Metz

Industrie

Laurent Villemin (Replace) : "Dans une start-up industrielle, vous compilez tous les risques"

Par Jean-François Michel, le 17 janvier 2023

Avant les solutions de financement adaptées aux start-up industrielles, le dirigeant de Replace, Laurent Villemin, revendique d’être entendu au plus haut niveau de l’État, pour pouvoir défendre son innovation et faire bouger les cadres réglementaires.

"Aujourd’hui, si c’était à refaire, je ne sais toujours pas si nous avons utilisé le bon modèle pour nous développer", confesse Laurent Villemin.
"Aujourd’hui, si c’était à refaire, je ne sais toujours pas si nous avons utilisé le bon modèle pour nous développer", confesse Laurent Villemin. — Photo : Jean-François Michel

Incubée à The Pool, à Metz, opérant aujourd’hui depuis un site de production basé à Vienne-le-Château, dans la Marne, Replace utilise les déchets plastiques rejetés par tous les industriels pour créer de la valeur. Fondée à Metz en 2019 par Laurent Villemin et Christian Horn, Replace vient de boucler l’exercice 2022 sur un million d’euros de chiffre d’affaires et emploie une dizaine de salariés. "Nous serons 14 dès la mise en route de la deuxième ligne de production", se félicite Laurent Villemin, qui a rassemblé près de 1,5 million d’euros pour la phase d’amorçage de Replace et a bouclé une première levée de fonds à l’été 2022, qui a permis de rassembler 4 millions d’euros auprès d’investisseurs, au premier rang desquels le réseau de business angels Yeast.

Mais derrière les succès et le développement, subsistent toujours les doutes : "Aujourd’hui, si c’était à refaire, je ne sais toujours pas si nous avons utilisé le bon modèle pour nous développer", confesse Laurent Villemin. Le dirigeant messin le reconnaît sans détour : "Quand vous êtes une start-up industrielle, vous compilez tous les risques. L’incompréhension parce que c’est nouveau, la réticence parce que c’est risqué". Issu d’un grand groupe, le dirigeant a utilisé son expérience et son réseau pour faire rapidement la démonstration de la pertinence du business model de Replace, sans passer par un démonstrateur industriel financé par de l’argent public.

Des "messages" à faire passer

"J’étais obsédé par le chiffre d’affaires", concède le dirigeant qui tient à souligner la différence entre les start-up industrielles et les entreprises du numérique dont l’activité repose sur quelques serveurs et de la matière grise. "Pour se lancer aujourd’hui, il faut du courage. Avec une start-up industrielle, vous portez seul tous les problèmes. Le recrutement, les locaux, la sécurité, mais aussi des questions comme l’assurance", détaille Laurent Villemin, qui a rencontré de nombreuses difficultés pour trouver un assureur pour son activité. "Une start-up industrielle ? Dans le plastique ? Certains assureurs n’ont même pas daigné nous répondre…"

Soutenu par les élus de la région Grand Est, Laurent Villemin souhaiterait maintenant pouvoir interpeller des responsables au plus haut niveau de l’État. "Nous n’avons pas de lobby, pas de pouvoir d’influence, et pourtant, nous avons besoin de faire passer des messages", indique Laurent Villemin, qui n’ose pas rêver à des "évolutions réglementaires" favorisant le développement de Replace. Le dirigeant estime que la France s’est "trop reposée sur les importations" et accueille favorablement la volonté du gouvernement de parier sur la réindustrialisation. "Mais pour aller au bout de l’idée, il faudra aller sur le terrain, pour se rendre compte de la réalité du travail de ces nouvelles entreprises industrielles, pour comprendre ce que nous développons", insiste Laurent Villemin.

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