Meurthe-et-Moselle

Industrie

Le fabricant d'engins de nettoyage Mathieu veut se relancer avec la balayeuse électrique

Par Jean-François Michel, le 04 novembre 2021

Installé à Toul en Meurthe-et-Moselle, le fabricant d’engins de nettoyage de voirie Mathieu s’apprête à mettre sur le marché un modèle électrique. Si la pénurie de composants a retardé la mise au point du prototype, certains clients de la PME, filiale du groupe bordelais Fayat, attendent impatiemment cette nouvelle balayeuse.

Filiale du groupe Fayat, Mathieu dispose d’un carnet de commandes de 5 mois et demi.
Filiale du groupe Fayat, Mathieu dispose d’un carnet de commandes de 5 mois et demi. — Photo : Jean-François Michel

Les derniers composants, venus d’Italie, doivent arriver cette semaine. "Je viens d’avoir la confirmation", souffle Olivier Collineau, le directeur général adjoint de Mathieu. Avec ces pièces, le fabricant d’engins de nettoyage de voiries, installé à Toul, pourra enfin terminer le prototype d’un modèle de balayeuse électrique. "Nous devons faire face à des ruptures de composants presque tous les jours", se désole le dirigeant, qui a pris la direction de la PME lorraine en septembre 2020.

Filiale du groupe bordelais Fayat, qui pèse 4,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie 21 505 personnes, Mathieu fait partie de la branche "Fayat Environnement Solutions" du groupe, qui réalise 150 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 550 salariés. Une branche qui revendique aujourd’hui une place de numéro un mondial parmi les fabricants de balayeuses, après le rachat de l’Italien Dulevo, qui réalise 70 millions d’euros d’activités avec 200 salariés.

Les prix augmentent, les marges baissent

"Chez Mathieu, nous réalisons environ 17 % du chiffre d’affaires de la branche dans les petites machines", précise Olivier Collineau. Concrètement, la PME lorraine est spécialisée dans les balayeuses capables d’emporter de 1 à 2 mètres cubes de déchets, quand deux autres filiales du groupe Fayat, Ravo aux Pays-Bas et Scarab au Royaume-Uni, mettent sur le marché des balayeuses pouvant atteindre la taille d’un camion. Mathieu, qui emploie 115 salariés, a bouclé en octobre l’exercice 2021 sur un chiffre d’affaires de 57 millions d’euros, pour un résultat net de 1,8 million d’euros. Sur l’exercice précédent, l’entreprise avait réussi à sortir un résultat net de 2,9 millions d’euros pour 59 millions d’euros d’activité. "Quand les prix des composants augmentent, c’est notre marge qui se réduit", s’inquiète Olivier Collineau. Certaines pièces, comme la cuve des balayeuses, ont augmenté de 40 % lors de la sortie de crise.

Malgré le contexte, l’entreprise a vendu 379 machines lors du dernier exercice, quand le point d’équilibre de la PME se situe autour de 250 machines. Pour autant, ce chiffre des ventes ne rassure pas le directeur général. "Lors du premier confinement, nous avons fait le choix de mettre l’entreprise en sécurité, en arrêtant la production un mois", détaille Olivier Collineau. "Rétrospectivement, c’était une erreur. Il aurait fallu commander des pièces, faire du stock pour préparer la reprise et repartir très fort."

Le directeur général ne se satisfait pas des cinq mois et demi de visibilité que lui offre son carnet de commandes. "Prendre des commandes, c’est bien, mais il faut pouvoir livrer dans des délais raisonnables. Et avec les problèmes d’approvisionnement sur les composants, qui se rajoutent aux problèmes de recrutement, c’est de plus en plus difficile", explique Olivier Collineau.

Paris attend la version électrique

Si la stratégie adoptée lors de la crise sanitaire n’a pas permis à Mathieu de se relancer rapidement, la PME va pouvoir compter sur un nouvel atout : "Notre prototype de balayeuse électrique est très prometteur", assure Olivier Collineau. Imaginée par l’équipe d’une quinzaine de personnes composant le bureau d’études, cette nouvelle balayeuse sera propulsée par un moteur électrique, émettra très peu de CO2 par rapport à la version diesel, et disposera en série d’un système de mesure des consommations de l’engin et d’une balise GPS, permettant de mesurer les coûts d’exploitation. "Nous avons déjà quatre balayeuses, en version thermique, équipées de ce système, appelé Tierra, en fonctionnement à Paris", détaille Olivier Collineau.

Dans la capitale, la version électrique de la balayeuse Mathieu est attendue de pied ferme, l’enjeu étant de présenter le meilleur visage de Paris pour les JO 2024. Depuis 2017, Mathieu a livré 220 machines pour la Propreté de Paris, quand la durée de vie d’un engin est d’environ 5 ans. "Nos clients veulent des démonstrations pour passer commande, mais jusqu’à présent, nous n’étions pas prêts", concède Olivier Collineau, qui estime que le "virage électrique" dans l’univers des balayeuses sera négocié en 2024.

Dans l’atelier de 3 000 m² dédié à la production des balayeuses Mathieu, une zone sera réservée aux versions électriques : un investissement d’environ 200 000 € sera nécessaire pour équiper l’espace de ponts roulants et refaire un environnement de travail conforme aux normes actuelles. Fondée en 1923, la PME opère toujours depuis son site historique, aujourd’hui complètement cerné par des habitations. "Pour remettre le bâtiment aux meilleures normes, il faudrait investir 1,5 million d’euros", estime le directeur général, qui porte un projet visant à rassembler l’usine de Toul avec la plateforme dédiée au SAV, installée à Velaine-en-Haye, à quelques kilomètres de Toul.

Filiale du groupe Fayat, Mathieu dispose d’un carnet de commandes de 5 mois et demi.
Filiale du groupe Fayat, Mathieu dispose d’un carnet de commandes de 5 mois et demi. — Photo : Jean-François Michel

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