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Industrie

Malgré la flambée des prix de l’énergie, Lucart lance son plan d’investissement de 80 millions d’euros

Par Jean-François Michel, le 26 septembre 2022

Confronté à l’explosion des prix de l’énergie et de la matière première, Alessandro Pasquini, le dirigeant du site vosgien du papetier italien Lucart, pilote son usine avec les yeux rivés sur les marges.

Parmi les investissements que le papetier italien Lucart va lancer dans son usine des Vosges, l'installation d'une chaudière biomasse est primordiale pour réduire ses coûts énergétiques.
Parmi les investissements que le papetier italien Lucart va lancer dans son usine des Vosges, l'installation d'une chaudière biomasse est primordiale pour réduire ses coûts énergétiques. — Photo : Jean-François Michel

Pour l’instant, il n’est pas question d’arrêter de produire. "Nous avons la chance d’être positionné sur des produits de première nécessité, comme le papier toilette, donc le marché tient", explique Alessandre Pasquini, le président de Lucart France. L’usine française du papetier italien Lucart (CA : 540 M€ ; 1 700 salariés), basée à Laval-sur-Vologne, dans les Vosges, produit des papiers d’hygiène, ces papiers utilisés au quotidien comme le papier toilette ou les rouleaux d’essuyage.

Dans les Vosges, Lucart France a réalisé 93 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021, pour un effectif de 340 personnes, et 2022 devrait rester comme une année correcte. "En termes de volumes", prévient Alessandro Pasquini. "Parce qu’en termes de marges… Aujourd’hui, ce n’est pas un problème d’activité, mais un problème de marges. La complexité vient surtout de l’effet de décalage entre des augmentations très fortes et immédiates des prix de l’énergie ainsi que des matières premières, et les nécessaires et indispensables répercussions sur les prix de vente. "

Une nécessité de répercuter les hausses sur les prix de vente

Avec un prix du gaz multiplié par cinq, "voire au-delà", d’après le président de Lucart France, et une matière première qui a doublé "en moins d’un an", le danger pour la papeterie vosgienne est de produire à perte. Au-delà des optimisations des process de l’usine, la situation a poussé l’équipe de Lucart à renégocier avec ses clients pour passer des hausses de tarifs. "Compte tenu de la structure de coût de notre industrie papetière, vous pouvez inventer tout ce que vous voulez, mais il y a une nécessité de répercuter tout cela dans les prix de vente", se désole Alessandro Pasquini.

Alessandro Pasquini, président de Lucart France.
Alessandro Pasquini, président de Lucart France. - Photo : Giorgio Leone

Si les négociations ne sont pas présentées comme "simples" par le dirigeant italien, "la compréhension est là. Les impacts sont tellement évidents que la prise de conscience est là. Ensuite, comme dans chaque négociation, il y a le jeu de chaque partie. Mais les faits objectifs justifient notre demande".

Ce contexte de marché délicat vient aussi bousculer le plan d’investissement lancé par Lucart France dans les Vosges. Nouveau centre logistique, nouvelle machine à papier, nouvelles lignes de transformation et nouvelle chaudière biomasse : l’industriel va investir 80 millions d’euros à Laval-sur-Vologne. Mais le contexte "met beaucoup de pression sur tous les projets d’investissement et nous pousse à faire les choses correctement, sans prendre de risques excessifs", estime Alessandro Pasquini.

Une chaudière utilisant des déchets du bois

Si certains "sous-projets" de ce vaste chantier seront "décalés et réajustés" par rapport à l’évolution du marché, le président de Lucart France confirme son intention de transformer le site vosgien. L’installation de la chaudière biomasse est primordiale parce que cela aura un impact direct sur les coûts de l’énergie", précise le dirigeant. Lucart France va en effet mettre en service une nouvelle chaudière biomasse d’une puissance de 7,5 mégawatts, pour un investissement d’environ 6 millions d’euros.

"À terme, la biomasse va fournir la majorité du besoin thermique en vapeur", détaille le président de Lucart France. Un chantier qui va permettre au site de réduire ces émissions de 12 000 tonnes de CO2, pour un total actuel de 20 000 tonnes de CO2 émis, mais surtout réduire la dépendance de l’usine au gaz : cette nouvelle chaudière va brûler de la "plaquette forestière, un sous-produit de l’industrie du bois, dont les circuits d’approvisionnement, dans un département comme les Vosges, sont assez proches et ne posent aucun problème".

Une décision stratégique dont se félicite aujourd’hui Alessandro Pasquini : "Notre hypothèse, c’est que les prix de l’énergie vont rester soutenus encore pour plusieurs années. Revenir aux prix que nous avons connus au cours des 4 ou 5 dernières années, ça va être difficile… Il faut donc s’adapter et nous étions déjà sur une dynamique de changement de technologie énergétique, pour aller vers la décarbonation de nos activités".

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