Vosges

BTP

Le constructeur bois Socopa continue d'investir malgré les turbulences

Par Lucas Valdenaire, le 01 septembre 2021

En dépit des pénuries de matériaux, des hausses de prix et du manque de vocations dans le BTP, le constructeur bois Socopa investit un million d’euros pour renouveler ses machines et agrandir ses bureaux. Le groupe de Vagney (Vosges) renouvelle également ses actionnaires pour confirmer sa dynamique sur le long terme.

Pierre Castien, qui vient de s’entourer de nouveaux fonds d’investissement, détient désormais plus de 50 % des parts du groupe.
Pierre Castien, qui vient de s’entourer de nouveaux fonds d’investissement, détient désormais plus de 50 % des parts du groupe. — Photo : Lucas Valdenaire

Le constructeur bois de maisons individuelles et bâtiments collectifs Socopa, fondé à Vagney (Vosges) en 1968, s’apprête à investir plus d’un million d’euros sur les douze prochains mois. L’objectif principal est de moderniser la chaîne robotisée de l’atelier. Certaines machines dépassent les dix ans d’âge et pour accélérer la fabrication de panneaux en ossature bois, il faut les remplacer. "Tout est posé ici, rappelle le président Pierre Castien. Isolation, vêture extérieure, bardage et menuiseries. Nous avons un mélange de préfabrication industrielle avec des outils à commandes numériques et de travaux manuels faits en ateliers parce que les conditions au sec et au chaud sont bien meilleures que sur les chantiers."

Socopa compte près de 130 salariés et produit 60 000 m² de panneaux en ossature bois chaque année.
Socopa compte près de 130 salariés et produit 60 000 m² de panneaux en ossature bois chaque année. - Photo : Lucas Valdenaire

Avec ce nouvel investissement, le dirigeant vosgien veut proposer des panneaux plus grands (3,20 mètres contre 3 mètres actuellement) et surtout augmenter ses capacités de production de 15 %, soit 10 000 mètres carrés de panneaux supplémentaires par an (contre 60 000 à ce jour). Il compte également améliorer les conditions de travail de ses collaborateurs en supprimant plusieurs tâches répétitives. "Par exemple, nos opérateurs ne devront plus clouer manuellement nos assemblages. Une cloueuse automatique prendra le relais." De plus, les bureaux seront agrandis de 150 mètres carrés. "Car nous avons besoin d’accueillir plus de personnel sur le site, annonce Pierre Castien. Une douzaine de recrutements sont prévus cette année et nous recherchons des poseurs, des conducteurs de travaux, des commerciaux et des ingénieurs d’études." Socopa compte aujourd’hui près de 130 salariés.

Une dynamique freinée par la crise

Or, la mission n’est pas simple car la main-d’œuvre se fait rare. Problème : à ce manque de vocation s’ajoute une inquiétante pénurie de matériaux. "Nous constatons des délais plus longs sur les menuiseries, les aciers pour le béton, les rails pour le placo. Bref, l’ensemble de la filière bâtiment est sous tension et certains de nos chantiers ne démarrent pas à la vitesse voulue." Quant aux prix, ils s’envolent. Celui du bois a presque doublé en quelques mois. "Mais de l’autre côté de la chaîne, nos prix sont verrouillés et nous nous prenons un important effet de marge, rappelle le président de Socopa. Certains clients ont aussi décidé d’arrêter leurs travaux car ils connaissent une forte hausse de leurs devis et préfèrent attendre pour y voir plus clair."

En conséquence, le groupe prévient qu’il n’atteindra pas les résultats souhaités. Après avoir réalisé 29 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé en 2019 et 35 millions d’euros en 2020, Socopa en espérait cinq de plus pour 2021. Mais nous ne livrerons pas le budget prévu, déplore Pierre Castien. Alors il faut s’adapter et courber l’échine. Aujourd’hui, la difficulté est de concilier un carnet de commandes important et cet embouteillage à la sortie. Sur le deuxième semestre, nous n’aurons pas un niveau d’écoulement conforme à nos attentes. Notre métier, c’est de produire, mais la pénurie nous pénalise. Cela va nous coûter de l’argent et provoquer de la frustration chez nos clients."

En investissant dans de nouvelles machines, le constructeur bois de Vagney compte augmenter sa production annuelle de 15 %.
En investissant dans de nouvelles machines, le constructeur bois de Vagney compte augmenter sa production annuelle de 15 %. - Photo : Lucas Valdenaire

Socopa, vaisseau amiral d’une holding regroupant une agence luxembourgeoise et deux sociétés françaises de promotion immobilière et d’aménagement foncier, traite essentiellement avec des particuliers mais aussi des collectivités publiques, des bailleurs sociaux et de grands promoteurs comme Nexity. "Mine de rien, ces pénuries pourraient faire peur à ceux qui voudraient se lancer dans la construction bois", analyse Pierre Castien. Mais il y a clairement une tendance de fond à construire plus écologique. Pour les particuliers, c’est encore délicat parce que cela coûte plus cher, mais le mouvement est enclenché du côté des collectivités publiques." Et Socopa a bien l’intention d’en profiter, "même si nous ne savons toujours pas de quoi sera faite la RE 2020 et de quelle manière la construction bois sera avantagée, ou non."

Nouveau tour de table

Malgré la crise, les hausses de prix, les pénuries, le manque de main-d’œuvre et l’absence de visibilité sur les nouvelles règles environnementales, l’investissement prévu n’a jamais été remis en cause et la marche en avant se poursuit. "Nous avons un très bon dynamisme commercial depuis deux ou trois ans et les perspectives de croissance sont toujours là." Pierre Castien annonce d’ailleurs le lancement en septembre prochain d’une nouvelle gamme de maisons de jardin made in Vagney et confie être à la recherche d’un autre site pour contenir ses envies d’extension. C’est pourquoi une éventuelle croissance externe est à l’étude.

Pour concrétiser ces nouvelles pistes de développement, le président lorrain a décidé de renouveler ses partenaires financiers dans un nouveau tour de table officialisé le 7 juillet 2021. Le fonds d’investissement Développement et Partenariat, présent depuis 2013, est ainsi sorti du jeu pour laisser la place au groupe régional ILP ainsi qu’au fonds Bois et Matériaux de Bpifrance. Pierre Castien en a profité pour renverser le rapport de force actionnarial. Lui et ses managers détiennent désormais 85 % des parts contre 25 % auparavant. "Nous estimons qu’il y aura des besoins de croissance dans les trois prochaines années. C’est donc une bonne chose de se retrouver auprès d’investisseurs qui peuvent nous suivre sur le long terme et remettre au capital si besoin."

Pierre Castien, qui vient de s’entourer de nouveaux fonds d’investissement, détient désormais plus de 50 % des parts du groupe.
Pierre Castien, qui vient de s’entourer de nouveaux fonds d’investissement, détient désormais plus de 50 % des parts du groupe. — Photo : Lucas Valdenaire

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