Meurthe-et-Moselle

Industrie

À Lexy, ArcelorMittal va augmenter sa production de tubes en acier

Par Jean-François Michel, le 10 mai 2021

Le géant de la sidérurgie, ArcelorMittal, vient de lancer dans l’usine de Lexy, en Meurthe-et-Moselle, le label "Véritube", pour identifier les tubes en acier produits en France : le dernier outil d’une stratégie qui vise à retrouver des volumes de production importants sur un marché porteur.

Le site ArcelorMittal de Lexy stocke actuellement assez de tubes pour construire une tour Eiffel.
Le site ArcelorMittal de Lexy stocke actuellement assez de tubes pour construire une tour Eiffel. — Photo : Jean-François Michel

"Ce label doit non seulement nous aider à vendre, mais aussi à faire savoir que nous sommes revenus dans la course." L’usine de Lexy, en Meurthe-et-Moselle, dirigée par Sylvain Santrisse, le directeur général d’ArcelorMittal Tubular Products Lexy, est le premier site du sidérurgiste à fabriquer des tubes d’aciers sous le label "Véritube", qui permet d’identifier une production réalisée en France, "de la bobine d’acier au produit fini".

Un nouvel outil pour le groupe (CA : 53,3 milliards de dollars ; effectif : 191 000), qui entend augmenter la production réalisée sur le site de Lexy, pour passer de "4 500 tonnes par mois actuellement, à 7 000 tonnes par mois", précise Sylvain Santrisse. Un niveau encore loin de la capacité maximum du site, qui est d’environ 200 000 tonnes par an, mais qui doit permettre au groupe de reprendre pied sur un marché porteur. Les tubes en acier d’ArcelorMittal servent les marchés de l’agriculture, de la construction, des équipements industriels ou encore de l’énergie. "À l’échelle de l’Europe, nous produisons 600 000 tonnes par an, mais ce n’est pas assez pour répondre à la demande", souligne Adrian Alecu, directeur des ventes pour l’Europe d’ArcelorMittal Downstream Solutions. "La reprise post-Covid est là, et elle est bien plus forte qu’attendue."

Optimiser l’utilisation de l’outil industriel

Lors du rachat du site de Lexy par ArcelorMittal, en 2017, le sidérurgiste avait prévu d’investir un million d’euros par an jusqu’en 2024. "Nous en sommes à plusieurs dizaines de millions d’euros d’investissement", affirme aujourd’hui Sylvain Santrisse, qui préfère rester discret sur le montant exact. L’année 2021 sera marquée par un nouvel investissement en "centaines de milliers d’euros", injectés dans une nouvelle génératrice de soudure sur la deuxième ligne de production à froid : pour produire un tube, les équipes du sidérurgiste partent d’une bobine d’acier plat, qui est déroulée pour former une feuille avant d’être repliée grâce à des galets jusqu’à en faire un tube, qui est refermé par une soudure. "Cette nouvelle machine va souder 10 % plus vite, c’est ce que nous allons gagner en productivité", souligne Sylvain Santrisse.

Toujours avec pour objectif d’augmenter la production, Sylvain Santrisse travaille au recrutement d’une quatrième équipe dédiée à la première ligne à froid, soit quatre personnes. Actuellement, la production est organisée en 2x8 avec trois équipes. "Nous arriverons à produire 7 000 tonnes par mois d’ici à la fin de l’année grâce à une meilleure utilisation de notre outil", estime Sylvain Santrisse. Produire plus passe donc par des actions de formation, menées avec l’appui des équipes d’ArcelorMittal Tubular Products Europe. L’entité ArcelorMittal Tubular Products France, qui emploie 500 salariés, compte sept implantations : Hautmont dans le Nord, Vitry-le-François dans la Marne, Chevillon en Haute-Marne, Fresnoy dans l’Aisne, Vincey dans les Vosges, Rettel en Moselle et Lexy en Meurthe-et-Moselle, chaque site étant dédié à un segment de marché particulier.

Des galets permettent de donner aux tubes la forme souhaitée par le client.
Des galets permettent de donner aux tubes la forme souhaitée par le client. - Photo : Jean-François Michel

La reprise du site de Lexy, jusqu’alors propriété du groupe espagnol Condesa, en perte de vitesse depuis la crise de 2008, n’a pas été un "long fleuve tranquille", de l’aveu même du directeur général d’ArcelorMittal Downstreams Solutions, Cédric Bouzar. "Lorsque j’ai découvert l’usine de Lexy au moment de la reprise, j’ai été choqué par le niveau de travail à accomplir". Quatre ans après, l’usine de Lexy est devenue "une des plus profitables du groupe sur le tube en France", assure Cédric Bouzar.

Vers une protection européenne ?

Pour le groupe, le pari n’est pas évident : l’industrie française du tube en acier a en effet complètement décroché en quelques années : "En 2008, les industriels produisaient 1,5 million de tonnes de tubes en France, contre 500 000 tonnes en 2018. En dix ans, la production a été divisée par trois", précise François Michalet, le président du Syndicat de l’industrie française du tube d’acier. "Des chiffres qui s’expliquent par des fermetures de capacités, qu’on ne pourra pas retrouver." Pour les sites français d’ArcelorMittal, il faut donc aujourd’hui lutter contre la concurrence européenne, mais aussi contre les produits venus d’Inde, de Chine ou de Turquie. En juin, la Commission européenne doit révéler les conclusions d’une enquête sur la sauvegarde des produits sidérurgiques. "Et il est possible que des mesures visant à limiter les volumes importés dans l’Union soit réactivées", affirme François Michalet.

Conjugué à la stratégie de marque déployée par ArcelorMittal avec Véritube, ce rempart législatif pourrait permettre à l’activité "tube" du sidérurgiste de se repositionner en France, pays qui absorbe 50 % de la production réalisée à Lexy, quand les autres usines exportent à 70 %. "Quand 80 % du coût de revient d’un tube est dans la matière première, vous ne pouvez pas compresser les coûts indéfiniment", assure le président du Syndicat de l’industrie française du tube d’acier. "Et si un industriel peut apporter des garanties sur la valeur créée par ces produits, comme avec le label Véritube, le prix n’est plus la seule référence pour ses clients."

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