Moselle

Industrie

Le pôle Stellantis de Trémery-Metz progresse dans sa maîtrise des motorisations électriques

Par Philippe Bohlinger, le 20 décembre 2022

Le constructeur Stellantis a inauguré ce 19 décembre sur son site de Trémery (Moselle) sa première ligne d’assemblage de propulsions électriques. Ces nouveaux ateliers conçus dans le cadre d’une co-entreprise avec Nidec Leroy-Somer ont mobilisé plus de 100 millions d’euros d’investissement.

Emotors prévoit d'employer 700 salariés en 2024 dans l'assemblage d'un million de machines électriques.
Emotors prévoit d'employer 700 salariés en 2024 dans l'assemblage d'un million de machines électriques. — Photo : Philippe Bohlinger

Le site d’assemblage de moteurs du groupe Stellantis à Trémery (Moselle) accélère dans sa transition vers une mobilité bas carbone. Le sixième groupe automobile mondial y a inauguré ce 19 décembre son usine de propulsions électriques Emotors en présence de Carlos Tavares, directeur-général de Stellantis et Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’Industrie. "Cette transformation n’est pas une addition, car il s’agit ici de transformer l’ancien monde, pour qu’il devienne le nouveau monde. À Trémery, cette transformation prend tout son sens, puisque nous allons transformer une usine de moteurs thermiques en une usine de moteurs électriques", a introduit Carlos Tavares. Le groupe issu de la fusion des constructeurs PSA (Peugeot-Citroën) et FCA (Fiat Chrysler Automobiles) en janvier 2021 a pour objectif de commercialiser dès 2030, 100 % de véhicules électriques en Europe, conformément à son plan stratégique Dare Forward 2030.

Ce passage dans une nouvelle ère a impliqué pour le géant Stellantis de nouer une collaboration inédite avec Nidec Leroy-Somer (6 200 personnes). Cette filiale du japonais Nidec fabrique une large palette de moteurs électriques, aussi bien pour les vibreurs de smartphones que pour les véhicules. Avec Stellantis, l’industriel a fondé la co-entreprise Emotors détenue à parts égales par les deux partenaires.

"Nous savions déjà fabriquer des tractions pour des voiturettes de golf ou encore pour des bus. Avec Emotors le challenge a été d’atteindre de hautes cadences de production pour une gamme allant de 70 à 240 kilowattheures", précise Laurent Demortier, président de Nidec Leroy-Somer.

Emotors a investi plus de 100 millions d’euros pour industrialiser sa technologie, rénover 30 000 mètres carrés d’anciens ateliers d’usinage à Trémery et y installer un premier atelier de production. Pour Ghislain Boiteau, président d’Emotors, "c’est un rêve qui devient réalité. Nous sommes partis en 2018 d’une feuille blanche et nous voilà aujourd’hui dans notre première usine. Notre mission va être de concevoir les moteurs de demain, à fort rendement, à haute compacité pour les véhicules Stellantis, mais pas seulement".

Première Jeep électrique

La nouvelle ligne devrait produire 240 000 propulsions électriques en 2023. "Ces moteurs électriques vont équiper des véhicules de segment B qui ont une autonomie supérieure à 400 km, et tout particulièrement la toute première Jeep électrique, la Jeep Avenger. C’est une particularité que je trouve savoureuse de la fusion entre FCA et PSA", a insisté Carlos Tavares. Ce modèle, la première version électrique de l’histoire de la marque américaine Jeep, avait été présenté au dernier Mondial de l’automobile. La motorisation équipera aussi les nouvelles DS3 e-Tense, les nouvelles Peugeot e-208 et Open Mokka Electric.

À ces fins la co-entreprise se prépare à monter en cadence. À l’horizon 2024, la capacité de ses ateliers mosellans devrait être quadruplée en vue d’assembler 1 million d’unités par an. À cet horizon, la co-entreprise devrait employer 700 salariés, contre un peu plus de 180 à l’heure actuelle.

La propulsion électrique est composée (de gauche à droite) d'un stator (ici inséré dans son carter), d'un onduleur et d'un stator.
La propulsion électrique est composée (de gauche à droite) d'un stator (ici inséré dans son carter), d'un onduleur et d'un stator. - Photo : Philippe Bohlinger

Concrètement, Emotors va fournir aux lignes d’assemblage Stellantis de Trémery, la "machine électrique", autrement dit la partie propulsion du moteur. Cette machine électrique est composée d’un rotor et d’un stator fabriqués par Emotors. Ces deux composants sont insérés dans un carter en aluminium fabriqué par la fonderie Stellantis de Charleville-Mézières (Ardennes). Le tout est coiffé d’un onduleur, la partie en charge du pilotage électronique.

Avec son association avec Nidec Leroy-Somer, Stellantis compte obtenir le même niveau d’intégration dans la fabrication de moteurs électriques que celui qu’il a atteint pour les moteurs diesel. En effet, Trémery importait auparavant ses rotors et stators d’Asie. Demeure l’onduleur fourni par deux équipementiers, un Américain et un Asiatique. Emotors planche d’ores et déjà sur la fabrication de ce composant. Pour aider la co-entreprise dans sa recherche-et-développement, la Banque européenne d’investissement a annoncé ce 19 décembre la signature avec elle d’un nouveau contrat de financement d’un montant de 85 millions d’euros.

Production de moteurs essence doublée

La gigafactory de batteries de Douvrin (Pas-de-Calais) dont l’inauguration est attendue l’an prochain, devait encore renforcer l’intégration industrielle du constructeur qui emploie plus de 400 000 personnes dans le monde. Jean Rottner, le président de la Région Grand Est, a évoqué pour sa part les projets en cours dans le Nord de l’Alsace, en vue d’extraire et de raffiner le lithium, une terre rare utilisée dans la fabrication des batteries.

L’année 2023 promet d’être intense pour le site de Trémery où travaillent 2 500 salariés Stellantis. En effet, parallèlement à la montée en cadence d’Emotors, le site va continuer d’assembler des moteurs électriques (1 300 par jour), diesels (3 500 par jour) et essences (700 par jour).

Au premier trimestre prochain, l’usine se prépare également à doubler sa production de moteurs essence. Elle va en effet débuter l’assemblage d’une motorisation sur laquelle viendra se greffer la boîte de vitesses électrifiée e-DCT fabriquée sur le site Stellantis de Metz. Destinée à l’hybridation légère (non rechargeable), cette nouvelle transmission devrait offrir un gain de 15 % en consommation énergétique. Cette propulsion thermique assistée par l’électrique doit permettre à Stellantis de faire la jonction vers 2035, date d’interdiction de la vente de véhicules thermiques dans l’Union européenne. Pour boucler la boucle, cette boîte de vitesses e-DCT va utiliser les rotors et les stators fabriqués par Emotors.

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