Meurthe-et-Moselle

Luxe

Pourquoi Daum tire la sonnette d'alarme

Par Jean-François Michel, le 26 février 2019

Face aux exigences des services de l'Etat qui demandent à Daum de réaliser des travaux de mise en conformité du site de production de Vannes-le-Châtel (Meurthe-et-Moselle), la présidente de la cristallerie, Myriam Pariente, tire la sonnette d'alarme : « C'est notre existence qui est en jeu ».

La cristallerie Daum utilise la technique dite « à cire perdue » pour produire des pièces à partir d'une pâte de cristal.
La cristallerie Daum utilise la technique dite « à cire perdue » pour produire des pièces à partir d'une pâte de cristal. — Photo : © Jean-François Michel

« Je ne m’oppose pas à la mise aux normes. La seule chose que je demande, c’est du temps ou de l’aide. » La présidente de la cristallerie Daum, Myriam Pariente, avoue sans détour que son entreprise ne peut pas faire face aux exigences des services de l’État : « Comment voulez-vous que je dépense 3 millions d’euros dans des travaux de mise en conformité, quand mon entreprise ne dégage pas de bénéfices ? »

Fondée en 1878, Daum est propriété depuis 2009 de la Financière Saint-Germain, holding dirigé par Prosper Amouyal et détenant plusieurs sociétés travaillant dans les arts de la table et le luxe, comme la manufacture de porcelaine Haviland ou les cristalleries royales de Champagne. L'entreprise pèse aujourd’hui 12 millions d’euros de chiffre d’affaires, réalisés à 70 % à l’international. Elle emploie 108 salariés et opère depuis trois sites : Paris, Nancy, où sont réalisés les prototypes des pièces en cristal, essentiellement de luxueux objets de décoration, et Vannes-le-Châtel, où est réalisée la production.

Des travaux de mise en conformité à 3 M€

C’est ce dernier site de Meurthe-et-Moselle qui est actuellement dans le collimateur des services de l’État, lesquels demandent la réalisation de travaux de mise en conformité autour de la protection incendie et de la protection des milieux aquatiques. Travaux qui se traduisent par une enveloppe estimée entre 2,5 et 3 millions d’euros.

« Nous avons investi dans l’immatériel, dans le confort des salariés... mais aujourd’hui, je ne peux plus rien entreprendre. »

Fin juillet dernier, le préfet de Meurthe-et-Moselle, Eric Freysselinard et André Rossinot, le président de la Métropole du Grand Nancy, ont déjeuné avec Prosper Amouyal pour trouver un terrain d’entente. Le projet d’arrêté prévu par les services de l’État exigeait que la mise aux normes soit réalisée dans un délai de 12 à 24 mois. Daum voulait obtenir une prolongation jusqu’à 6 ou 8 ans : l’arrêté préfectoral du 21 septembre donne finalement 3 ans à l’entreprise pour se mettre en conformité.

« Cet arrêté m'étrangle »

« Le site de Vannes-le-Châtel n’est pas en ruine, nous y avons d’ailleurs investi », souligne Myriam Pariente. 500 000 € ont notamment été injectés dans un monte-charge dans l’unité de production et dans des travaux sur le bâtiment. « Nous avons investi essentiellement pour le confort des salariés », souligne la présidente de Daum. 

L'arrêté préfectoral intervient dans un contexte compliqué pour la cristallerie, qui cherche aujourd’hui à réinventer des canaux de distribution, tout en mettant en avant de grandes signatures d’artistes pour attirer une clientèle aisée. « Nous investissons dans l’immatériel : quand vous travaillez 3 ans pour sortir un aigle en cristal de 2,4 mètres de haut signé Madeleine van der Knoop, vous investissez sur l’image à l’international d’une maison qui a 140 années d’existence », précise Myriam Pariente.

Vénérable maison, Daum est aussi condamnée à innover pour répondre aux normes environnementales. La cristallerie cherche à substituer le sel de nickel utilisé dans le process de fabrication par un nickel biosourcé, dans le cadre d’un projet mené en collaboration avec la start-up Econick. Autre sujet : piéger le plomb dans les pièces grâce à un revêtement développé en collaboration avec le Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers, le Cerfav. « Mais aujourd’hui, je ne peux plus rien entreprendre », lâche Myriam Pariente. « Cet arrêté m'étrangle. »

La cristallerie Daum utilise la technique dite « à cire perdue » pour produire des pièces à partir d'une pâte de cristal.
La cristallerie Daum utilise la technique dite « à cire perdue » pour produire des pièces à partir d'une pâte de cristal. — Photo : © Jean-François Michel

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