Grand Est

Transport

Ports lorrains : vers un concessionnaire unique

Par Jean-François Michel, le 24 novembre 2020

La Région Grand Est et les Voies navigables de France ont abandonné la démarche visant à créer une Société d’économie mixte à opération unique au profit d’une simple concession pour piloter les ports lorrains unifiés. Un changement juridique qui ouvre une période de transition.

En 2018, la direction territoriale Nord-Est des VNF a investi 17 millions d'euros dans son réseau, soit 65% de son budget total.
Le trafic de marchandises sur la Moselle a encaissé un recul de 15% lors du premier confinement. — Photo : © VNF

« Nous avons décidé de stopper temporairement la démarche. » Le président de la Région Grand Est, Jean Rottner, pèse ses mots pour annoncer l’abandon de la mise en place d'une Société d’économie mixte à opération unique, la SEMOP, qui devait devenir opérationnelle au 1er janvier 2021, avec aux manettes un consortium formé de la CCI de Meurthe-et-Moselle, la Compagnie Française de Navigation Rhénane (CFNR) et ArcelorMittal pour exploiter l’ensemble des ports lorrains le long de la Moselle.

La raison ? « La crise sanitaire », avance Jean Rottner, soutenu par le président du conseil d’administration de Voies navigables de France (VNF), Laurent Hénart : « Qui peut aujourd’hui présenter un plan d’affaires à 30 ans, en pleine crise sanitaire ? » Indiquant avoir entendu les interrogations formulées par le maire de Metz, François Grosdidier, le président de la Région Grand Est affirme agir aujourd’hui avec une seule ambition : « La réussite de ce port ». Jean Rottner utilise le singulier, car sur le fond, l’objectif de la démarche ne change pas : unifier les ports lorrains le long de la Moselle.

Vers une gouvernance plus ouverte

Concrètement, le Syndicat mixte ouvert (SMO) des ports lorrains, structure chargée de la gestion et du développement des ports lorrains, de Toul jusqu’à Cattenom, a déjà demandé aux deux opérateurs actuels, la CCI de Meurthe-et-Moselle et CFNR Transports, de prolonger de six mois les contrats de gestion, soit jusqu'au 1er juillet 2021. Le 4 décembre, le SMO, qui rassemble pour l’instant VNF et la Région Grand Est, va relancer une procédure pour trouver un exploitant unique pour une « période de transition d'une durée de trois ans », précise Rémy Sadocco, président du Syndicat mixte ouvert des ports lorrains. Ce délai sera utilisé « pour préparer le futur mode de dévolution de l’exploitation des ports dans la durée », à savoir la mise en place d'une concession.

« Nous avons aussi la volonté d’ouvrir la gouvernance du syndicat », précise Jean Rottner, laissant entendre que les collectivités concernées, comme Thionville, Metz ou Nancy, pourraient s’impliquer au nouveau tour de table du SMO.

7 millions d’euros d'investissements

Pendant cette période de transition d’environ trois ans, le président de la Région Grand Est s’est engagée à investir 7 millions d’euros sur les ports lorrains, sans préciser vers où seraient fléchés les investissements. Au final, l’objectif reste de trouver « un opérateur privé qui sera le concessionnaire unique des ports lorrains », résume le président du conseil d’administration de Voies navigables de France.

Au cours de la première procédure d’appel d’offres lancée par le SMO en avril 2019, les opérateurs privés ne s’étaient pas bousculés pour répondre à ce dossier complexe. En un peu moins de 15 ans, le trafic sur la Moselle canalisée jusqu’à l’écluse frontière d’Apach, à la sortie de la Moselle vers le Nord, a été divisé par deux pour atteindre 4,5 millions de tonnes.

La concession, un modèle plus simple ?

Lors du premier confinement, le trafic s’est encore contracté de 15 %, indiquent les services de VNF en Lorraine. « Et le choc du deuxième confinement est à nouveau brutal », précise Laurent Hénart, qui laisse entendre que le consortium formé par la CCI de Meurthe-et-Moselle, ArcelorMittal et CFNR Transport, consortium appelé Société des ports de Lorraine et qui devait avoir la majorité au capital de la défunte SEMOP, serait le mieux à même de répondre au défi que constitue le redressement du trafic sur la voie d’eau en Lorraine.

« Le problème, c’est qu’en Allemagne ou au Pays-Bas, l’objet juridique SEMOP, ils ne connaissent pas », justifie le président du conseil d’administration de Voies navigables de France. « Une simple concession, c’est beaucoup plus lisible. » L’enjeu réaffirmé pour le futur port unifié de Lorraine est de devenir un « hinterland », une zone d’influence crédible pour les ports de dimension mondiale des Pays-Bas. « Et il faut y aller, car le Rhin est un axe fort et organisé », détaille Laurent Hénart. « Et la création d’Haropa, qui regroupe les Ports de Paris, Rouen et du Havre sur l’axe Seine, va constituer un autre axe fort. »

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail