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Loisirs

Pourquoi le fonds Prudentia Capital a misé sur le zoo d'Amnéville au bord de la faillite

Par Jonathan Nenich, le 09 mars 2020

Le fonds d'investissement parisien Prudentia Capital a repris le zoo d’Amnéville qui était au bord de la faillite : une opération à 10 millions d’euros qui comprend un effacement total de la dette qui culminait à 42 millions d’euros. Pour le repreneur, l’enjeu est de remettre le parc animalier sur les rails en investissant.

Dominik Zwerger (à gauche), directeur général du fonds Prudentia Capital, Michel Louis (au centre), fondateur du zoo d'Amnéville, devant le zoo d'Amnéville en Moselle
Dominik Zwerger (à gauche) compte s'appuyer sur la connaissance animalière du fondateur du parc Michel Louis (au centre) pour qu'Amnéville retrouve de sa splendide. — Photo : © Jonathan Nenich

Malgré ses 400 000 visiteurs en 2019 et ses deux mille trois cents animaux visibles toute l’année, le zoo d’Amnéville vivait criblé de dettes. Une ardoise qui s’élevait encore en janvier à 42 millions d’euros. Au bord de la sortie de route, empêtré dans les procédures de redressement judiciaire depuis 2016, l’un des plus grands parcs zoologiques de France, parmi les 350 que compte l’Hexagone, vient d’être sauvé de la faillite par le fonds d’investissement parisien Prudentia Capital. La chambre commerciale du tribunal de grande instance de Metz a autorisé début janvier cette société de gestion à prendre le contrôle du parc animalier mosellan. « Nous avons pris le contrôle en investissant 10 millions avec effacement intégral de la dette », explique Dominik Zwerger, directeur général de Prudentia Capital, qui prend 80 % du capital du parc animalier. Michel Louis, qui a fondé le zoo en 1985 à partir d’un terrain en friches, conserve 14 % des parts, son associé Rémi Flachaire, 6 %.

Retrouver son lustre d’antan

Si Prudentia Capital s’intéresse au zoo d’Amnéville, c’est que ce dernier a un avenir économique. Avant les turbulences qui ont commencé en 2016, « le zoo a toujours gagné de l’argent et en gagnera toujours. Il ne pouvait plus se développer à cause de la dette colossale. Ce n’est plus le cas à présent », explique Dominik Zwerger. La dette a été générée par des investissements lourds menés ces dernières années.

Pour les dirigeants du fonds d’investissement, il s’agit de faire retrouver au zoo d’Amnéville son lustre d’antan. Employant 99 personnes en CDI et faisant appel à 75 travailleurs saisonniers l’été, le parc animalier réalise aujourd’hui 13,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. On est encore loin des résultats records de 2015 où 600 000 entrées (+50 % par rapport à 2019) permettaient au zoo de réaliser 18 millions d’euros de chiffre d’affaires (+33 %). Cette année-là, le zoo dégageait 2,3 M€ de résultat d’exploitation. Le fonds aimerait se rapprocher d’un tel niveau d’activité.

Pour cela, le nouvel actionnaire peut compter sur un marché favorable. « Le zoo continue d’être dans l’ère du temps, avec une forte demande du public pour des week-ends courts passés dans les parcs de loisirs. Le public se tourne de plus en plus vers les séjours courts », affirme Dominik Zwerger. Le dirigeant parisien peut aussi compter sur l’expérience du fondateur du zoo lorrain. « Nous travaillons en synergie avec Michel Louis, qui va continuer de nous apporter son immense connaissance du monde animalier », explique-t-il.

1,5 million d’euros investis chaque année

Pour donner une nouvelle impulsion au parc animalier, Prudentia Capital veut le rendre plus attractif. Ce qui passe par un renouvellement de ses infrastructures. Pour cela, Dominik Zwerger annonce 1,5 million d’euros d’investissement par an. Prudentia Capital a en effet fait le tour des zoos de France et d’Europe pour s’inspirer de ce qui fonctionne et l’adapter au modèle du parc mosellan. « Le zoo de Hanovre réalise 25 millions d’euros de chiffre d’affaires par an notamment parce qu’il apporte un soin particulier aux animaux avec des enclos qui leur permettent d’être actifs (une fausse mer avec des vagues pour les ours par exemple, NDLR) et mise sur des décors fabuleux, à l’image ce que l’on peut trouver aux États-Unis. Le visiteur est dépaysé », identifie Dominik Zwerger.

« Il ne pouvait plus se développer à cause de la dette colossale »

C’est dans cette optique que le fonds a déjà enclenché des investissements pour redessiner le parcours client. « Fin 2020, l’accueil sera refait pour fluidifier les flux. Dans un deuxième temps, nous allons aussi développer une application mobile pour permettre aux visiteurs de se repérer », explique le dirigeant.

Le repreneur pourra compter sur les efforts faits ces dernières années. « Les gros investissements ont déjà été réalisés au cours des 10 dernières années », expose Michel Louis. 20 millions d’euros ont en effet été injectés pour construire la salle Tiger World et 12 millions d’euros ont permis à Amnéville pour créer un parc aux gorilles. Toutefois les choix faits par le parc animalier mosellan font débat dans l’univers du zoo : « Amnéville a des installations de qualité mais la salle fait polémique : Tiger World s’apparente plus au cirque et a engendré des investissements bien trop importants », tempère Rodolphe Delord, directeur du zoo de Beauval et président de l’association française des parcs zoologiques, qui compte 94 adhérents dont le zoo d’Amnéville.

Amnéville s’appuie sur sa dimension européenne

Par ailleurs le zoo d’Amnéville peut compter sur un emplacement géographique idéal. Le parc animalier mosellan est le seul en France à bénéficier d’un tel rayonnement européen avec 20 % de visiteurs allemands et 11 % de Luxembourgeois. « Nous comptons surfer sur la dimension européenne du zoo », précise Henri Masse, conseiller spécial du fonds. Ainsi Dominik Zwerger, qui se rend sur site une fois toutes les deux semaines, compte miser le marketing, la publicité et les réseaux sociaux pour que chacun puisse continuer d’entendre tous ces bruissements, grognements, rugissements, qui déjà attestent d’un rendez-vous atypique.


La course aux investissements dans les zoos français

Les zoos français n'ont plus le choix : pour continuer à exister, il leur faut investir. « Pour fonctionner, il faut réaliser chaque année, en investissements, au moins 15 à 20 % du chiffre d'affaires pour améliorer l’existant, les parcours de visite, et introduire de nouvelles espèces. Les parcs doivent aussi impérativement avoir le souci du bien-être animal », estime même Rodolphe Delord, directeur du zoo de Beauval (Loir-et-Cher) et président de l’association française des parcs zoologiques. À Beauval (70 M€ de CA), 40 millions d’euros viennent ainsi d’être injectés dans une nouvelle serre tropicale de 10 000 mètres carrés de superficie. Pour améliorer leurs résultats, les zoos n’hésitent pas non plus à miser sur l’hébergement. Comptant déjà 18 lodges, le zoo de la Flèche, dans la Sarthe (13,5 M€ de CA) porte un projet de complexe hôtelier de 60 chambres qui devrait ouvrir ses portes en 2022. Ici, l’hôtellerie constitue 20 % de l’activité. L’objectif est même de monter à 50 % sous trois ans. Depuis 2013, le parc développe en effet une offre d’hébergements insolite constituée aujourd’hui de 14 logements installés au cœur des enclos des animaux. Une diversification qui permet au zoo de limiter l’effet de la saisonnalité sur son activité. Le zoo Planète Sauvage (Loire-Atlantique) a aussi investi plus de 2,6 millions d’euros en 2019 pour bâtir 10 chambres avec vue dans son « safari ».

Dominik Zwerger (à gauche), directeur général du fonds Prudentia Capital, Michel Louis (au centre), fondateur du zoo d'Amnéville, devant le zoo d'Amnéville en Moselle
Dominik Zwerger (à gauche) compte s'appuyer sur la connaissance animalière du fondateur du parc Michel Louis (au centre) pour qu'Amnéville retrouve de sa splendide. — Photo : © Jonathan Nenich

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