Mais c’est aussi ça qui fait notre force." Ainsi, l’objectif est de conserver un haut niveau de qualité pour de grands industriels toujours plus exigeants comme Airbus ou Ascent Aerospace. "Nucléaire, aéronautique, aérospatial, militaire, agricole ou encore maintenance industrielle, nous allons là où personne ne veut aller, sourit le commercial de la société Jeffrey Bageot. Au vu de la complexité des pièces demandées, de l’outillage, des procédés et des matériaux comme les superalliages, ils sont très peu à pouvoir faire comme nous."

Une fraiseuse à 700 000 euros

Il faut dire que les commandes passées à Saint-Mard sont d’une spécificité rare. Aujourd’hui, SUDP peut être sollicitée pour des QR codes gravés au laser, des cales acoustiques pour les TGV, des pièces de haute précision pour rééquilibrer les assemblages d’avions, des tiges en inox magnétique pour permettre aux satellites de déployer leurs panneaux solaires ou encore des systèmes de verrouillages dédiés aux navires brise-glace. C’est d’ailleurs pour assurer ce dernier gros contrat signé avec un industriel russe que Bertrand Perrin s’est décidé à investir 700 000 euros dans sa fraiseuse 5 axes. "Grâce à elle, nous servons les Russes pour leur flotte navale, mais aussi Airbus pour ses carters d’avions. Comme cette machine réalise les pièces en deux opérations au lieu de cinq, elle nous apporte plus de productivité. D’ailleurs, nous cherchons à recruter pour la faire tourner en 3x8."

"C’est grâce aux salons et au bouche-à-oreille que nous, petite PME perdue à la campagne, nous nous faisons connaître."

En fait, la société qui travaille également avec Keolis pour remettre en état les systèmes directeurs du tramway de Nancy, est en recherche permanente de collaborateurs. À la rentrée, deux nouveaux recrutements s’ajouteront aux deux du printemps 2021. "Mais ce n’est vraiment pas évident, déplore Bertrand Perrin. Cela fait depuis 2017 que nous avons des annonces pour des opérateurs sur Pôle emploi. Nous devrions être 35 au lieu de 28 à l’heure actuelle." Pour se faire connaître auprès des demandeurs d’emploi, le président se rabat sur le réseau Aeriades, Linkedin et même Le Bon Coin.

Et quand il s’agit de se montrer aux industriels, SUDP enchaîne les salons internationaux. "Nous allons au Bourget depuis 18 ans, ce qui est un critère de qualité. Nous allons aussi au Siane de Toulouse, au Business Industries de Saint-Nazaire et au Sepem de Colmar. Chaque année, nous faisons trois salons minimum. C’est grâce à cela et au bouche-à-oreille que nous, petite PME perdue à la campagne, nous nous faisons connaître."

Un chiffre d’affaires en hausse de 38 %

Forte de cette petite renommée, la PME a traversé la crise sans trembler. Malgré la chute brutale du secteur aéronautique, SUDP a vu son chiffre d’affaires augmenter de 38 % sur l’exercice 2019-2020. Et la dynamique semble se confirmer en 2021. "Par exemple, même si nous n’avons sorti aucune pièce de systèmes de trains d’atterrissage depuis le début de l’année, nous travaillons sur l’optimisation du site Airbus à Toulouse Blagnac et sur leurs futurs avions décarbonés", se réjouit Bertrand Perrin.

Le chef d’entreprise en a même profité pour remplacer en début d’année tous ses néons par des Leds. Une facture non négligeable de 24 000 euros afin d’améliorer l’empreinte environnementale du site lorrain qui recycle ses déchets internes, rationne ses emballages et n’utilise plus d’huile à base de pétrole mais de colza transformé à Lyon.

Seule ombre au tableau ? La flambée actuelle des prix et notamment celui de l’acier. "Au lieu d’acheter notre matière première tous les trimestres dans le cadre du contrat avec la Russie, nous avons été contraints d’acheter tout d’un coup et donc de sortir une grosse trésorerie. C’est le prix à payer pour éviter d’éventuelles ruptures de stocks et d’autres augmentations de tarifs. Pour l’instant, nous nous en sortons mais il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps."

Le président de SUDP Bertrand Perrin a installé début 2021 son imposante fraiseuse 5 axes à 700 000 euros pour répondre, entre autres, à un gros contrat russe.
Le président de SUDP Bertrand Perrin a installé début 2021 son imposante fraiseuse 5 axes à 700 000 euros pour répondre, entre autres, à un gros contrat russe. — Photo : Lucas Valdenaire

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