Meurthe-et-Moselle

Commerce

Interview Sébastien Duchowicz (Vitrines de Nancy) : « Un confinement mi-janvier serait le pire des scénarios »

Entretien avec Sébastien Duchowicz, président des Vitrines de Nancy

Propos recueillis par Lucas Valdenaire - 04 janvier 2021

Face à la dégradation de la situation sanitaire dans l’est de la France, le gouvernement a choisi d’avancer le couvre-feu à 18h dans 15 départements dont les quatre lorrains. Sébastien Duchowicz, président des Vitrines de Nancy, une association qui réunit 350 commerçants, dénonce un manque d’anticipation de la part des autorités et redoute un reconfinement « au pire moment » : durant les soldes de janvier.

Sébastien Duchowicz, président des Vitrines de Nancy
Sébastien Duchowicz, président des Vitrines de Nancy, dénonce un manque de clarté et d'anticipation de la part des autorités — Photo : Sébastien Duchowicz

Depuis ce samedi 2 janvier, les commerçants de Nancy doivent fermer à 18h en raison du couvre-feu. Que pensez-vous de cette nouvelle mesure de restriction ?

Sébastien Duchowicz : Cela aurait pu être pire. Nous sommes plutôt soulagés car nous évitons le reconfinement total. Nous sommes également rassurés car nous sommes autorisés à rester ouverts jusqu’à 18h pile et nous pouvons fournir une attestation à nos employés pour qu’ils puissent rentrer chez eux après l’heure dite. Nous avions peur de devoir fermer bien avant : vers 17h, voire 16h30. En revanche, nous espérons que ce n’est pas un dernier avertissement avant un reconfinement total au 15 janvier. Bien sûr, ce couvre-feu avancé nous fait perdre une heure de chiffre d’affaires mais, au niveau sanitaire, nous avons du mal à comprendre ce que cela va changer. Nous allons concentrer les clients à des moments précis de la journée et de la semaine. Cela pourrait même aggraver la situation.

Allez-vous vous mobiliser pour que les autorités reviennent sur leur décision ?

Sébastien Duchowicz : Nous sommes là pour faire du commerce mais nous sommes aussi des êtres humains. La situation sanitaire n’est pas bonne du tout et nous n’allons pas monter au créneau pour fermer plus tard. Nous avons des échanges avec le maire de la ville, et comme lui, nous étions prêts à accepter l’idée d’un reconfinement juste après Noël pendant deux ou trois semaines. S’il fallait se reconfiner, il fallait le faire ce moment-là. L’idée aurait été de rouvrir mi-janvier, juste avant les soldes. Le confinement a une incidence presque immédiate sur le taux d’occupation de nos hôpitaux mais, aujourd’hui, nous sommes proches de la saturation. Si les autorités avaient réagi plus rapidement, nous aurions pu sauver la mise. Un troisième confinement mi-janvier serait le pire des scénarios.

Quelles en seraient les conséquences ?

Sébastien Duchowicz : Cela serait catastrophique car le mois de janvier est très important. On nous a déjà décalés les soldes au 20 janvier, chose que nous ne souhaitions pas. D’habitude, la Lorraine fait exception et se cale sur le Luxembourg en commençant les soldes début janvier. Ce report nous fait déjà perdre les trois premières semaines et si nous sommes confinés mi-janvier, la perte est totale. En termes de chiffre d’affaires, le mois de janvier est aussi important, voire plus important, que novembre et décembre car il permet de liquider les réserves. Un stock qui dort coûte extrêmement cher et nous ne pouvons pas toujours le repasser sur la collection suivante. Cette année, nous tenterons de liquider au maximum mais il est certain que nous perdrons de la marge.

"En 2021, il va y avoir des fermetures définitives, c’est une certitude. Les soucis financiers sont tels que les faillites seront inéluctables"

Comme nous n’avons pas vendu en novembre et que le mois de décembre n’a pas compensé nos pertes, nous n’avons pas d’autres choix que de faire des soldes encore plus importantes. Rajoutez à cela un confinement, pour certains, ce sera la fermeture définitive.

En attendant, pour limiter les pertes de chiffre d’affaires liées à l’avancement du couvre-feu, allez-vous demander d’ouvrir plus tôt que d’habitude ?

Sébastien Duchowicz : Nous n’avons aucune demande à faire en ce sens. C’est le droit du travail et tout commerçant peut ouvrir plus tôt s’il le souhaite. Tant que nous restons dans la légalité du temps de travail, l’État n’a rien à dire. Donc oui, je peux très bien ouvrir à 8h du matin, mais franchement : quels sont les clients qui viendront aussi tôt pour acheter un costume ? Depuis le mois de décembre, les matinées sont très calmes à Nancy. Les clients viennent surtout l’après-midi car il n’y a ni restaurants ni terrasses pour déjeuner. Tout le monde s’offusque en disant qu’il y a trop de monde en ville l’après-midi mais c’est normal : les clients viennent tous au même moment, entre 14h30 et 18h.

Par ailleurs, la préfecture de Meurthe-et-Moselle a répondu favorablement à votre demande d’ouvrir tous les dimanches de janvier. Est-ce un soulagement ?

Sébastien Duchowicz : Les commerces étaient déjà autorisés à ouvrir ce dimanche 3 janvier car c’était, normalement, le début des soldes. Mais l’ouverture dominicale n’est pas la solution miracle car tout le monde n’a pas forcément envie de faire ses achats ce jour-là. En revanche, j’incite les commerçants à ouvrir le midi en semaine ou à tenter de nouvelles expériences de consommation comme la prise de rendez-vous. Nous pouvons très bien faire de la personnalisation de vente et mettre la boutique à disposition sur un créneau horaire bien précis et sur réservation. Tout est possible tant que la demande est là. Simplement, il faut être inventif et accepter de se remettre en cause.

Après une année 2020 difficile, dans quel état d’esprit êtes-vous en entamant cette nouvelle année ?

Sébastien Duchowicz : Je suis anxieux à titre personnel et je le suis pour tous nos collègues. En 2021, il va y avoir des fermetures définitives, c’est une certitude. Les soucis financiers sont tels que les faillites seront inéluctables. Et quand certains commerçants m’appellent, je ne sais plus quoi leur dire. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour les rassurer mais, à un moment donné, ce n’est plus de notre ressort. À vrai dire, nous nous sentons démunis. Nous étions prêts à reconfiner juste après Noël et les autorités ne nous ont pas écoutés. À la place, nous avons eu un couvre-feu au Nouvel an et beaucoup de gens sont restés dormir chez leurs amis. Au niveau sanitaire, c’est une aberration ! D’ailleurs, ce couvre-feu avancé a débuté le 2 janvier mais pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? Tout cela n’a aucun sens. De plus, les informations tombent toujours au dernier moment. Il y a un sérieux manque d’anticipation et de clarté dans les prises de décisions. Je demande aux autorités qu’elles nous disent les choses clairement. Nous sommes des acteurs économiques et nous savons de quoi nous parlons. Nous avons toujours eu des propositions à faire, alors consultez-nous !

Sébastien Duchowicz, président des Vitrines de Nancy
Sébastien Duchowicz, président des Vitrines de Nancy, dénonce un manque de clarté et d'anticipation de la part des autorités — Photo : Sébastien Duchowicz

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