Meurthe-et-Moselle

Industrie

La cimenterie Vicat de Xeuilley se prépare un avenir sans carbone

Par Jean-François Michel, le 19 novembre 2020

Propriété du cimentier Vicat depuis les années 70, l’usine de Xeuilley, en Meurthe-et-Moselle, est engagée dans un plan lancé par le groupe pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais dès 2025, la cimenterie devrait réussir à se passer du charbon.

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Dans le four rotatif de la cimenterie Vicat de Xeuilley, la température atteint les 1 450°C. — Photo : © Vicat

« Notre objectif, c’est l’éradication du CO2. » Bruno Salomon, le directeur de la cimenterie de Xeuilley, en Meurthe-et-Moselle, une usine appartenant au groupe Vicat (CA : 2,7 Md€ ; effectif : 10 000) pourrait déjà se féliciter d’afficher un taux de substitution aux énergies fossiles de 80 %. Mais, porté par les ambitions du groupe, qui vise la neutralité carbone à horizon 2050, l’industriel meurthe-et-mosellan veut arriver dès 2025 à ne plus utiliser de combustibles fossiles et ainsi atteindre un taux de substitution de 100 %. « Nous nous rapprochons de l’objectif à grand pas, mais ce sont les derniers efforts qui sont les plus compliqués », estime Bruno Salomon.

Consistant à transformer du calcaire et de l’argile en le chauffant dans un four porté à 1450°C, avec une température de flamme atteignant les 2 000 °C, pour obtenir du clinker, cette matière qui une fois broyée deviendra du ciment, la production des cimenteries est un gigantesque émetteur de CO2 : 2,9 % des émissions totales en France et plus d’un milliard de tonnes au niveau mondial.

Encore 15 000 tonnes de charbon venu d’Allemagne

Dernier investissement en date de la cimenterie de Xeuilley pour faire baisser son impact environnemental, les 800 000 €, dont 198 000 € apportés par l’Ademe, injectés dans une installation de valorisation des fines de bois. Générés par les menuiseries lors de la découpe de panneaux de particules ou d’aggloméré, ces déchets contiennent des vernis, de la colle ou encore de la peinture et ne sont pas facilement valorisables. « Notre installation représente une solution locale de valorisation pour les industriels qui produisent ce type de déchets », souligne le directeur de la cimenterie.

Entièrement automatisée, l’installation permet d’injecter 8 000 tonnes de fines de bois par an dans le mix de combustibles brûlés par la cimenterie dans son four. Un carburant issu de la biomasse qui vient s’ajouter aux 20 000 tonnes de combustibles solides de récupération (CSR), aux 13 000 tonnes de farines et aux 10 000 tonnes de combustibles liquides utilisés chaque année par la cimenterie pour produire 600 000 tonnes de ciment. « Nous utilisons encore 15 000 tonnes de lignite venue d’Allemagne », détaille Bruno Salomon.

Pour arriver à se passer entièrement de ce charbon très émetteur de CO2, les équipes de la cimenterie travaillent notamment sur la conduite du four : « L’enjeu est de régler notre process de manière à pouvoir produire toujours autant d’énergie avec des matières qui ne dégagent pas forcément autant d’énergie », détaille Bruno Salomon.

Vers une filière CSR dans le Grand Est

En 2021, la cimenterie doit s’équiper d’une installation de séchage des CSR qui fonctionnera en récupérant la chaleur fatale issue du process. Ensuite, la cimenterie devrait pouvoir compter sur sa propre filière CSR, « à l’image de ce que le groupe a initié en région Rhône-Alpes avec Bioval », précise Bruno Salomon. À Chamoux-sur-Gelon, en Savoie, Vicat s’est associé à Serfim Recyclage pour reprendre une usine de production de CSR, d’une capacité de 45 000 tonnes par an, pour alimenter les cimenteries de Montalieu-Vercieu et Saint-Égrève, en Isère.

« Il serait plus facile d’aller chercher des volumes importants de déchets à l’autre bout de l’Europe, mais cela n’aurait aucun sens », affirme Bruno Salomon. « Nous voulons créer de la valeur sur le territoire, avec les ressources du territoire. » Toujours à l’état de projet dans le Grand Est, cette structuration de l’approvisionnement en CSR par le groupe Vicat devrait déboucher sur des résultats concrets « dans quelques mois ».

Une « recette » pour moins émettre

Pour arriver à la neutralité carbone, le groupe Vicat s’est déjà donné un objectif pour 2030 : « Arriver à produire une tonne de béton en émettant 540 tonnes de CO2, soit une réduction de 13 % par rapport à notre niveau actuel », résume le directeur de la cimenterie de Xeuilley. Si parvenir à substituer 100 % des énergies fossiles ne relève pas de la R & D pour le groupe Vicat, arriver à faire baisser les émissions de la « recette » du béton dépend encore de technologies de rupture, comme l’utilisation de composés naturels produits par des algues.

Pour préparer le clinker, il faut en effet casser du calcaire pour obtenir du carbonate de calcium : « Lors du passage dans le four, la réaction libère une grande part de CO2 », détaille Bruno Salomon. L’industriel explore donc toutes les pistes pour utiliser moins de clinker tout en restant à « iso performance » sur ses produits : « Nous avons, comme tous nos concurrents, des gammes de ciments bas carbone. Le marché est prêt, il y a de la demande chez nos clients, mais l’enjeu est de rester compétitif », insiste le directeur de la cimenterie de Xeuilley.

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Dans le four rotatif de la cimenterie Vicat de Xeuilley, la température atteint les 1 450°C. — Photo : © Vicat

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